Ursula von der Leyen à Anvers pour une réunion à huis clos avec l’industrie chimique
Alors que l’industrie européenne est sous pression et que l’UE prépare un paquet pour accroître sa compétitivité, le Premier ministre belge et la présidente de la Commission européenne participent à une réunion avec plus de 60 grands groupes à Anvers mardi (19 février).
Alors que l’industrie européenne est sous pression et que l’UE prépare un paquet pour accroître sa compétitivité sous la prochaine législature, le Premier ministre belge Alexander De Croo — dont le pays assure la présidence tournante du Conseil de l’UE — a invité la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à une réunion avec plus de 60 CEO de grands groupes à Anvers mardi (19 février) afin de discuter de l’avenir de l’industrie chimique et d’autres secteurs à forte intensité énergétique.
Si elle devait être reconduite pour un second mandat à la tête de l’exécutif européen, l’un des objectifs clés de Ursula von der Leyen serait de stimuler la compétitivité industrielle de l’Europe.
La réunion à huis clos de mardi constitue une première étape en ce sens, même si les groupes de défense de l’environnement ont critiqué le fait que cette réunion ait été tenue secrète — un mauvais départ pour l’élaboration de mesures législatives, selon eux.
Mme von der Leyen rencontrera plus de 60 acteurs industriels sur le site de BASF à Anvers, la plus grande entreprise chimique au monde. Elle s’entretiendra également avec le Premier ministre belge, Alexander De Croo.
Il n’y a pas de lieu plus significatif pour la compétitivité industrielle de l’Europe que le pôle de l’industrie chimique autour des mégaports d’Anvers et de Rotterdam, où sont fabriqués les produits chimiques qui entrent dans la composition de toutes sortes d’objets, allant des éoliennes aux appareils électroniques.
Les entreprises européens sont en concurrence directe avec leurs homologues chinoises, tout en étant soumises à des règlementations environnementales beaucoup plus strictes.
En effet, l’industrie chimique européenne est sous pression pour se décarboner : les émissions annuelles du secteur dépassent celles de la Belgique, et il reste soumis au système de tarification du carbone de l’Union européenne, le système d’échange de quotas d’émission (SEQE).
En octobre 2022, la société BASF a annoncé qu’elle réduirait « définitivement » ses activités en Europe, invoquant la hausse des coûts de l’énergie et les inquiétudes suscitées par les règlementations. L’entreprise a même envisagé une délocalisation en Chine : l’actuel directeur général, Martin Brudermüller, sera remplacé en avril par Markus Kamieth, qui était auparavant chargé des activités de l’entreprise en Asie.
Revendications des entreprises
Le Conseil européen de l’industrie chimique (CEFIC) présentera à Anvers une liste de solutions envisagées pour remédier à leurs problèmes.
Les entreprises présentes élaboreront une déclaration d’Anvers dans laquelle elles devraient appeller à un Pacte industriel européen (European Industrial Deal) en réponse au Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) qui pèse sur leur compétitivité.
Elles exprimeront également leurs inquétudes concernant les prix de l’énergie qui restent élevés et les règles de l’UE en matière d’emballage qui menacent la demande pour les principaux produits de l’industrie.
M. De Croo s’est révélé être un allié pour les entreprises chimiques, étant donné que le Premier ministre est attaché aux industries sidérurgique, manufacturière et chimique de son propre pays et qu’il réclame depuis près d’un an une « action pour l’industrie » au moyen d’un « pacte industriel ».
Une autre demande clé du CEFIC devrait être un accès plus facile et plus rapide aux aides publiques. Entre eux, les lobbyistes des entreprises chimiques ne manquent pas de dénoncer les restrictions imposées par Bruxelles au nom de la protection de l’égalité des conditions de concurrence en Europe.
Préoccupations en matière de transparence
« Cet évènement accentue une préoccupation manifeste : la priorité donnée aux profits des pollueurs au détriment de la santé publique et de l’environnement », a déclaré Tatiana Santos, responsable des produits chimiques au sein du Bureau européen de l’environnement (BEE).
Le groupe de pression Corporate Observatory Europe a déclaré que « crier au loup profite à l’industrie chimique », ajoutant que les groupes environnementaux n’avaient pas été conviés à la réunion à Anvers.
« Le sommet industriel d’Anvers est la mauvaise amorce d’un débat indispensable », selon Domien Vangenechten, conseiller politique principal au sein du groupe environnemental E3G, qui a également citiqué le fait que les discussions soient tenues à huis clos.
« Une approche européenne inclusive et intégrée peut saisir les opportunités compétitives présentées par ses forces régionales, plutôt que de les opposer les unes aux autres », a déclaré M. Vangenechten.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]