Améliorer la sécurité alimentaire mondiale est surmontable

Éliminer les pertes post-récolte dans les pays en développement n’a rien de sorcier, écrit Ertharin Cousin. Grâce à des initiatives telles que le projet pilote « Achats au service du progrès » (P4P), en partie financé par l’Union européenne, le Programme alimentaire mondial tente de venir en aide aux petits exploitants agricoles tout en réduisant la perte et le gaspillage de nourriture.

Éliminer les pertes post-récolte dans les pays en développement n’a rien de sorcier, écrit Ertharin Cousin. Grâce à des initiatives telles que le projet pilote « Achats au service du progrès » (P4P), en partie financé par l’Union européenne, le Programme alimentaire mondial tente de venir en aide aux petits exploitants agricoles tout en réduisant la perte et le gaspillage de nourriture.

Ertharin Cousin est directrice exécutive du Programme alimentaire mondial de l’Organisation des Nations unies à Rome. Elle a récemment rencontré des représentants de l’UE à Bruxelles afin de discuter de la réponse à la crise syrienne et a participé à la conférence des donateurs pour le développement du Mali soutenue par l’UE le 15 mai.

Chaque fois qu’il m’est donné de passer du temps parmi les gens auxquels le Programme alimentaire mondial (PAM) fournit des services, je m’enrichis de précieuses connaissances supplémentaires et tire inspiration des nouveaux moyens trouvés par les gouvernements pour s’attaquer au plus grand des problèmes surmontables qui se posent au niveau mondial, en l’occurrence, la faim. C’est ce qui est arrivé une fois de plus lors de mon récent séjour au Burkina Faso, où j’ai été encouragée par les résultats des efforts déployés pour aider les communautés à devenir plus résistantes aux chocs, notamment ceux liés au climat.

Pourtant, mes entretiens avec le Président Blaise Compaoré et les ministres de son gouvernement avaient été dominés par un thème : la perte d’un pourcentage trop élevé de la production alimentaire nationale, généralement au niveau des fermes. Au Burkina, les petites exploitations familiales comptent pour 70 % de la production agricole totale, ce qui fait que les pertes post-récolte amoindrissent fortement l’aptitude des agriculteurs à gagner convenablement leur vie et celle du pays à nourrir ses habitants. Il en est de même pour la plupart des pays en développement, où les pertes alimentaires ont surtout lieu au cours des étapes de production (récolte, traitement et distribution).

Notre organisation sœur, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), estime que près d’un tiers de la nourriture produite dans le monde se perd ou est gaspillée dans les systèmes de production et de consommation alors qu’environ 870 millions de personnes ne mangent pas à leur faim et ne savent souvent pas d’où viendra leur prochain repas.

Selon nos prévisions, la planète comptera 9 milliards d’habitants d’ici 2050, une population qu’il faudra nourrir avec moins de terres et moins d’eau, en raison des changements climatiques qui s’installent petit à petit, tout en faisant face à des phénomènes météorologiques extrêmes se succédant à des intervalles plus rapprochés, ce qui ne laisse aucune place aux pertes et au gaspillage.

Heureusement, éliminer les pertes post-récolte n’a rien de sorcier et n’exige pas, comme certains de nos autres problèmes, des percées technologiques ou des années de recherche scientifique de haut niveau.

Au PAM, nous avons vu la capacité des agriculteurs en matière de prévention des pertes alimentaires se transformer grâce au projet pilote « Achats au service du progrès » (P4P) que nous avons lancé il y a cinq ans, avec divers partenaires, pour mettre à l’essai des modalités novatrices d’achat de produits alimentaires permettant éventuellement d’aider les petits exploitants à obtenir de meilleurs rendements, améliorer la qualité de leurs produits, trouver des débouchés fiables pour ces derniers et les vendre au juste prix. La réduction des pertes post-récolte est un des éléments essentiels de ce programme dans les 20 pays qu’il couvre.

Les agriculteurs des pays en développement, en particulier les petits exploitants, font face à de nombreux problèmes, une fois que les récoltes ont été rentrées. En effet, comme les endroits se prêtant à leur stockage approprié sont rares ou en mauvais état, celles-ci se trouvent souvent à la merci des éléments et de ravageurs tels que les charançons ou les rats. Lorsque les céréales sont mises à sécher au soleil, une simple ondée peut suffire pour favoriser le développement de moisissures qui peuvent pourrir les grains ou produire des aflatoxines capables de provoquer des tumeurs cancéreuses du foie.

