Clément Beaune : « obsédé par la revanche », Jean-Luc Mélenchon dit des « bêtises »
Europe, État de droit, Ukraine, union de la gauche… EURACTIV France a pu s'entretenir avec Clément Beaune, le « Monsieur Europe » et homme de confiance du président français Emmanuel Macron, qui joue son avenir politique sur les élections législatives des 12 et 19 juin prochain.
Europe, État de droit, Ukraine, union de la gauche… EURACTIV France a pu s’entretenir avec Clément Beaune, le « Monsieur Europe » et homme de confiance du président français Emmanuel Macron, qui joue son avenir politique sur les élections législatives des 12 et 19 juin prochain.
Clément Beaune est ministre délégué chargé de l’Europe auprès de la Ministre des Affaires étrangères. Il est candidat pour un premier mandat de député dans la 7ème circonscription de Paris.
Pourquoi vous présentez-vous aux élections législatives ? Vous êtes un homme fort d’Emmanuel Macron, vous n’aviez pas besoin de ça pour avoir une place auprès du président…
Il ne s’agit pas d’avoir une place. J’avais envie d’un combat électoral qui ait du sens pour moi.
Être un membre de l’exécutif est un privilège qui ne dure qu’un temps. Mais s’engager en politique passe par l’élection : ça donne une connaissance des enjeux, des gens, un retour permanent sur ce qu’on fait, une légitimité, ça permet de construire une équipe, une aventure collective.
Après avoir été conseiller ministériel puis membre du gouvernement, je veux aussi avoir les deux pieds sur le terrain. J’avais besoin d’une dimension plus locale.
Vous avez choisi de vous implanter à Paris. D’autres échéances sont-elles dans votre viseur, comme la mairie de Paris en 2026 ?
Chaque chose en son temps. Je vis une élection législative difficile. Je fais donc tout pour la gagner et pour contribuer à obtenir une majorité présidentielle à Paris et pour le président en France.
L’engagement que je prends, c’est d’être sérieusement investi à Paris dans les années qui viennent : mon mandat de député, c’est cinq ans. Et je n’ai pas caché que ça m’intéressait de rester membre du gouvernement, n’en déplaise aux autres candidats qui m’appellent le ministre-candidat…
En tout cas, ce que je veux dire c’est : « ne doutez pas de mon engagement pour Paris ».
Il y aura d’autres combats, les régionales et les municipales. Et s’il y a un endroit où j’ai envie de mener des combats locaux, c’est Paris. Mais tout cela, c’est dans quelques années.
Et si je comprends bien devenir député, ça laisse le temps de s’y préparer ?
Oui, mais ça n’est pas un marchepied ! Vous l’avez dit, je suis membre du gouvernement, théoriquement je n’ai pas besoin de cocher cette case.
Je me présente ici, au cœur de Paris, dans un endroit où c’est plus difficile qu’ailleurs. Donc je crois qu’il n’y a aucun doute, au contraire, sur la sincérité, la force, la durée de mon engagement parisien.
Jean-Luc Mélenchon demande aux Français de l’ « élire Premier ministre », à quoi ressemblerait une cohabitation entre lui et vous ?
Écoutez, je crois que Jean-Luc Mélenchon n’a aucune intention réelle d’être Premier ministre. Il fait semblant d’être candidat à une élection qui n’existe pas et il refuse d’être candidat à l’élection qui existe – celle de député.
Jean-Luc Mélenchon a perdu l’élection présidentielle et a du mal à s’en remettre. Il a donc inventé l’élection du Premier ministre. C’est une mascarade.
Les gens voient bien que « élisez-moi Premier ministre » est un synonyme de « écraser la gauche et tuer le Parti socialiste et les écologistes au profit du seul Jean-Luc Mélenchon ». Il faut le dire aux Français.
Vous venez du Parti socialiste. Quel regard portez-vous sur cette alliance qui unit les gauches aujourd’hui ?
Jean-Luc Mélenchon et son parti veulent faire un bon coup pour phagocyter la gauche. Je trouve ça regrettable, mais après tout ils ont le droit de proposer un programme. C’est la vie démocratique. Les électeurs trancheront.
Par contre, être obsédé par la revanche amène à dire beaucoup de bêtises et à mettre en danger notre pays.
C’est-à-dire ?
Plusieurs opinions existaient, mais on savait qu’il y avait les troupes russes massées à la frontière ukrainienne.
