Un Premier ministre LR à l'Assemblée : le scénario « européen » fait son chemin

Menacés de disparition avant les législatives, les Républicains (LR) semblent plus que jamais au centre du jeu pour créer une grande alliance de gouvernement qui exclurait le Rassemblement national (RN) et La France Insoumise (LFI), un scénario « à l’européenne », soutenu par le Parti populaire européen (PPE).

Euractiv France
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Menacés de disparition avant les législatives, les Républicains (LR) semblent plus que jamais au centre du jeu pour créer une grande alliance de gouvernement, qui exclurait le Rassemblement national (RN) et la France Insoumise (LFI), un scénario « à l’européenne » soutenu par le Parti populaire européen (PPE).

C’est un scénario que l’on connait bien dans l’Union européenne (UE). Membre de la droite conservatrice du Parti populaire européen (PPE), Ursula von der Leyen devrait le 18 juillet prochain être réélue à la tête de la Commission européenne, avec les voix des eurodéputés de droite, mais aussi avec celles des libéraux, des sociaux-démocrates, voire même des Verts ou de certains élus d’extrême droite membres des Conservateurs et réformistes européens (CRE).

Alors qu’aucune majorité ne s’est dégagée au second tour des législatives françaises du 7 juillet, ce modèle pourrait-il être appliqué en France ? C’est du moins ce qu’appelle de ses voeux le chef de l’État.

« Je demande à l’ensemble des forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines, l’État de droit, le parlementarisme, une orientation européenne et la défense de l’indépendance française, d’engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide, nécessairement plurielle, pour le pays », a expliqué Emmanuel Macron, dans une lettre aux Français publiée mercredi (10 juillet).

Sa cible prioritaire : les Républicains. Ces derniers, avec leurs alliés de droite, ne disposent que de 66 sèges, mais s’avèrent indispensables pour tenter de trouver ne serait-ce qu’une majorité relative à l’Assemblée.

Plusieurs cadres des LR se sont déjà positionnées en faveur d’une alliance avec le parti présidentiel, justifiée par leur crainte de voir la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon arriver au pouvoir.

Xavier Bertrand, le président de la région des Hauts-de-France, a ainsi appelé à « un gouvernement d’urgence nationale ».

D’autres se montrent plus sceptiques et préfèrent la stratégie du « ni-ni » : ni Marine Le Pen, ni Emmanuel Macron. Et encore moins la gauche. Or, les voix des socialistes et des écologistes sont aussi indispensables pour atteindre les 289 députés nécessaires à une majorité.

C’est le cas de Laurent Waquiez, le nouveau Chef de groupe LR à l’Assemblée nationale, nouvellement renommé la « Droite républicaine » :

« La France ne pourra se relever que dans la clarté. Pour nous, il n’y aura ni coalition ni compromission », a-t-il déclaré mercredi au journal Le Monde.

« Est-ce que vous me voyez gouverner avec des hommes et des femmes de gauche ? On n’est d’accord sur rien », constatait de son côté Bruneau Retailleau, le président du groupe des Républicains au Sénat, mardi 9 juillet sur LCI.

Pression européenne ?

Divisés entre les partisans d’une alliance avec Emmanuel Macron et les tenants du maintien de l’indépendance du parti, les Républicains sont scrutés par le PPE, qui pousse à la constitution d’une grande coalition.

« Nous avons besoin d’une force démocratique avec les Républicains, pour donner une véritable alternative et remettre la France sur pied », déclarait sur X Manfred Weber, le président du PPE, au lendemain des élections.

Durant l’entre-deux tours, le PPE avait dénoncé le ralliement d’une partie de la droite française au Rassemblement national, menaçant d’expulser les eurodéputés Républicains qui rejoindraient le parti d’extrême droite. Le PPE, comme la CDU/CSU allemande, met au cœur de sa politique les valeurs pro-européennes, pro-OTAN, pro-État de droit et pro-Ukraine.

« Je suis très inquiet de la rhétorique anti-UE de l’extrême gauche et de l’extrême droite », a ajouté le chef de la droite européenne, visant à la fois LFI et le RN.

« Le défi consiste désormais à gérer un pays tripartite », constate sa collègue portugaise Lídia Pereira, députée européenne et vice-présidente du PPE, qui suggère également aux LR d’y prendre part, tout en rejettant les extrêmes.

Nombre de pays européens sont dirigés par des alliances de différents partis, et en tout premier lieu l’Allemagne, gouvernée depuis 2021 par le chancelier Olaf Scholz, avec l’appui des sociaux-démocrates, des libéraux et des écologistes.

Impossible pour le moment de savoir si la droite française se rangera derrière Emmanuel Macron, et à quelles conditions. Certains évoquent un « pacte législatif » sur certains textes chers aux Républicains, sur la sécurité, les finances ou l’économie.

Hasard du calendrier : Ursula von der Leyen pourrait être élue au Parlement européen le 18 juillet prochain, le jour où les députés français devront élire le président de l’Assemblée nationale et clarifier leurs alliances.

Le parti de Laurent Wauquiez a donc une semaine pour répondre à l’appel d’Emmanuel Macron et décider de suivre – ou non – un « scénario européen ». Avec à la clé un Premier ministre LR ?