James Sherr : « La Russie bouscule notre culture commerciale et juridique »
James Sherr, responsable du programme Russie-Union européenne à Chatham House expose dans une interview publiée sur le site de la Fondation Robert Schuman, lundi 25 mai, sa conception des relations entre les 27 et la Russie.
James Sherr, responsable du programme Russie-Union européenne à Chatham House expose dans une interview publiée sur le site de la Fondation Robert Schuman, lundi 25 mai, sa conception des relations entre les 27 et la Russie.
Les relations UE/Russie sont conditionnées, selon James Sherr, par deux réalités économiques et stratégiques divergentes et par l’enjeu délicat de la politique de voisinage. En bref, la Russie est un État que l’Union européenne ferait mieux de ne pas prendre de haut.
James Sherr considère que les « lignes de fracture militaro-idéologiques », caractéristiques de la Guerre froide ont peu à peu été remplacées par « de nouvelles lignes de fracture liées aux cultures commerciales ».
Des deux côtés, l’appréhension de l’autre a ainsi évolué. L’Europe pensait depuis les années 1990 qu’au contact du commerce et des investissements, la Russie deviendraient « plus normale », plus « digne de confiance ».
Méfiance croissante
Si le commerce et les investissements se sont bien mis en place en Russie, la manière dont l’État russe « traite les affaires, tout particulièrement en matière d’approvisionnement énergétique et d’investissement, bouscule notre culture commerciale et juridique », analyse James Sherr.
La Russie vit elle aussi une phase de désillusion à l’égard de l’UE. Elle, qui a pu considérer la construction européenne comme un contre-poids aux États-Unis, voit de plus en plus l’UE comme un « instrument d’intégration », voire un espace «expansionniste ».
Conséquence de cette méfiance croissante à l’égard de l’UE, la Russie utilise ses relations multilatérales, notamment avec ses anciens satellites, pour jouer la division entre les États membres. Comme le souligne le chercheur, « les Russes profitent d’un antidote fourni par l’Union elle-même : la pluralité, voire la division ».
Conséquence ou dommage collatéral, la politique de voisinage menée par l’UE en Ukraine notamment est considérée par la Russie comme une intrusion dans sa zone d’influence traditionnelle. Pour James Sherr, la Russie ne changera sa conception que lorsque l’Ukraine aura fait preuve de « décision politique » en clarifiant ses ambitions d’adhésion, ce qui renforcerait son « capital de fiabilité, de confiance et d’efficacité ». Sinon, prévient James Sherr, « les Russes continueront à penser que le voisinage leur appartient. »
Pour lire l’interview dans son intégralité, cliquez ici.