La Conférence sur l’Avenir de l’Europe, une occasion manquée ?

À l’heure où l’Union européenne doit faire face à de nombreux défis, il peut sembler important de s’interroger et de débattre de l’Europe d’aujourd’hui et de celle que nous voulons pour demain.

Photo CLG
Constance Le Grip est députée (Les Républicains) des Hauts-de-Seine.

Le 9 mai dernier, lors de la Journée de l’Europe, la Conférence sur l’Avenir de l’Europe a été  officiellement installée à Strasbourg.  

Constance Le Grip est députée (Les Républicains) des Hauts-de-Seine.

À l’heure où l’Union européenne doit faire face à de nombreux défis, conséquences de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, gestion de la crise sanitaire de la Covid-19, pression migratoire sur les frontières, dérèglement climatique, menaces sur la civilisation européenne, il peut sembler important de s’interroger et de débattre de l’Europe d’aujourd’hui et de celle que nous voulons pour demain. 

Voulue par les Chefs d’État et de Gouvernement et le Parlement européen, cette instance, la Conférence sur l’Avenir de l’Europe, mêlant démocratie participative et démocratie représentative, est censée permettre à tous les citoyens européens d’exprimer leurs opinions sur les politiques européennes et de faire connaître leurs souhaits pour l’avenir.  

Députée européenne durant 7 ans, résolument engagée en faveur du projet européen, je ne pouvais qu’être intéressée par cet exercice. Sur le papier, donner la parole aux citoyens européens semble en effet une très bonne idée ! 

Concrètement, la mise en place d’une plate-forme numérique, interactive et multi-langues permettant de recevoir les contributions de chaque citoyen européen, ainsi que la constitution de panels de citoyens, appelés à s’exprimer eux aussi, sont en principe de bons outils mis à la disposition des citoyens européens. 

Malheureusement, le taux de participation de cette plate-forme numérique, conçue comme un véritable instrument de démocratie directe, reste faible ! 

Lors de l’assemblée plénière de la Conférence sur l’Avenir de l’Europe d’octobre 2021, assemblée plénière au sein de laquelle je représente, aux côtés d’un collègue d’un autre groupe, l’Assemblée nationale, les chiffres de fréquentation de cette plate-forme ont été présentés. Concernant la France, la participation était certes encourageante mais demeurait nettement insuffisante, avec environ 2 500  contributions à cette époque. Ce chiffre rapporté à la population française situe la France au 15e rang des pays de l’Union européenne, avec moins de 40 contributions par million d’habitants ! 

Dans le rapport intermédiaire publié en novembre 2021, la France occupe toujours la 2e place en nombre de contributions, environ 2 900, mais se situe désormais à la 18e position en termes de volume des contributions rapporté à un million d’habitants, ce qui représente en moyenne 44 contributions par million d’habitants. Cela reste poussif…  

Ce manque d’engouement suscité par la plate-forme, et donc par la Conférence sur l’Avenir de l’Europe, est en partie dû au peu de visibilité qui lui a été accordée et au manque de promotion et d’information sur ladite plate-forme numérique, ce que je regrette. 

Nous ne pouvons que constater l’absence de couverture médiatique de la Conférence et des réunions de son assemblée plénière (lorsque celles-ci ne sont pas annulées pour des raisons sanitaires…), mis à part celle de certains médias européens spécialisés qui ont relayé la séance inaugurale dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg en mai dernier. Trop peu de citoyens sont aujourd’hui encore informés de la tenue de cette conférence et de la possibilité qui leur est pourtant offerte de pouvoir y participer et de faire entendre leurs critiques, leurs attentes et leurs propositions sur l’avenir de l’Europe. 

Ce qui aurait pu et dû être le moment d’un véritable débat démocratique risque malheureusement de n’être qu’une occasion manquée. 

Certes, au niveau national, la France a mis en place d’autres dispositifs afin de promouvoir cet exercice participatif, telles que des conférences qui se sont tenues sur l’ensemble du territoire ou encore une consultation en ligne auprès de 50 000 jeunes, mais, là encore, peu de visibilité, peu de retentissement médiatique. Difficile d’imaginer que ces exercices ont dépassé le cercle des « usual suspects » des débats européens… Et ces exercices n’ont pas été faits dans tous les États membres, loin de là ! 

En mars prochain est censée avoir lieu la restitution de toutes les contributions et idées des citoyens européens, telles que collectées sur la fameuse plate-forme numérique, travaillées dans les « panels de citoyens » et débattues dans l’assemblée plénière de la Conférence sur l’Avenir de l’Europe. En mars, soit à mi-parcours de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne ! 

Il y a fort à parier que, l’engagement populaire n’ayant pas été au rendez-vous, loin s’en faut, et les vagues des différents variants de la Covid-19 envahissant l’espace du débat public, en France comme ailleurs en Europe, « la montagne accouchera d’une souris », et le fruit de cette consultation citoyenne européenne, qui se voulait prometteuse et exemplaire, sera bien sec ! 

Notre pays est entré en campagne présidentielle, presque tous les principaux protagonistes qui prendront part à l’élection présidentielle sont connus et déclarés. Au fond, n’est-ce pas le moment pour nos compatriotes de débattre de l’Europe que nous voulons, des projets et propositions que portent les différents candidats, et le moment pour le peuple souverain de choisir sa vision du projet européen ?  

Engageons-nous résolument pour que les débats de la campagne présidentielle française  n’escamotent pas les sujets européens !