Van Rompuy, les navires et la tortue

Lors d’une conférence organisée par le think tank « Notre Europe », le président du Conseil européen a martelé sa confiance en l’Europe et en sa capacité à avancer, pas à pas.

/ EURACTIV.fr
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Lors d’une conférence organisée par le think tank « Notre Europe », le président du Conseil européen a martelé sa confiance en l’Europe et en sa capacité à avancer, pas à pas.

Herman Van Rompuy a la foi. La foi en l’Europe. Devant les étudiants de Sciences-Po, lundi 20 septembre, le président du Conseil européen a renvoyé les eurosceptiques dans leur camp. « La soi-disant lenteur de l’Europe désespère tant ses fidèles que ses détracteurs.“Dépêche-toi, chérie”, crient les premiers; “quelle léthargie”, ironisent les derniers. À tous ces mécontents il faut répondre, avec Galilée : “Et pourtant, elle tourne !“ », a-t-il lancé lors de son premier discours public à Paris. 

«Notre Union surprend toujours», a-t-il expliqué. Evoquant les voix des pessimistes, qui annoncent l’explosion prochaine de l’Union européenne, il s’est montré pugnace : «Nous sommes capables de garder ensemble la maîtrise de notre destin.» 

«Qui n’avance pas recule», a-t-il martelé, comme pour affirmer que l’UE ne pouvait pas se permettre de stagner en attendant de voir le monde défiler devant ses yeux. Mais, pour le président du Conseil, l’Europe doit progresser à son rythme. Il n’est pas anormal qu’elle «se fasse jour par jour», et non «au jour le jour». «La tortue européenne a d’abord avancé d’une marche lente et hésitante qui a finalement surpris tout le monde, y compris les impatients des marchés financiers», a poursuivi le Belge, en référence aux turbulences traversées par l’UE à l’occasion de la crise grecque. L’Europe «s’est imposée par le droit», et elle est coriace, a martelé Herman Van Rompuy. 

Relations extérieures

Cette tortue connaît parfois «plus de difficultés pour l’emporter», notamment en politique étrangère, a-t-il ajouté. Malgré les accords récents avec la Corée du Sud, ou l’envoi d’une aide massive au Pakistan sinistré par les inondations, le chemin à parcourir, en avançant «pas à pas», est encore long. Les politiques étrangères, même si elles sont «bien établies», sont encore multiples, a souligné le président du Conseil européen.

«L’Union européenne est comme un convoi de 27 bateaux navigant sur l’océan de la géopolitique», a-t-il poursuivi. Avant de filer la métaphore : «Mais sous l’eau, les 27 bateaux sont tous reliés» par des fils comme la politique économique et monétaire. Même si le vent les éloigne parfois temporairement les uns des autres, «ils ne peuvent pas s’éloigner les uns des autres», a continué Herman Van Rompuy.

Profiter du flou de sa mission

Egalement pragmatique sur la nouvelle institution qu’il préside, Herman Van Rompuy voit le Conseil européen comme une institution flexible. « Ce qui n’est pas résolu par les traités, ce sont les hommes qui doivent donner la réponse », a expliqué l’ancien premier ministre belge. « Le Conseil européen n’est pas encore une chambre d’appel. Il peut être très flexible au service d’un objectif (…) et profiter du flou de sa mission », a-t-il ajouté. La convocation par l’eurogroupe d’un Conseil des ministres de l’Économie et des Finances, le 9 mai dernier, est un exemple de la souplesse de cette structure. Il fallait convoquer les ministres des Finances des 27 pour trouver un accord global sur le projet d’un plan de sauvetage de l’UE de 750 milliards d’euros. La décision a été prise le vendredi de se réunir deux jours plus tard. 

Selon lui, les chefs d’État et de gouvernement jouent un rôle clé dans l’Union. Il ne comprend pas ceux qui fustigent l’abandon actuelle de la méthode communautaire au profit d’un trop grand pouvoir laissé aux pays. « A mon avis c’est un faux débat, explique-t-il. Qui d’autre que le premier ministre grec aurait pu convaincre son pays de mettre en place ces mesures d’austérité ? », a-t-il interrogé. Pour lui, l’objectif du Conseil européen, cette institution « très bizarre », qui n’appartient ni au pouvoir législatif, ni au pouvoir exécutif, est de donner des grandes orientations, tout en coordonnant les tâches des différentes institutions entre elles.

« Délivrer le même message »

Pour y parvenir, le président du Conseil européen a d’ailleurs décidé de rencontrer une fois par semaine le président de la Commission européenne, « de sorte que même dans certaines réunions où l’on ne s’est pas consulté, on ait le même message. » D’autant plus qu’Herman Van Rompuy a souligné avoir besoin de la Commission européenne pour produire des idées. « Toi tu as 23 000 fonctionnaires et moi je n’ai que les 23 membres de mon cabinet », explique-t-il d’ailleurs régulièrement à José Manuel Barroso.

En matière de gouvernance économique, Herman Van Rompuy est donc aussi lucide. Il ne croit pas « au grand saut vers une union budgétaire ». Les travaux de son groupe de travail sur la gouvernance économique de l’UE seront rendus théoriquement au sommet européen des 28 et 29 octobre. Et, selon lui, l’UE peut vivre avec cette tension entre une Union budgétaire imparfaite et une Union monétaire.

Revenant sur la difficulté de prendre des décisions à 27, Herman Van Rompuy a expliqué que son rôle consistait peut-être avant tout à coordonner les positions des uns et des autres. L’entente franco-allemande, à laquelle il reconnaît avoir travaillé plusieurs fois en coulisses, est « une condition nécessaire » pour que l’Europe avance, mais elle n’est pas suffisante. La cohérence avec les 27 est indispensable, a-t-il ajouté. Pour que les sommets européens ne soient pas une suite de discours de trois minutes chacun, « il faut très bien préparer ces réunions. Le président permanent a du sens; ne serait-ce que pour ça. »