Le nombre de camions d'aide humanitaire entrant à Gaza est bien inférieur à ce que demande l'UE

Selon un document confidentiel de l'UE basé sur les chiffres de l'ONU, seuls environ 38 camions entrent à Gaza chaque jour.

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Photo de Majdi Fathi/NurPhoto via Getty Images

Selon un document communiqué mercredi 6 août par la Commission européenne aux capitales européennes, le nombre de camions d’aide humanitaire entrant à Gaza depuis Israël est quatre fois inférieur à ce que demande l’UE.

Ce document, rédigé par l’exécutif européen et son service diplomatique, fait le point toutes les deux semaines sur l’état de l’aide humanitaire acheminée vers la bande de Gaza, où les agences humanitaires et les organisations internationales alertent sur une famine en cours, dans le contexte de la guerre menée par Israël contre le Hamas.

Israël nie que son offensive militaire provoque une famine et accuse l’ONU de ne pas distribuer l’aide humanitaire, affirmant que le Hamas la détourne régulièrement. Bruxelles a déjà condamné Israël pour les tueries perpétrés dans quatre sites d’aide humanitaire mis en place par la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), soutenue par les États-Unis et Israël.

« Entre le 31 juillet et le 4 août, l’ONU et nos partenaires ont signalé que 188 camions avaient été déchargés aux points de passage vers Gaza », indique le document consulté par Euractiv.

Toutefois, ce chiffre est bien inférieur aux quelque 800 camions qui devraient entrer à Gaza tous les cinq jours, selon un responsable de l’UE, en vertu des termes d’un accord récemment conclu entre la haute représentante de l’UE, Kaja Kallas, et Israël. Selon cet accord peu détaillé, environ 160 camions d’aide humanitaire devraient entrer à Gaza chaque jour.

L’ONU estime qu’au moins 500 à 600 camions par jour sont nécessaires pour éviter une nouvelle famine.

Le document indique qu’Israël affirme qu’un nombre beaucoup plus élevé de camions – 737 – sont entrés à Gaza via les deux principaux points de passage de Kerem Shalom et Zikim entre le 31 juillet et le 4 août. Le document précise : « Israël inclut les opérations commerciales et celles du GHF dans son décompte quotidien des camions. »

Il indique également qu’« Israël continue de souligner que de nombreux camions […] attendent d’être récupérés par des partenaires pour être distribués, ce qui, selon l’ONU, est toujours dû à un environnement sécuritaire précaire et à d’autres obstacles majeurs ».

Selon le document, les livraisons de carburant à Gaza ont « augmenté » et sont « suffisantes pour soutenir les opérations vitales, mais [ne sont] pas suffisantes pour permettre le déroulement de toutes les opérations humanitaires ».

Au total, 874 000 litres de carburant sont entrés dans l’enclave entre le 28 juillet et le 4 août, alors qu’aucun carburant n’avait été autorisé pendant les trois mois précédant juillet, note-t-il. « Une augmentation de ces quantités est nécessaire de toute urgence », est-t-il ajouté.

Il note également que le COGAT, l’autorité israélienne chargée de superviser la vie civile à Gaza, s’est engagé à augmenter les livraisons de carburant de 23 à 30 camions-citernes par semaine. « Si cette mesure est mise en œuvre, cela constituerait un progrès significatif », indique le document.

L’ONU a déclaré mardi que « beaucoup plus de carburant est nécessaire chaque jour pour mener à bien les opérations vitales et d’urgence » à Gaza. « Les niveaux actuels de carburant ne permettent à l’ONU et à ses partenaires humanitaires de fonctionner qu’au strict minimum », a-t-elle ajouté.

Trois camions-citernes sont entrés dans la ville de Gaza lundi, a indiqué l’ONU, et seront « utilisés pour alimenter les installations les plus critiques dans les domaines de la santé, de l’eau et de l’assainissement et des télécommunications d’urgence ».

Les chiffres que l’UE a communiqués aux diplomates dans le document proviennent de l’ONU, et la Commission affirme que l’UE ne peut pas vérifier ces données de manière indépendante.

« Ce que nous pouvons dire, c’est que malgré ces progrès partiels, nous ne sommes pas encore là où nous voudrions être en termes de nombre de camions pouvant atteindre leur destination », a déclaré jeudi la porte-parole de la Commission, Anna-Kaisa Itkonen, lors d’une conférence de presse à Bruxelles.

« Nous ne sommes pas présents sur place, nous nous appuyons sur les informations fournies par nos partenaires, notamment l’ONU », a ajouté Anna-Kaisa Itkonen.

La commissaire européenne chargée de l’aide humanitaire, Hadja Lahbib, s’est dite prête à se rendre elle-même à Gaza. La semaine dernière, Israël a interdit l’entrée sur son territoire à Maciej Popowski, haut fonctionnaire chargé de l’aide humanitaire.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]