Une diplomatie européenne encore trop discrète
Opérationnel depuis six mois environ, le service européen d’action extérieure fait face aux tirs nourris de la classe politique française et des médias. Pierre Vimont, numéro 2 de l’institution, appelle à la patience et tente de réhabiliter le travail de Catherine Ashton.
Opérationnel depuis six mois environ, le service européen d’action extérieure fait face aux tirs nourris de la classe politique française et des médias. Pierre Vimont, numéro 2 de l’institution, appelle à la patience et tente de réhabiliter le travail de Catherine Ashton.
Fade, incompétente, effacée voire invisible… Les critiques les plus acerbes se sont abattues sur Catherine Ashton depuis sa désignation à la tête des affaires étrangères européennes à la fin de l’année 2009. Sa tâche « n’est pas facile », rétorque Pierre Vimont. Du propre aveu de ce diplomate chevronné, aujourd’hui bras droit de la Britannique tant décriée, Lady Ashton pilote « un service qui est partout et nulle part. »
De quoi donner du grain à moudre aux députés venus auditionner, mercredi 29 juin, celui qui, il y a encore moins d’un an, représentait la France aux États-Unis. « Vous étiez influent, quel sentiment avez-vous maintenant que vous devenez impuissant ? », lui a asséné en substance l’élu UMP Jacques Myard.
Même la députée socialiste Elisabeth Guigou, dont il a été le directeur de cabinet au ministère des Affaires européennes, n’a pas hésité à le chahuter : l’action extérieure de l’UE suscite « l’insatisfaction car il y avait beaucoup d’attente sur ce service ». Au final, ses prises de position sont « très faibles », « même sur les sujets consensuels », déplore l’ex-ministre.
Relance du processus israëlo-palestinien
Les charges sont lourdes et en partie justifiées. A plusieurs reprises, Pierre Vimont a reconnu le « manque de communication » du service extérieur de l’UE. Mais la structure est encore jeune et son armada de 3600 diplomates n’a pas développé de « culture administrative commune ». Et pour cause, la répartition des 2600 fonctionnaires postés à Bruxelles est éclatée entre huit bâtiments différents. Un problème somme toute provisoire puisque les services devraient migrer vers un seul et même lieu d’ici la fin de l’année.
Sur les grands dossiers internationaux, l’UE est encore loin de parler d’une seule voix. Mais l’action menée dans le conflit israélo-palestinien n’est pas vaine. « C’est le dossier sur lequel Catherine Ashton travaille le plus », assure Pierre Vimont. Une assiduité qui commence à porter ses fruits selon lui. « Elle a relancé le quartette et ramené les Américains dans les discussions », tient-il à préciser. Tant et si bien que les quatre chevilles ouvrières du processus de paix (UE, ONU, États-Unis, Russie) se réuniront le 11 juillet à Washington.
En Libye, le désengagement des États-Unis laisse un vide à combler. C’est le moment pour l’UE de fournir un « effort d’anticipation », afin « d’établir une forme de coopération pour répondre aux besoins des populations en matière d’État de droit, de police des frontières ou de processus électoral », énumère Pierre Vimont.
Impasse sur l’UpM
Bruxelles agit aussi sur le front syrien depuis plusieurs semaines, à travers l’application de sanctions contre le président Bachar al-Assad et les hauts-dignitaires du régime. « Nous continuerons à le faire », prévient-il, tant que le territoire restera fermé aux organisations humanitaires chargées d’assister les populations.
Tour à tour, Pierre Vimont a répondu aux questions incisives des élus, omettant toutefois de revenir sur l’Union pour la Méditerranée alors qu’il y était invité. Auditionné récemment sur ce sujet, l’ex-ministre des Affaires européennes Laurent Wauquiez disait placer l’énergie et la mobilité étudiante comme chantiers prioritaires pour sortir le projet de sa torpeur.
Paris milite en outre pour une co-présidence de l’UpM incluant la France pendant que Bruxelles penche pour un leadership exclusivement mené par la Commission. Des différences de vues qui n’incitent pas à croire en une rupture avec les méthodes diplomatiquement douloureuses employées par la France en 2008. Pour Pierre Vimont, ce n’était sûrement pas le moment de réveiller les vieux fantômes institutionnels de l’UpM, à l’heure où grondent les différends entre Paris et Londres sur le parachutage d’armes aux insurgés libyens.