N’aggravons pas le cas de la France

Gilles Savary, député de la Gironde, et ancien eurodéputé , appelle les Français à se rendre aux urnes le 25 mai. Il souligne les succès de l’UE, comme l’instauration durable de la paix sur le continent européen.

Gilles Savary, (Credit: [Mathieu Delmestre/Flickr])
Gilles Savary, (Credit: [Mathieu Delmestre/Flickr])

Gilles Savary, député de la Gironde, et ancien eurodéputé , appelle les Français à se rendre aux urnes le 25 mai.
Il souligne les succès de l’UE, comme l’instauration durable de la paix sur le continent européen.

Alors que le 25 mai prochain on tente en Ukraine de priver le peuple d’élections libres et régulières, les sondages nous promettent une abstention record aux élections européennes, les plus importantes pour notre avenir et celui de nos enfants.

Nous sommes certes responsables de ce désenchantement démocratique, pour avoir trop longtemps entretenu nos concitoyens dans l’incompréhension de l’enjeu européen, et dans l’illusion d’une toute puissance nationale révolue.

Pourtant, ce que nous devons à la construction européenne est inestimable.

Au moment où l’on entend à nouveau le bruit des bottes à l’est de l’Europe, les Français d’aujourd’hui considèrent que la paix est un état naturel et définitif, quand elle est d’abord l’acquis fragile de l’armistice européen que nous avons scellé dans les Traités de l’Union.

Il suffit de regarder, autour de notre frêle continent, monter les dangers et rétrécir le monde libre et pacifié pour comprendre l’extrême fragilité de notre petit îlot européen de liberté, de démocratie et d’Etat de droit.

Il suffit de regarder en arrière, et pas si loin, pour mesurer les progrès de niveau de vie et de protection sociale que nous avons malgré tout accompli, et que des peuples en retard ont rattrapé de façon fulgurante grâce à la prospérité économique et commerciale de l’Europe. Les migrants désespérés de Lampedusa, comme les Ukrainiens, ou encore les Baltes qui tremblent des pressions qui s’exercent à leurs frontières contre l’Europe, le savent si nous l’avons oublié.

Certes, les français ont des raisons de craindre l’avenir et de désespérer du présent.

Le monde d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier, celui de la domination sans partage depuis cinq siècles de l’Occident et de nos vieilles appropriations coloniales. De nouvelles hyperpuissances mondiales se sont invitées à la table du grand partage mondial. Elles domineront le monde avant la fin du siècle. Elles nous contraignent à nous adapter à de nouveaux rapports de force et d’influence mondiale.

Elles vont vite, et s’approprient la domination d’un nouveau capitalisme que ne récusent même plus ce qu’il reste de régimes communistes, mis à part la sinistre Corée du Nord.

Ils entrent en compétition sans vergogne et sans retenue, et nous n’avons d’autre choix que d’en relever le défi, ou d’assister au déclin inéluctable, puis à l’asservissement de ce que notre civilisation a de plus précieux : sa démocratie, son respect des droits de l’Homme et son modèle social.

Être européen aujourd’hui, c’est d’abord défendre notre civilisation, celle que l’on partage avec les autres peuples d’Europe, qui nous rassemble et nous identifie au-delà de nos différences. Rien de moins.

Ne pas voter le 25 mai, c’est prendre le risque insensé d’en priver un jour nos enfants. C’est renoncer à compter dans l’ordre du monde nouveau.

L’Europe, c’est comme la France. On doit l’aimer parce que nous sommes Européens, mais on peut aussi ne pas aimer son gouvernement trop lointain, trop peu démocratique, trop libéral, trop indifférent à ses peuples.

C’est précisément l’enjeu de l’élection du 25 mai, que de nous inviter à prendre nos responsabilités pour changer de gouvernement européen.

En 1989, l’illusion soviétique du « tout État » s’est affaissée ! En 2008 la crise des subprimes qui nous dévaste encore, a constitué l’affaissement du « tout libéral ».

L’Europe y a réagi en nous évitant le pire, mais sa majorité de droite sortante n’a pas pris la mesure des dégâts économiques et sociaux de sa foi ultra-libérale.

Elle rechigne encore à une politique européenne de relance, à de grandes politiques européennes industrielles, énergétiques, sociales, migratoires, scientifiques, militaires. Elle préfère nous accabler de normes, de droit de la concurrence éthéré, d’appels d’offres et l’on ne tombe pas amoureux d’appels d’offres et de dérégulation des services publics, quand il faudrait au contraire que l’Europe laisse les États gérer notre quotidien et nos modes de vie, pour s’attacher à de grandes politiques volontaristes susceptibles de nous renforcer collectivement face aux nouvelles grandes puissances.

Certes, elle n’est pas responsable des retards et des conservatismes français et nous devons les assumer sans esquive. Nous pouvons les surmonter comme l’ont fait les Allemands, les Suédois, les Danois, les Belges, les Néerlandais qui vivent dans le même monde et la même Europe que nous !

Quitter l’Europe, revenir au franc, dégraderaient immédiatement notre pouvoir d’achat, notamment en énergie qui augmenterait de 15 à 20 %, creuserait mécaniquement notre dette et le budget insensé que nous consacrons annuellement à rembourser ses seuls intérêts (près de 50 milliards aujourd’hui, 15 % de plus avec un franc dévalué par rapport à l’euro). La France est responsable de son adaptation au monde tel qu’il est, et non pas tel qu’on le rêve.

Mais le 25 mai, nous pouvons réorienter l’Europe par nos urnes, qui pèsent lourd !

Pour la première fois depuis plus de 20 ans, les sondages font état d’un écart de quelques sièges entre la droite et la gauche !

Rien ne serait pire pour l’Europe et pour la France que nous leur fassions rater ce rendez-vous avec une autre Europe.

Rien ne serait pire pour la France et son influence qu’elle envoie à Bruxelles une majorité d’anti-européens !

Le 25 mai, n’aggravons pas le cas de la France !