Début février, Jean-Luc Mélenchon affirme que « le fait de masser des troupes, c’est du pipeau », en propageant des fake news.
Et aujourd’hui, la main sur le cœur, les Insoumis déclarent qu’ils sont des frères d’Ukraine… Franchement, il faut un peu de décence dans le débat politique.
Nous, parmi les soutiens du président, on n’a jamais été dans cette complaisance ou cette ignorance. Et dès le départ, on a toujours été très clairs dans le jugement : « la Russie est l’agresseur, la Russie est coupable ».
Contrairement à beaucoup d’autres de la classe politique française, nous n’avons pas été frappés de russophilie, de complaisance, de poutinisme.
N’avez-vous pas l’impression que la France a quand même commis des erreurs d’appréciation ? Le gouvernement continuait de dire que cette guerre était invraisemblable alors que les Américains nous alertaient, par exemple…
Je ne connais personne qui a tout prévu dans un conflit comme celui-ci ! Je crois qu’on ne s’est pas trompés sur l’essentiel, c’est-à-dire la menace russe.
Elle était attestée par les renseignements et a été décrite par le président français. Lorsqu’il va voir Vladimir Poutine début février, il le sait et alerte que l’espoir de la paix est mince, que le scénario de la guerre et de l’invasion de l’Ukraine est tout à fait plausible.
Avez-vous vraiment la sensation que l’Europe parle d’une seule voix ?
Je regarde le verre à moitié plein : dès le 24 février, jour de l’agression, on a tenu un sommet européen et on a pris les premières sanctions, que personne n’aurait imaginées quinze jours avant.
Le sixième paquet de sanctions a permis un embargo sur 92 % du pétrole exporté. Ce qui n’est pas rien, même si ça ne console ni les Européens ni les Ukrainiens, en particulier, qui vivent sous les bombes.
On a aussi un effort entre Européens quant à l’accueil des réfugiés, on est en train d’aider la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et d’autres pays.
On soutient l’Ukraine à hauteur de 2 milliards d’euros sur le plan militaire, financé par le seul budget de l’Union européenne. C’est inédit dans notre histoire.
Les sanctions ne sont pas un bouton automatique pour stopper la Russie, mais elles entravent son effort de guerre et son avancée. C’est le plus important.
Donc le continent est uni selon vous malgré des positions parfois dissonantes entre certains États membres ?
Il y a une volonté collective d’être toujours à 27 dans l’unité. Comme on est 27, comme on n’est pas un État – et on ne le sera jamais – comme on est une collectivité, l’image d’unité est parfois un peu pixellisée.
La norme n’a jamais été qu’on soit unis sur tout en Europe, mais l’unité n’est pas donnée, elle se construit.
Il existe d’autres sources de divisions au sein de l’UE : notamment les questions d’État de droit, et de répression ou d’invisibilisation des LGBT dans des États comme la Pologne ou la Hongrie… Ces questions ont-elles été balayées par la guerre en Ukraine ?
Je ne crois pas. Mais vous avez raison, il faut maintenir une vigilance permanente sur ces sujets.
En Hongrie, des lois homophobes demeurent. En Pologne, il y a encore des zones anti-LGBT.
J’ai dénoncé et continuerai à dénoncer ces atteintes, même quand on a besoin d’unité, parce que l’un n’empêche pas l’autre. Ça m’a parfois valu quelques ennuis diplomatiques…
Et c’est un engagement personnel, n’est-ce pas ?
Mais ce n’est pas parce que je suis gay. Je m’engage là-dedans parce qu’il n’y a aucun pays qui fait reculer les droits LGBT pour faire avancer les droits des femmes ou pour mener une formidable réforme de la justice.
Et le rôle de l’Europe, c’est de ne pas céder sur le socle de valeurs fondamentales. C’est seulement avec la pression européenne qu’on a réussi à conduire la Pologne à cette réforme de la justice, mais elle n’aura pas un centime tant que les premières mesures ne seront pas effectivement appliquées.
En tout cas, la bataille est loin d’être terminée. Je soutiendrai toujours les associations qui mènent un combat difficile, les médias indépendants qui ont été fermés.
C’est aussi un combat politique, ce seront les citoyens qui décideront. Il y aura des élections en Pologne et en Hongrie, les choses changeront peut-être, je l’espère.