Une Belgique divisée s'apprête à prendre la présidence de l'UE
La Belgique va récupérer la présidence semestrielle tournante de l'UE avec à sa tête un gouvernement intérimaire, après que des élections nationales aient vu le dirigeant séparatiste flamand Bart de Wever remporter la mise.
La Belgique va récupérer la présidence semestrielle tournante de l'UE avec à sa tête un gouvernement intérimaire, après que des élections nationales aient vu le dirigeant séparatiste flamand Bart de Wever remporter la mise.
Les négociations portant sur la future coalition gouvernementale belge ont débuté jeudi dernier (17 juin), lorsque le Roi Albert II a nommé Bart de Wever "informateur", avec pour mission d'explorer les options pour un nouveau gouvernement.
Un nouvel exécutif n'est pas attendu avant septembre, mais Elio Di Rupo, dirigeant du Parti socialiste qui a remporté l'élection dans la partie francophone au sud du pays, montre d'étonnants signes de bonne volonté et dit souhaiter que les négociations soient terminées le plus vite possible.
M. Di Rupo, considéré comme étant le plus probable prochain premier ministre puisque les socialistes – ensembles avec leurs homologues flamands – détiennent le plus grand nombre de sièges dans le nouveau Parlement, a affirmé que la nomination de M. De Wever était un signal positif dans la perspective de former un nouveau gouvernement.
M. De Weever lui-même s'est dit prêt à laisser le poste de premier ministre à M. Di Rupo, mettant ainsi la pression sur les partis francophones pour qu'ils assument la pleine responsabilité des futures négociations sur la réforme de l'Etat que les partis néerlandophones appellent de leurs vœux depuis des années.
MM. De Wever et Di Rupo ont convenu de garder les négociations secrètes, qui devraient porter sur des projets détaillés en matière de délégation de davantage de pouvoirs aux régions, notamment sur la question sensible de la redéfinition des frontières électorales autour de la capitale belge Bruxelles.
La protection des minorités francophones doit être un principe absolu dans les négociations visant à découper le district électoral Bruxelles-Hal-Vilvoorde autour de Bruxelles, ont averti les partis francophones radicaux.
Présidence de l'UE
Toutefois, cette période transitoire au sommet de l'Etat belge ne devrait pas causer de désagréments à l'UE, a déclaré Yves Leterme, premier ministre intérimaire du pays depuis sa démission en avril.
S'exprimant depuis le quartier général de la Commission européenne en mai, M. Leterme avait promis que la Belgique dépasserait les attentes et il a donné des garanties selon lesquelles la présidence de l'UE ne serait pas affectée par la transition politique actuelle (EURACTIV 27/05/10).
La tâche de la Belgique devrait aussi être facilitée par la présence d'Herman Van Rompuy, chrétien démocrate flamand qui a démissionné de son poste de premier ministre pour devenir le premier président permanent du Conseil de l'UE, qui réunit les chefs d'Etat et de gouvernement des 27.
Ceci ne pourra que faciliter notre travail, a déclaré Olivier Chastel, secrétaire d'Etat belge aux affaires européennes, dans un entretien récent avec EURACTIV. Cela peut faciliter une interaction parfaite dans l'agenda et les manières dont fonctionnent les formations du Conseil avec le Conseil européen des chefs d'Etat.
Indéniablement, cela peut marcher, notamment parce qu'en Belgique, nous avons une approche très pragmatique des exigences imposées par le traité de Lisbonne, qui donne un rôle plus important au nouveau président du Conseil de l'UE.
Mais il reste à voir dans quelle mesure, a-t-il ajouté, affirmant que le programme de la présidence belge ne devait pas être confondu avec le rôle de M. Van Rompuy en tant que représentant des 27 chefs d'Etat.
S'exprimant après un sommet des dirigeants européens la semaine dernière, M. Van Rompuy a affirmé que cela ne poserait pas de problèmes si la Belgique n'avait pas un nouveau gouvernement en place au démarrage de la présidence le 1er juillet.
Les mois d'été sont calmes. Si nous avons un nouveau gouvernement en septembre, il pourra toujours reprendre les rênes et continuer le reste de la présidence, a déclaré M. Van Rompuy, notant que la Belgique était un Etat fédéral dans lequel les gouvernements régionaux joueraient aussi un rôle important.
M. Chastel va dans le même sens. Il fait remarquer que des parties entières du programme de la présidence belge de l'UE resteront intactes malgré la transition politique au niveau fédéral, parce qu'elles relèvent des compétences des gouvernements régionaux.
Les régions ont des compétences importantes, parfois exclusives, a déclaré M. Chastel dans son récent entretien avec EURACTIV. Des ministres régionaux et communautaires président certaines formations du Conseil et ils ne sont pas en affaires courantes. Seul le gouvernement fédéral l'est, explique t-il.
Consultations sur le programme
Le programme final de la présidence belge a été formellement adopté par le cabinet d'Yves Leterme et les régions constitutives de la Belgique lors d'une réunion le 16 juin, et devrait être dévoilé plus tard dans le mois.
Une période de consultations intenses avec les institutions européennes suivra, notamment des rencontres avec les groupes politiques du Parlement européen du 21 au 324 juin.
Antoine Ripoll, porte-parole du Parti populaire européen (centre droit – PPE), le plus important groupe politique du Parlement, a déclaré qu'il s'attendait à ce que la présidence belge travaille avec souplesse.
Si nous avons un a priori, il est plutôt positif, a-t-il dit, ajoutant que le PPE n'était en aucun cas préoccupé par le fait qu'il y avait un gouvernement de transition.
Le fait que M. Van Rompuy soit belge va faciliter les choses, a-t-il ajouté.
M. Ripoll a également fait remarquer qu'avec le traité de Lisbonne, le rôle de la présidence tournante allait devenir moins important qu'auparavant, signifiant par là que les attentes seraient plus fortes vis-à-vis de M. Van Rompuy. Nous attendons davantage de coordination de la part du Conseil européen et nous souhaitons que M. Van Rompuy assure ses fonctions de président de manière pleine et entière.
Il a également précisé que les relations de travail avec la présidence belge devraient être facilitées par l'appartenance du premier ministre Yves Leterme à la famille chrétienne démocrate, qui est au cœur du PPE.
Il est vrai qu'il est toujours plus facile pour nous d'avoir une présidence qui est issue de notre famille politique, ce qui nous permet de dire les choses plus directement et plus facilement.
Etant donné le fait que le gouvernement actuel de la Belgique est une coalition formée de cinq différents partis, d'autres familles devraient aussi être capables de trouver des alliés lors de la présidence à venir.
Mais M. Ripoll a prévenu que la présidence devait comprendre qu'accepter le nouveau traité voulait aussi dire accepter les nouveaux pouvoirs du Parlement européen.
D'une manière générale, nous espérons que le Conseil comprenne que le Parlement européen est désormais co-législateur – nous avons vu cela avec le Service d'action extérieure, SWIFT, etc.…, a-t-il dit.
Le Conseil veut toujours que le Parlement se presse et dise oui tout de suite. Ce n'est plus le cas et le Conseil doit comprendre cela. On doit avoir davantage recours à la méthode communautaire plutôt qu'à la méthode intergouvernementale.