La situation change cependant du tout au tout lorsqu’on donne aux agriculteurs une formation adéquate consistant, par exemple, à leur faire connaître l’existence et les effets des aflatoxines, et qu’on leur procure de simples bâches pour le séchage ainsi que des silos individuels ou communautaires pour le stockage des récoltes.

À ce jour, le projet P4P a permis au PAM et à ses partenaires de former plus de 193 000 exploitants, techniciens agricoles, propriétaires d’entrepôts et petites et moyennes entreprises commerciales à des méthodes améliorées de production agricole, de traitement post-récolte et d’assurance qualité. Je tire une fierté particulière du fait qu’en moyenne, un tiers des participants à ces formations ont été des femmes, proportion que nous nous efforçons constamment d’augmenter pour parvenir à la parité.

Les résultats sont excellents. La formation a énormément contribué à améliorer la qualité des produits. Au début du projet, la plupart des syndicats d’agriculteurs se souciaient peu de cet aspect. Aujourd’hui, même les moins capables d’entre eux sont en mesure de se conformer assez rapidement aux rigoureuses normes de qualité du PAM. En conséquence, les cargaisons rejetées pour cause de non-respect de ces normes sont de plus en plus rares.

Les activités de formation ont également stimulé l’innovation. Ainsi, au Guatemala, les membres de l’équipe P4P ont créé un laboratoire portatif de la taille d’une valise à roulettes appellé la « Boîte bleue », qui comprend un appareil de contrôle de la teneur en nickel des céréales, des balances électroniques, des tamis, un convertisseur de tension, un hygromètre, un moulin, une horloge numérique et un nécessaire pour la détection de la présence d’aflatoxines.

Le personnel du projet et les partenaires, formés à l’utilisation de la Boîte bleue, parcourent des milliers de kilomètres en voiture et à pied, allant par des sentiers de montagne jusque dans des villages reculés, pour effectuer des analyses sur le terrain et identifier les problèmes à un stade précoce. Les agriculteurs sont maintenant beaucoup plus au fait des questions de qualité et de gestion post-récolte, et leur assurance s’accroît. Ils connaissent désormais la qualité des céréales de base qu’ils produisent et leur juste prix et ce, qu’ils les vendent au PAM ou à d’autres acheteurs.

Les efforts de réduction des pertes post-récolte soutiennent également l’agriculture et les économies locales. Nous collaborons étroitement avec la FAO et le Fonds international de développement agricole pour que les interventions d’urgence, qui relèvent en premier lieu du PAM, conduisent sans solution de continuité au redressement et au développement.

Cependant, éviter les pertes prématurées de denrées alimentaires qui pourraient servir à nourrir les pauvres exige des efforts coordonnés de la part de nombreux acteurs.

Au niveau des pays, les gouvernements devraient ouvrir la voie en mettant en place un cadre politique offrant des solutions. Il est impératif que la résolution du problème du gaspillage dans la chaîne alimentaire devienne un des principaux piliers de toute future stratégie alimentaire nationale.

Il est également nécessaire que les organismes et organisations non gouvernementales internationaux coordonnent entièrement leurs efforts pour aider les agriculteurs à produire davantage et mieux, ainsi qu’à accéder aux marchés.

Enfin, il faut que les dirigeants locaux aident leurs communautés à comprendre et à travailler ensemble pour empêcher que leur maïs, leur riz, leurs haricots et leurs autres cultures vivrières de base ne soient endommagés ou détruits.

L’expérience du P4P nous montre clairement qu’avec l’aide et les connaissances adéquates, il est possible de prévenir les pertes de précieuses denrées alimentaires dans les pays pauvres qui se débattent pour parvenir à la sécurité alimentaire. Il nous incombe, dans les années à venir, de donner une large diffusion à ces enseignements pour pouvoir faire face au défi de l’alimentation de notre population croissante.

Ce billet d’opinion est republié avec la permission du PAM. Il a été publié pour la première fois dans le magazine « Our Planet » du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).