Piazza Schuman : en avant !

Faire du rond-point Schuman à Bruxelles « le point de rencontre de l’Europe, la piazza du continent» serait un symbole.

Philippe Van Parijs [Bibliotheek Kortrijk]
Philippe Van Parijs [Bibliotheek Kortrijk]

Faire du rond-point Schuman à Bruxelles « le point de rencontre de l’Europe, la piazza du continent» serait un symbole.

Philippe Van Parijs est philosophe et Bruxellois. Il enseigne aux Universités de Louvain, Leuven et Oxford.

 

Comment voulez-vous que les Européens chérissent leur Union et sa capitale si l’espace public qui en est le symbole n’est qu’un rond-point sordide sur un axe autoroutier ? Pourtant, dès février 2001, Romano Prodi, alors président de la Commission européenne, suggérait de faire du rond-point Schuman « le point de rencontre de l’Europe, la piazza du continent si vous voulez. Il doit faire sentir aux Européens qu’ils visitent le cœur de l’Europe ».

Les autorités belges semblaient entièrement partager cet avis. Dès novembre 2001, un schéma directeur pour le Quartier européen publié à l’initiative d’Isabelle Durant, ministre fédérale des communications, propose la mise en sous-sol du trafic de transit. Deux ans plus tard, interpellée à la Chambre par les députés de Donnéa et Nagy, Laurette Onkelinx, vice-première ministre en charge de Beliris déclare « J’ai effectivement demandé à mon administration des études en vue de rendre souterraine la circulation sous l’avenue de Cortenbergh et le rond-point Schuman. Dans la perspective de l’organisation de tous les sommets européens à Bruxelles, une solution était indispensable. »

Les études se succèdent ensuite, le comité de quartier exprime son soutien et les autorités régionales confirment le leur. Ainsi, en juillet 2010, Brigitte Grouwels, ministre bruxelloise des travaux publics, affirme sa volonté de « rendre le rond-point Schuman pour une grande part libre de circulation automobile et de le transformer en un vrai lieu de rencontre pour tout le quartier ». Elle reçoit le plein soutien de Bruno de Lille, secrétaire d’État à la mobilité, qui y voit « une occasion d’augmenter sensiblement la qualité de vie dans le quartier ». Un concours international est même organisé par la Région pour l’aménagement de surface du rond-point, et un projet est sélectionné en novembre 2011.

En janvier 2013, le bruit court que Beliris est enfin sur le point de déposer une demande de permis pour l’aménagement d’un tunnel routier dans l’espace situé entre le nouveau tunnel ferroviaire Schuman-Josaphat et le tunnel reliant la rue Belliard à l’autoroute E40 en dessous de l’avenue de Cortenbergh. Mais rien ne vient. Pourquoi ? Apparemment en raison d’une nouvelle directive européenne imposant un surcoût prohibitif pour assurer la sécurité dans le tunnel. Treize ans après l’exhortation du président de la Commission, l’affligeant rond-point est toujours aussi loin d’être une piazza. Dix ans après la déclaration de la vice-première, la « solution indispensable » est toujours hors de vue.

Que faut-il pour enfin avancer ? Peut-être, si cela résout vraiment le problème, imaginer une solution alternative sans nouveau tunnel, qui dévie le trafic de transit par Montgomery. En toute hypothèse, les gouvernements belge et bruxellois doivent honorer leurs engagements et y consacrer la part du budget de Beliris qui sera nécessaire. Mais il est aussi grand temps que l’Union européenne admette qu’elle est désormais bien plus qu’une organisation internationale qui a placé son administration à Bruxelles comme l’OTAN l’a fait à Evere. Elle est aujourd’hui une entité politique démocratique qui s’est dotée d’une véritable capitale. Cela lui confère des droits sur notre ville, mais aussi des obligations, y compris sous la forme d’une contribution financière à l’image du quartier dans lequel elle s’est si lourdement installée.

En guise d’appui et d’aiguillon à ce qui doit ainsi se faire top down, il ne me paraît pas moins approprié de prendre une initiative bottom up. Il y a un siècle, les riches Bruxellois n’étaient guère taxés. Pour financer divers projets d’embellissement de l’espace public — l’édification d’une fontaine monumentale par exemple —, c’est néanmoins à eux qu’il était fait appel sous la forme de « souscriptions publiques ». Un petit sacrifice de leur consommation privée leur semblait pleinement justifié s’il pouvait contribuer à l’allure de leur ville. Aujourd’hui, une part sans cesse croissante des Bruxellois — fonctionnaires européens, diplomates et bien d’autres — se trouve dans une situation comparable à celle des notables bruxellois d’il y a cent ans : tout en jouissant d’un haut revenu, ils ne contribuent guère ou pas du tout aux finances bruxelloises. J’en connais plus d’un qui en éprouve quelque gêne et qui pourrait dès lors accueillir favorablement la suggestion suivante.

Que l’on crée un fonds « Piazza Schuman » qui puisse être alimenté par voie de crowdfunding, l’équivalent contemporain de la souscription publique de jadis. Pareille initiative permettrait aux Européens de Bruxelles de contribuer concrètement à l’embellissement du cœur politique de leur capitale. Elle enverrait aussi un message tangible des citoyens européens aux pouvoirs publics bruxellois, belges et européens pour les inviter à se montrer à la hauteur de la responsabilité qui leur incombe : qu’ils fassent enfin ce qui est nécessaire pour rendre moins répugnant ce lieu dont l’image est constamment diffusée sur des millions d’écrans.

Qui peut, qui veut prendre pareille initiative ? Qui a des idées pour l’affiner et la concrétiser ? Qui veut simplement venir rêver ensemble à ce que Schuman et ses abords pourraient devenir ? Peut-être une poignée d’Européens bruxellois enthousiastes qui entendent prouver qu’ils ne restent pas enfermés dans leur bulle. Peut-être quelques candidats aux prochaines élections régionales, fédérales ou européennes. Peut-être vous-même. Dans ce cas, je vous propose de nous rencontrer le samedi 17 mai vers 12h30 au centre du rond-point, dans le cadre de la fête qui y est organisée dans la marge de la journée portes ouvertes des institutions européennes. Qu’il pleuve ou non, j’y serai pour ma part avec une cape orange, en hommage à celui que je considère comme le plus grand Bruxellois de tous les temps, Guillaume d’Orange, dit le Taciturne. C’est à lui qu’on attribue la devise : « Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »

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Cette initiative a reçu le soutien de:

  • Romano Prodi, ancien président de la Commission européenne
  • Hannes Frank, président du Groupe d’animation du Quartier européen de la Ville de Bruxelles (GAQ)
  • Eric Dekeuleneer, président du Comité des propriétaires de la rue de la Loi
  • Isabelle Durant, présidente de la « task force » Bruxelles siège unique
  • Christophe Leclercq, fondateur d’EURACTIV
  • Frank Schwalba-Hoth, organisateur des « Soirées internationales » mensuelles de Bruxelles
  • Alain Deneef, président d’Aula Magna, intendant du Brussels Metropolitan
  • Eric Corijn, secrétaire général d’Aula Magna, président de Brussels Academy
  • Bernard Cardon de Lichtbuer, président de l’European Quarter Fund
  • Sven Lenaerts, directeur de l’European Quarter Area Management Association