Bras de fer sur les colonies

Également dans l'édition de mercredi : les sanctions contre la Russie, De Croo, le rond-point Schuman

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce mercredi 22 juillet. Nous sommes ravis d’être de retour après cette courte pause. Ici Eddy Wax à Bruxelles, accompagné de Nicoletta Ionta.

À retenir :

🟢 Nouvel élan vers l’interdiction des échanges commerciaux avec les colonies israéliennes illégales

🟢 L’Odyssée : le 21e train de sanctions parviendra-t-il à bon port ?

🟢 L’appel d’Alexander De Croo en faveur du développement


L’Europe, vue de Bruxelles


Kaja Kallas a demandé aux 27 ambassadeurs réunis aujourd’hui de donner leur avis sur une éventuelle interdiction par l’UE des échanges commerciaux avec les colonies israéliennes.

Aucune proposition officielle n’a été mise sur la table, principalement parce que la Commission européenne a laissé le débat s’enliser jusqu’en plein cœur de l’été. Mais Kallas sera très attentive à tout signe indiquant l’émergence d’une majorité claire et à toute possibilité de convoquer une réunion extraordinaire des ministres des Affaires étrangères.

Cela dit, les diplomates et les responsables ne s’attendent guère à une avancée décisive aujourd’hui. Néanmoins, cette réunion pourrait fournir l’indication la plus claire à ce jour sur la répartition des majorités, après une réunion infructueuse des ministres des Affaires étrangères la semaine dernière qui n’a fait qu’attiser les tensions entre le Service européen pour l’action extérieure et la Commission.

Kallas a fait pression en faveur de mesures commerciales ne nécessitant pas l’unanimité, tandis qu’Ursula von der Leyen, qui estime que l’unanimité est nécessaire, a tardé à présenter les options juridiques, sans parler d’une proposition formelle.

Dans des propos inhabituellement incisifs et peu relayés lors d’une conférence de presse la semaine dernière, Kallas a semblé accuser von der Leyen de représenter la position du gouvernement allemand plutôt que celle de l’UE dans son ensemble, affirmant que la Commission fonctionne désormais davantage comme le Conseil.

Les trois options avancées par la Commission comprennent des moyens d’interdire partiellement ou totalement les échanges commerciaux avec les colonies. Kallas a indiqué qu’il y a un soutien en faveur d’une « action » et que l’interdiction totale est la plus populaire des trois options. Mais quelques ministres des Affaires étrangères se sont abstenus de s’exprimer lors de la réunion, ce qui rend difficile d’avoir une vue d’ensemble de la situation.

Les pays favorables à des interdictions continuent d’aller de l’avant quoi qu’il en soit, la Belgique et les Pays-Bas ayant tous deux annoncé des mesures ces derniers jours.

Alors qu’Israël se prépare à des élections le 27 octobre, l’opposition menée par Gadi Eisenkot cherchant à renverser la coalition d’extrême droite de Benyamin Netanyahou, certains Européens hésitent à prendre des mesures qui pourraient jouer en faveur des colons violents et de leurs héros politiques.

Cela explique en partie pourquoi les discussions sur des sanctions à l’encontre d’Itamar Ben-Gvir ont largement disparu. Un gouvernement post-Netanyahou pourrait ouvrir la voie à un renouveau des relations entre Bruxelles et Tel-Aviv.

La Commission n’est pas la seule à préférer écarter le SEAE. Gideon Sa’ar, le ministre israélien des Affaires étrangères qui a rompu ses liens avec Kallas, a adopté une approche curieusement pragmatique à l’égard de Dubravka Šuica, la commissaire chargée de la Méditerranée.

Son voyage en Israël le mois dernier a permis d’obtenir la prolongation de deux missions de l’UE dans la région, le maintien des services bancaires de correspondance pour les Palestiniens et l’approbation de deux projets de reconstruction à Gaza.

Si Kallas convoque une réunion en ligne des ministres des Affaires étrangères après la réunion du Coreper d’aujourd’hui, elle prendra un risque politique. Une session extraordinaire estivale risque de se retourner contre elle si elle confirme ce que les diplomates reconnaissent en privé : il n’y a toujours pas de majorité qualifiée pour aucune des trois options visant à restreindre les échanges commerciaux avec les colonies.

