7 commandements pour échapper aux péchés capitaux des élections européennes

Pierre-Jérôme Hénin est membre de "12 étoiles en colère", un groupe de personnes d’horizons politiques divers et travaillant ou ayant travaillé dans les institutions européennes. Afin de sortir l'UE des crises qui la fragilisent, ce groupe appelle les institutions européennes à un sursaut.

Pierre-Jérôme Henin est président de MEDIA9 (Credit: [Commission européenne])
Pierre-Jérôme Henin est président de MEDIA9 (Credit: [Commission européenne])

Pierre-Jérôme Hénin est membre de « 12 étoiles en colère », un groupe de personnes d’horizons politiques divers et travaillant ou ayant travaillé dans les institutions européennes. Afin de sortir l’UE des crises qui la fragilisent, ce groupe appelle les institutions européennes à un sursaut.

L’Europe est en crise. Crise de sens, crise de légitimité, crise d’identité. Mais aussi crise d’information. Il reste beaucoup à dire et à débattre sur les défauts de l’Europe, à commencer par une vraie réflexion sur ses compétences réelles, son fonctionnement démocratique et son projet politique. Mais, pour ce faire, il est plus que temps de mettre fin aux hypocrisies qui nous inondent et de rappeler quelques vérités de bon sens.

Tes actes tu assumeras

Depuis de trop longues années, l’Union européenne sert de bouc émissaire facile. Rares sont les membres de la classe politique française qui assument le choix européen et ne tiennent pas un double langage. Sans parler de ceux qui oublient de rappeler que la France vote à Bruxelles par la voix de ses ministres et à Strasbourg par celle de ses députés européens. Or, on ne peut pas critiquer l’Union européenne toute la semaine et demander aux citoyens d’être raisonnables le dimanche !

Les citoyens tu informeras

Peu nombreux sont les médias qui osent prendre l’Europe à bras-le-corps toute l’année. C’est-à-dire en décrypter les enjeux et les rapports de force, rappeler qu’il s’agit avant tout d’une aventure collective qui suppose efforts, patience et compromis. L’approche démagogique et sensationnaliste sert clairement les intérêts des extrêmes. Le raisonnement selon lequel « l’Europe ne fait pas vendre » est de courte vue et destructeur. Il est possible d’y remédier par l’information. En commençant par former les journalistes à la réalité européenne.

L’Europe tu représenteras

Tant que l’Union européenne restera désincarnée, elle demeurera un objet de désintérêt et de railleries. Le projet européen doit être porté par des personnalités qui mettent leur talent à son service. Aujourd’hui, force est de constater que dans les États ou à Bruxelles, personne n’incarne l’Union européenne. Face à des anti-européens militants, les pro-Europe doivent oser se battre pour leurs convictions. Et le faire savoir.

La démocratie tu défendras

Il faut expliquer comment fonctionne le Parlement européen et pourquoi un vote pour les extrêmes affaiblit le poids des pays. Aujourd’hui, seuls les grands groupes parlementaires comptent et les Français, plus éparpillés que jamais, ne pèsent plus dans aucun d’entre eux. La portée du vote protestataire est par nature limitée dès lors que les majorités se bâtissent à chaque vote avec les grandes formations cohérentes.

Tes responsabilités tu prendras

Comment espérer informer correctement sur les questions européennes, notamment en amont d’élections avec une telle instabilité ministérielle ? En France, 11 ministres (ou secrétaires d’État) chargés des Affaires européennes se sont succédé entre 2004 et 2014 ! À l’instar des parachutages de têtes de liste, on nage en plein dilettantisme. Face à la méconnaissance générale des enjeux, il aurait été responsable de mener une campagne d’information d’envergure avant les élections. Tous les 5 ans, ce ne serait pas du luxe !

La vérité tu diras

Qui va enfin avoir le courage de dire que l’Union européenne ne fait pas tout et qu’en de nombreuses circonstances, elle a les ailes coupées par les équilibres entre gouvernements nationaux ? Qui va rappeler que la Commission ne peut être responsable de choix faits dans des politiques dont elle n’a pas la charge (police, éducation, sécurité sociale) ? Qui va oser rappeler qu’une union monétaire sans coordination des politiques économiques est vouée à l’échec ? Qui va enfin rappeler la nécessité d’une union politique tournée vers l’avenir plutôt que de se regarder le nombril ? Il est temps de tenir un langage de vérité et de renforcer les initiatives « décodeurs » qui permettent de contrer les affirmations fallacieuses.

Pour le 21e siècle tu travailleras

Mais le péché le plus mortel est l’incapacité à penser le siècle qui commence. Cent ans après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, une bonne part des élites européennes se complaît dans le monde d’hier. Un monde centré sur l’Europe, sans aucun péril lié à la démographie mondiale, l’intégration inexorable de la planète, l’environnement ou les mutations de nos économies et de nos sociétés. L’immense majorité des déclarations politiques caressent dans le sens du poil et évitent de regarder la révolution que nous vivons, qui exige de la vision et de la créativité. Anticiper les changements, favoriser l’intégration des politiques, réformer profondément nos pratiques démocratiques et nous former à des échanges interculturels de plus en plus inévitables : il est grand temps de se mobiliser pour passer de la déprime et la peur à l’ouverture, la détermination et l’audace.

Nous appelons tous ceux qui ne sont pas résignés à reprendre leur bâton de pèlerin pour chasser les fantômes du passé et du présent. L’Europe doit redevenir un espoir collectif pour affronter paisiblement le monde de demain.

 

Le collectif 12 étoiles en colère