Transition énergétique : l’Europe en toile de fond des débats français
La grande conférence qui doit déterminer la stratégie française des années à venir sur l’environnement et l’énergie démarre les 14 et 15 septembre. EURACTIV.fr publie toute la semaine des articles sur la transition énergétique.
La grande conférence qui doit déterminer la stratégie française des années à venir sur l’environnement et l’énergie démarre les 14 et 15 septembre. EURACTIV.fr publie toute la semaine des articles sur la transition énergétique.
L’idée à la mode d’ »energy wende », traduire en français transition énergétique, est née outre-Rhin. Depuis lors les Belges, les Néerlandais, les Britanniques… l’UE, « tout le monde à suivi », raconte Samuele Furfari, conseiller de la direction générale de l’énergie de la Commission européenne.
En France, le sujet sera au coeur de la conférence environnementale, lancée les 14 et 15 septembre par le gouvernement.
« C’est beaucoup plus compliqué que cela »
Entre la consommation à tout craint d’énergie fossile et le développement des énergies peu émettrices de gaz à effet de serre, « on veut faire croire qu’il y a aura une petite période de transition », explique M. Furfari . « Mais c’est beaucoup plus compliqué que cela. Et l’Allemagne aura, comme les autres, du mal à mettre en place cette transition énergétique. »
Stratégie industrielle pour les renouvelables et passage à 50% d’électricité d’origine nucléaire en 2025, renforcement de l’efficacité énergétique, lutte contre la précarité, tarifs, réseau… Les sujets sont nombreux.
Le débat sur la transition énergétique devrait démarrer en novembre, a indiqué la ministre de l’Ecologie Delphine Batho au Journal du Dimanche. Il devrait durer au moins jusqu’à la moitié du premier semestre 2013 et déboucher sur un projet de loi de programmation sur l’énergie votée avant la fin de l’année.
Cette première rencontre doit permettre de définir la méthode de discussion sur la forme et sur le fond. Des mesures d’urgence sur les renouvelables et le renforcement de l’isolation thermique des logements seront cependant d’ores et déjà discutées.
Objectifs connus
A court terme, les objectifs sont connus. Ils ont été adoptés par les Européens en 2008. D’ici à 2020, les renouvelables doivent atteindre 23% du bouquet énergétique français, la consommation d’énergie diminuer de 20% – même si cette cible n’est pas encore obligatoire – et les émissions de CO2 réduire de 20%.
Pour 2030, l’UE a lancé le débat, mais il devrait progresser moins vite qu’en France. Dans la lignée de la politique énergétique allemande, accélérée depuis la catastrophe de Fukushima, le commissaire à l’Energie Günther Oettinger estime nécessaire de fixer un objectif contraignant pour augmenter la production d’énergie renouvelable.
De son côté, la France entend plutôt miser sur une diminution supplémentaire des émissions de CO2, même si le président s’est engagé pendant sa campagne à limiter la part du nucléaire à 50% de l’électricité produite d’ici 2025.
L’horizon 2050 est plus flou. Anticiper le développement technologique et la consommation d’énergie à cette échéance est difficile et rend encore complexe la définition d’un scénario.
Une feuille de route contenant des orientations a pourtant été présentée par la Commission européenne fin 2011. Malgré ce cadre européen, et même mondial, les pays de l’UE qui, un à un, réfléchissent à leur stratégie énergétique semblent peu se préoccuper de ce qui se passe chez leurs voisins, explique le directeur du centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières Patrice Geoffron (lire son interiew).
Les États ne veulent pas qu’on s’occupe de leurs affaires dans le domaine de la production énergétique, au point qu’ils ont gravé ce principe dans le marbre du traité de Lisbonne en vigueur depuis 2009.
Faire le lien entre le Nord et le Sud de l’Europe
« Les questions européennes ne sont jamais évidentes dans le domaine de l’énergie même chez les écologistes. La plupart des scénarios énergétiques construits au niveau français sont nationaux et n’intègrent pas forcément des échanges entre les différents pays de l’UE », explique le député européen français Yannick Jadot (EELV/ Verts ALE). Il devrait faire partie des élus européens présents à chacune des tables rondes de la conférence environnementale.
« Selon moi, le scénario pour 2050 doit viser un objectif de 95% d’énergie renouvelable, mais je ne crois pas que cela soit possible uniquement avec une production décentralisée », estime-t-il.
« Pour les transports et l’industrie, il faut absolument développer un scénario d’envergure au plan européen qui permette de faire le lien entre le Nord et le Sud, entre l’éolien offshore et le solaire, d’où l’absolue nécessité de prendre en compte le développement des réseaux » entre les pays de l’UE, ajoute-t-il.
Une proposition de la Commission sur le renforcement des réseaux de gaz et d’électricité en Europe en 2011 a relancé le dossier des interconnexions, qui patine depuis 20 ans.
>>> Lire Nouvelle ère pour le réseau électrique européen
« Nous n’avons rien à dire »
De son côté, la Commission européenne observera si les décisions prises sur les tarifs de l’électricité et du gaz sont conformes au droit de la concurrence. Pour le reste l’exécutif garde ses distances.
« Nous avons la possibilité d’agir sur la promotion des énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les infrastructures, ou la sécurité d’approvisionnement mais quand les États décident qu’ils veulent faire du nucléaire ou sortir du nucléaire, nous n’avons rien à dire », explique Samuele Furfari.
« Nous allons simplement rappeler qu’il y a des grands objectifs européens, mais la France le sait déjà », ajoute-t-il.
La table ronde sur la transition énergétique sera présidée par les ministres de l’Ecologie Delphine Batho et du Redressement productif Arnaud Montebourg et animée par la directrice de l’institut du développement durable et des relations internationales Laurence Tubiana.
La biodiversité, les risques sanitaires environnementaux, la gouvernance mais aussi la fiscalité écologique sont les quatre autres débats thématiques de la conférence environnementale.
Un dernier sujet essentiel en période de disette budgétaire. Là encore, l’Europe ne pourra pas être ignorée. Au-delà de la taxe carbone, et des incitations des ménages à investir dans des projets verts, les fonds structurels européens ou ceux de la Banque européenne d’investissement sont des options à ne pas négliger.
« Ils peuvent accélérer la rénovation du bâtiment, estime Yannick Jadot, mais aussi permettre la création de deux ou trois grandes unités de production photovoltaïque et un réseau structuré de PME qui travailleraient sur l’innovation et l’assemblage. »
CALENDRIER :
- 14 et 15 septembre : Lancement de la conférence environnementale
- Novembre : Démarrage du débat sur la transition énergétique
- Printemps 2013 : Fin évoquée des débats
- Fin du premier semestre 2013 : Présentation envisagée d’un projet de loi de programmation sur l’énergie qui doit être votée avant la fin de l’année