L’Odyssée : 21e train de sanctions

Lors de cette même réunion aujourd’hui, les ambassadeurs de l’UE tenteront – une nouvelle fois – de sortir de l’impasse concernant le 21e train de sanctions de l’Union contre la Russie, qui reste bloqué par la Grèce.

Athènes continue de s’opposer aux restrictions visant les services fournis aux navires russes transportant du gaz naturel liquéfié (GNL) vers des pays tiers. Le gouvernement grec fait pression pour obtenir une dérogation à durée indéterminée en faveur de Dynagas, la compagnie maritime grecque spécialisée dans le transport de GNL russe.

Le temps presse. Les gouvernements de l’UE ont jusqu’à jeudi pour parvenir à un accord, après avoir convenu de geler le plafond du prix du pétrole fixé par l’Union, afin de créer les conditions d’une percée.

Afin de sortir de l’impasse, la Commission devrait présenter aujourd’hui une évaluation de l’impact économique des sanctions sur les gouvernements nationaux, en mettant particulièrement l’accent sur l’interdiction proposée des services de transbordement de GNL.

L’UE avale la pilule des droits de douane

La Commission acceptera les nouveaux droits de douane américains sur les marchandises prétendument produites en recourant au travail forcé, à condition que Washington respecte son engagement de plafonner les droits de douane sur les exportations de l’UE à 15 %.

Cette décision intervient alors que l’administration de Donald Trump s’efforce de réimposer les droits dits « réciproques » invalidés par la Cour suprême des États-Unis en février, notamment un prélèvement de 15 % sur la plupart des exportations de l’UE. Un droit provisoire de 10 %, instauré par le président américain à la suite de la décision de justice, doit expirer vendredi. Lisez l’article complet de Thomas Moller-Nielsen.

Développement au point mort

L’UE compromettra ses propres priorités stratégiques si elle continue à réduire ses programmes d’aide, a averti le directeur général du Programme des Nations Unies pour le développement.

Alexander De Croo, ancien Premier ministre belge, a déclaré à Euractiv que l’Europe devrait répondre aux crises mondiales de plus en plus fréquentes par des politiques de développement « proactives » visant à réduire le risque de conflits armés ou de migrations massives, plutôt que par des mesures « réactives ».

« Nous entrons dans un monde où la probabilité de crises [augmente] et pourrait continuer à augmenter », a déclaré De Croo, qui a pris la tête du Programme des Nations Unies pour le développement en novembre 2025.

L’aide au développement de la Belgique a connu une hausse de 11 % au cours de la dernière année complète de mandat de De Croo en tant que Premier ministre, en 2024, avant de chuter de 21 % en 2025. Bart De Wever, un nationaliste flamand, a succédé à De Croo, un centriste, au poste de Premier ministre en février de cette même année.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Rond-point Schuman


VERS DU VERT : Le rond-point Schuman, qui a donné son nom à cette rubrique de la newsletter, va faire l’objet d’un réaménagement grâce au gouvernement bruxellois. Les détails sont encore rares, mais les ministres régionaux ont souligné la nécessité d’apporter davantage d’ombre à ce lagon de béton, d’autant plus que l’Europe se prépare à des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes. Lisez l’article complet.

THE EUROPEAN ANGLE : Les pertes de Politico Europe se sont élevées à 2 millions d’euros en 2025, révèle notre ancien patron Matthew Karnitschnig sur son nouveau Substack, The European AngleJetez-y un coup d’œil.


Les capitales


PARIS 🇫🇷

La France a approuvé une interdiction nationale des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, devenant ainsi le laboratoire le plus avancé de l’UE en matière de limite d’âge légale pour l’accès au numérique. Le Parlement a soutenu la mesure par 279 voix contre 81. La création de nouveaux comptes sera interdite à compter du 1er septembre, et les comptes existants seront clôturés à partir du 1er janvier 2027. La loi étend également les restrictions relatives aux téléphones portables à la plupart des lycées, alors que Bruxelles s’apprête à dévoiler en septembre des propositions à l’échelle de l’UE concernant la sécurité en ligne des enfants. Lisez l’article complet.

