Pour un nouveau modèle agricole

Dans une tribune publiée par EURACTIV.fr dans le cadre de son livre jaune sur les attentes des parties prenantes pour la prochaine mandature de la Commission, le groupe Syngenta défend un modèle agricole fondé sur la multifonctionnalité des espaces.

Dans une tribune publiée par EURACTIV.fr dans le cadre de son livre jaune sur les attentes des parties prenantes pour la prochaine mandature de la Commission, le groupe Syngenta défend un modèle agricole fondé sur la multifonctionnalité des espaces.

Comment apporter approvisionnement, qualité et sécurité alimentaires dans un contexte de forte croissance démographique, de raréfaction de l’eau et des ressources énergétiques alors que les surfaces cultivables diminuent ? De nouveaux défis se conjuguent pour répondre à l’enjeu majeur du 21ème siècle : nourrir 9 milliards de personnes en 2050, tout en respectant notre planète ! A l’heure où s’imposent les limites du monde, la voie de la raison et de l’avenir nous conduisent à une prise de conscience sans précédent, et à la nécessité pour l’agriculture de produire plus et mieux.

Le modèle conventionnel s’essouffle

En augmentation constante depuis plus de 50 ans, certaines cultures essentielles comme le blé et le maïs connaissent en Europe une stagnation des rendements ; l’agriculture a montré ses limites et un changement doit s’opérer dans la façon de produire. Les ressources telles que l’eau, l’énergie, les engrais, les produits de protection des plantes et les semences doivent désormais être utilisées avec plus de durabilité et de productivité. Les terres arables, support indispensable de l’activité agricole, constituent un bien d’intérêt général précieux et vivant qu’il s’agit de respecter et d’entretenir.

Le « bio » peine à s’imposer

En dépit des mesures incitatives fortes, destinées à favoriser l’émergence de la filière  « bio », les surfaces agricoles dédiées stagnent. Le succès des conversions ne se résume pas à une question de soutien financier ; l’agriculture « bio », outre l’exigence d’une grande disponibilité en temps, mobilise trois à cinq fois plus en  surfaces cultivables et énergie fossile que l’agriculture conventionnelle. Ceci explique le taux d’abandon important dès lors que les subventions se réduisent.

Les meilleurs professionnels ne sont pas à l’abri de la pression parasitaire, mauvaises herbes ou maladies qui demandent des solutions phytosanitaires alternatives aux produits conventionnels ; or l’éventail se rétrécit à mesure que la législation se renforce. La lutte biologique, bien que séduisante, nécessite beaucoup d’organisation et de soin dans sa mise en œuvre, car l’introduction d’auxiliaires peut s’avérer problématique comme en témoigne le cas de la coccinelle asiatique, devenue une espèce invasive pouvant perturber l’écosystème.

Concilions les forces des différents systèmes !

A l’image des fonctions économiques directes, de nouvelles opportunités de marché s’offrent aux agriculteurs intégrant une large part de services tels que la biodiversité, la gestion de l’eau, la fixation de carbone ou encore la  fourniture d’énergies renouvelables, autant de thématiques qui font partie du 2ème pilier de la PAC.

  • Réduire le travail du sol tend à en favoriser la vie biologique, à diminuer l’utilisation de carbone fossile, et contribue également à simplifier les pratiques de l’agriculteur.
  • Aménager les bords de champs avec haies, taillis, bandes mellifères… offre une diversité d’habitats pour la multitude d’espèces vivant en milieu agricole, participant à développer une biodiversité riche, facteur d’équilibre des écosystèmes mais aussi source de bois-énergie ou de biomasse valorisable.
  • Introduire allongement ou diversification dans les assolements avec des cultures intermédiaires, telles que des légumineuses à croissance rapide, associe une fonction à haute valeur environnementale à celle de productivité, en répondant aux besoins grandissant en protéines végétales pour l’alimentation du bétail.
  • Implanter en hiver une couverture végétale du sol dans les zones vulnérables limite les pollutions par le rôle qu’elle exerce en tant que « piège à nitrates, lutte contre l’érosion et participe à la réduction des gaz à effets de serre, en raison de l’absorption naturelle du CO2 par les plantes. La biomasse ainsi produite génère une  nouvelle ressource énergétique, valorisable pour l’agriculteur.
  • Préserver les terres agricoles en maintenant un revenu décent pour les agriculteurs.

Si  nourrir les hommes reste le rôle primordial de l’agriculture, la prise en compte de la multifonctionnalité des espaces agricoles permettra de faire éclore un modèle de cohérence nouveau, à condition que seules les mesures agro-environnementales reconnues comme facteurs de productivité économique soient privilégiées.

La liste des défis à relever ne laisse guère de place aux visions malthusiennes ! Tout en engageant un dialogue avec les citoyens sur la base d’un projet à partager, il s’agit de mobiliser autant de nouveaux leviers accessibles pour rendre à l’agriculture sa fonction écologique et renforcer sa compétitivité.

Denis Tardit, Président de Syngenta France