Vers un nouvel atlantisme ?
Afin de regagner du terrain avec les États-Unis, l’UE propose d’améliorer la relation transatlantique en allant au-delà de l’atlantisme traditionnel : il faut un partenariat orienté vers les résultats et guidé par des priorités stratégiques.
Afin de regagner du terrain avec les États-Unis, l’UE propose d’améliorer la relation transatlantique en allant au-delà de l’atlantisme traditionnel : il faut un partenariat orienté vers les résultats et guidé par des priorités stratégiques.
S’exprimant devant le Brussels Forum du German Marshall Fund, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, et le président permanent du Conseil européen, Herman Van Rompuy, ont exposé leurs visions d’une relance des relations transatlantiques.
« L’Europe et les États-Unis se trouvent à un tournant », a déclaré M. Barroso. Il a souligné que dans un monde en évolution, le partenariat devait s’adapter aux nouvelles réalités si l’on veut qu’il continue à porter ses fruits.
Vers un partenariat plus dynamique et orienté vers les résultats
Dans un monde qui regorge de nouveaux défis et de nouvelles menaces, M. Barroso a mis en avant le besoin d’un partenariat plus dynamique, qui serait davantage tourné vers l’extérieur et qui impliquerait davantage les pays tiers, notamment la Chine, l’Inde et le Brésil.
« Nous pouvons miser sur ce que nous avons accompli. Il faut pour cela combiner nos efforts pour réformer l’architecture de la coopération internationale, travailler ensemble à l’atténuation du changement climatique tout en parvenant à une plus grande sécurité énergétique et créer un espace transatlantique de sécurité commune », a dit M. Barroso.
Faisant écho au président de la Commission, M. Van Rompuy a affirmé, devant un auditoire largement composé de fonctionnaires américains, que l’UE et les États-Unis devaient rechercher ensemble les réponses aux anciennes et aux nouvelles formes d’insécurité mondiale, et inviter les autres à les rejoindre. « C’est de cette manière que je vois notre histoire commune », a déclaré le président du Conseil.
Dépasser une année de relations tendues
La coopération entre l’UE et les États-Unis durant la première année de mandat du président Barack Obama s’est conclue par des résultats mitigés, très loin des espoirs soulevés lors de son élection en 2008.
Selon Constanze Stelzenmüller, analyste au German Marshall Fund, l’enthousiasme initial pour un partenariat UE-États-Unis renouvelé a été refroidi par plus d’un obstacle.
L’analyste a notamment cité la réticence de l’Europe à accueillir des prisonniers de Guantanamo ainsi que l’opposition aux appels d’Obama à prendre des mesures plus « keynésiennes » contre la crise financière.
La demande américaine d’envoyer plus de troupes en Afghanistan a également été accueillie par un silence glacial pendant des mois, et l’accord sur le partage des données bancaires, destiné à poursuivre les terroristes présumés, a été rejeté par le Parlement européen.
Mais l’Europe a aussi connu sa part de frustration. L’Union a été mise sur la touche lors des négociations concernant l’accord sur le climat à Copenhague. Elle a été ignorée par Washington lorsque l’administration américaine a unilatéralement annoncé une réforme de son système bancaire qui court-circuite les discussions du G20, et a été déçue par la décision d’Obama de ne pas participer à un sommet prévu en mai entre l’UE et les États-Unis.
« Toutefois, nous ne devons pas considérer chaque déception comme une crise ou une impasse », a souligné M. Van Rompuy, qui a affirmé qu’au contraire de telles prises de becs étaient la preuve de la profondeur de la relation transatlantique.
« Ce qui nous unit, c’est une relation plus fondamentale et plus durable. Les relations faciles sont celles qui sont vides! », a conclu M. Van Rompuy.
Barroso II porte son attention sur la place de l’Europe dans le monde
Si Bruxelles a eu pour priorité ces cinq dernières années de consolider l’Union élargie et d’achever le processus de ratification du traité de Lisbonne, la Commission Barroso II est déterminée à formuler un agenda pour l’Europe dans le monde, et cela ne peut se faire sans les États-Unis.
Cependant, l’Union européenne n’a pas de véritable politique étrangère et de sécurité, ou même une politique transatlantique, note Mme Stelzenmüller. La relation entre l’UE et les États-Unis est ancienne, étendue et profonde, a-t-elle ajouté, mais elle n’est pas stratégique – du moins pas en ce qui concerne l’Amérique.
Lorsque le président Obama s’est adressé au Parlement européen l’an dernier, il a rapidement souligné que « la pertinence de cette relation dans l’avenir serait fondée non sur le passé, les valeurs ou les intérêts communs, mais sur la volonté et la capacité de l’Europe à s’adapter à cette nouvelle réalité mondiale et à partager ses fardeaux avec l’Amérique et d’autres. »
MM. Barroso et Van Rompuy semblent avoir entendu cet appel et être prêts à lancer rapidement un partenariat plus constructif plus à même de gérer les défis du 21ème siècle : changement climatique, cybercriminalité, prolifération nucléaire et terrorisme.
POSITIONS :
S’exprimant devant un panel sur la pertinence des relations transatlantiques dans un monde toujours plus globalisé, la Haute représentante de l’UE aux Affaires étrangères et à la politique de sécurité Catherine Ashton a affirmé que la relation transatlantique était « fondamentale pour les entreprises et pour les gens ».
Rejetant toute « crise de valeurs » entre les deux rives de l’Atlantique, Mme Ashton a affirmé que cette relation continuerait « pour toujours ».
Exposant son désaccord avec Mme Ashton, le président estonien Toomas Ilves a déclaré que les problèmes qui ont dominé les relations transatlantiques lors des 60 dernières années ont été réglés. « L’Europe n’est plus sur l’écran radar de la même manière que par le passé », a-t-il dit, ajoutant que « les vrais problèmes pour les États-Unis étaient ailleurs. »
Le secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen estime que l’UE devrait investir davantage dans la défense si elle veut devenir un acteur mondial. Il s’inquiète de voir l’Europe considérer la relation transatlantique comme quelque chose d’acquis.
S’exprimant lors du Brussels Forum, le responsable de l’OTAN a affirmé que le traité de Lisbonne donnait à l’UE une politique de sécurité et de défense plus forte, mais il a prévenu que « cela resterait une déclaration d’intention si ce n’est pas suivi par des contributions militaires concrètes au moment où on en a besoin. »
« Il nous appartient de faire preuve d’un engagement politique fort ainsi que d’investir dans les capacités nécessaires », a-t-il dit, faisant référence à la baisse des dépenses de défense en Europe.
Alors que le soutien de l’opinion publique à l’OTAN est faible aux États-Unis, M. Rasmussen a déclaré que l’Europe devait montrer aux Américains la valeur de la relation transatlantique. « Le meilleur moyen de le faire, c’est à travers des exemples pratiques, comme les contributions de pays non alliés aux États-Unis pour notre opération en Afghanistan », a-t-il affirmé.
Anne-Marie Slaughter, directrice de la planification politique au Département d’État américain, a déclaré que le fait que les relations transatlantiques ne fassent pas les gros titres était une « bonne chose ». Saluant le traité de Lisbonne, qui a créé la nouvelle fonction de Mme Ashton, Mme Slaughter a déclaré « qu’avec Lisbonne, l’Europe était dans de meilleures dispositions pour être un partenaire clé dans la résolution des problèmes mondiaux. »
La fonctionnaire américaine a ajouté que la secrétaire d’État Hillary Clinton avait trouvé « très utile » de pouvoir décrocher son téléphone pour appeler Mme Ashton comme son « homologue à égalité ».