– Emma Pirnay

KIEV 🇺🇦

Volodymyr Zelenskyy a remplacé le commandant en chef Oleksandr Syrskyi par Mykhailo Drapatyi, quelques jours après avoir limogé le ministre de la Défense Mykhailo Fedorov à la suite d’un différend concernant l’enlisement des réformes militaires. Syrskyi, un commandant chevronné qui avait dirigé la défense de Kiev en 2022, faisait l’objet de critiques croissantes en raison des pertes subies sur le champ de bataille et de sa réticence au changement. La nomination de Drapatyi devrait être perçue comme une tentative de restaurer la confiance dans le commandement militaire ukrainien.

– Christina Zhao

CHIȘINĂU 🇲🇩

Le Parlement moldave a approuvé la nomination de l’homme d’affaires Vasile Tofan au poste de Premier ministre, remplaçant ainsi le gouvernement précédent qui s’est effondré à la suite d’un scandale impliquant des institutions de l’État. Ce changement de direction intervient alors que la Moldavie poursuit son processus d’adhésion à l’UE. Tofan s’est engagé à réformer le gouvernement, à réduire les dépenses du secteur public et à viser la signature d’un traité d’adhésion à l’UE d’ici 2028. Les détracteurs s’interrogent toutefois sur la question de savoir si son manque d’expérience politique pourrait entraver les réformes. Lisez l’article complet.

– Matei Rosca

BUDAPEST 🇭🇺

Les procureurs hongrois ont perquisitionné un centre de données utilisé par le parti d’opposition Fidesz, saisissant des systèmes de communication internes et des bases de données de soutien dans le cadre d’une enquête pénale sur les subventions du Fonds culturel national. Cette opération a mis hors ligne le site web et les serveurs de messagerie du Fidesz. Le parti a condamné cette mesure, la qualifiant de motivée par des considérations politiques, et a accusé le parti Tisza de Péter Magyar, au pouvoir, d’utiliser le système judiciaire pour affaiblir son principal rival.

– Mátyás Varga

BRATISLAVA 🇸🇰

La Slovaquie a confirmé avoir été la cible d’opérations cybernétiques liées aux services de renseignement russes, suite à l’identification du pays, dans le dernier train de sanctions de l’UE, comme victime de piratages soutenus par le Kremlin. Les ministères des Affaires étrangères et de l’Investissement, ainsi que l’Autorité nationale de sécurité, n’ont reconnu ces attaques qu’après avoir été interrogés par les médias. Bratislava n’avait pas révélé ces incidents auparavant, que le ministère des Affaires étrangères a qualifiés d’« extrêmement sérieux ».

– Natália Silenská

HELSINKI 🇫🇮

Le Premier ministre Petteri Orpo a survécu à un vote de défiance par 101 voix contre 90, suite à la contestation par les partis d’opposition de son gouvernement concernant un projet visant à accorder une aide publique de 35 millions d’euros à la construction d’une arène à Helsinki, dirigé par un membre de son propre parti. L’opposition a accusé Orpo de népotisme et de manque de transparence. Le gouvernement, qui a annulé ce financement lundi, a déclaré que tout soutien aurait été subordonné à un processus complet de vérification préalable.

– David Mac Dougall

BUCAREST 🇷🇴

Un drone maritime a percuté mardi un navire transportant du gaz inflammable de l’Égypte vers l’Ukraine, juste à la limite des eaux territoriales roumaines, dans le cadre des dernières répercussions de la guerre menée par la Russie. Les autorités roumaines ont secouru l’équipage et ont mis en garde contre un risque élevé d’explosion et de « pollution massive ». Le président Nicușor Dan a déclaré que cet incident est « très probablement » lié à l’invasion russe. Cet incident fait suite à une explosion de drone survenue en juin dans le principal port roumain.

– Matei Rosca


Editrices.teur : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara

Contributeur : Thomas Moller-Nielsen

Traductrice : Clara Vassent