Vladimir Poutine modifie l’équilibre stratégique militaire européen
La Russie a décidé de suspendre l’application du Traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE). Cette décision, annoncée par Vladimir Poutine le 14 juillet, intervient après plusieurs semaines de tensions entre Moscou et l’Occident, notamment au sujet du projet de bouclier antimissile des Américains en Europe.
La Russie a décidé de suspendre l’application du Traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE). Cette décision, annoncée par Vladimir Poutine le 14 juillet, intervient après plusieurs semaines de tensions entre Moscou et l’Occident, notamment au sujet du projet de bouclier antimissile des Américains en Europe.
Contexte :
Depuis l’annonce, en 2001, par le président américain Georges Bush, de la future mise en place d’un bouclier antimissile, les relations entre les États-Unis et la Russie n’ont cessé de se détériorer. La décision prise par les États-Unis en février 2007, d’installer des bases de radars et missiles en République tchèque et en Pologne a ravivé les tensions. Vladimir Poutine avait alors dénoncé l’impérialisme américain matérialisé par une « course aux armements ».
Enjeux :
- Traité sur les Forces conventionnelles en Europe.
Le président russe a suspendu, par décret, samedi 14 juillet, l’application du traité FCE, signé à Paris en 1990, qui limite la présence d’armes conventionnelles en Europe (chars, artillerie lourde, aviation).
« Moscou a transmis aux Pays-Bas, dépositaires du traité FCE, un mémorandum assez dur envers l’Otan sur les raisons qui l’ont conduit à suspendre le traité et qui fixe l’échéance au 12 décembre », a indiqué samedi un diplomate au siège bruxellois de l’Alliance atlantique.
Signé entre les forces du Pacte de Varsovie et l’OTAN, ce traité avait pour principal objectif d’éviter que l’un des deux camps puisse lancer par surprise une offensive de grande envergure, à une époque où la guerre froide touchait à sa fin.
Le ministère des Affaires étrangères russes a affirmé dans un communiqué que ce moratoire « ne veut pas dire que nous avons claqué la porte du dialogue ».
Le motif invoqué par le Kremlin est la non-application de la version révisée de 1999 du traité par les membres de l’OTAN. Ces derniers réclamant en effet, au préalable, le retrait des troupes russes de Géorgie et de Transnistrie (région moldave en sécession).
- Bouclier antimissile
Le sujet le plus sensible entre Washington et Moscou est le bouclier antimissile que les Américains entendent déployer en Europe. Officiellement, le dispositif n’est pas là pour menacer la Russie mais pour prévenir toute attaque venant d’Iran. Cet argument ne convainc pas Vladimir Poutine, qui voit d’un mauvais œil l’installation de troupes américaines en Bulgarie et en Roumanie, ancienne zone d’influence russe.
Positions :
Selon le dirigeant de l’Heritage Foundation (cercle de réflexion basé à Washington), Evgueni Vilk, si d’ici cinq mois « aucun accord n’est conclu à propos du bouclier antimissile, la Russie pourrait mettre à exécution ses menaces de viser à nouveau l’Europe et redéployer des missiles, comme c’était le cas dans les années 70 ».
Premier visé par cette mesure, l’OTAN dit « regretter profondément cette décision. Les Alliés considèrent ce traité comme un élément important de la sécurité européenne ».
Malgré sa « déception », le Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche souhaite « poursuivre les discussions dans les mois qui viennent pour trouver les moyens d’avancer dans l’intérêt de la sécurité en Europe ».
Lors du sommet du G8, Vladimir Poutine avait proposé à George Bush un projet commun de bouclier antimissile en utilisant des bases russes situées en Azerbaïdjan. Aucune suite n’a, pour le moment, été donnée à cette proposition.
Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a déclaré à Vilnius, lors de sa tournée dans les pays baltes, que ce traité était un élément central de la politique internationale de désarmement. « C’est pourquoi nous accordons la plus grand attention à l’annonce faite par Moscou ».
« Dans les jours à venir, nous verrons quelles mesures concrètes seront prises en réponse à cette annonce, » a-t-il ajouté, en espérant que la Russie n’aille pas plus loin que la suspension temporaire du traité.
Le porte-parole du ministre des Affaires étrangères polonais, Robert Szaniawski, « regrette » cette décision tout en ajoutant « que compte tenu des déclarations précédentes, cette décision n’est pas une surprise et n’a pas de conséquences immédiates ».
Selon l’ancien leader soviétique, Mikael Gorbachev, cette décision prise en haut lieu indique la nécessité « d’un dialogue constructif » et n’est que « la réponse justifiée à une question posée et non pas une réaction émotionnelle ». Gorbachev est le signataire du traité originel de 1990. Ce dernier a précisé que « ce serait complètement incompréhensible si la Russie continuait à respecter les termes du traité quand les autres parties ne l’ont même pas ratifié ».