CoFoE : les citoyens demandent davantage d'ambition et de compétences pour l'Europe
« Nous avons dû nous battre pour chaque millimètre de notre participation et de notre représentation à la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE) », affirme la coprésidente de la Convention de la société civile sur l’avenir de l’Europe.
« Nous avons réussi à nous rassembler, à être plus forts. En tant que société civile, nous avons dû nous battre pour chaque millimètre de notre participation et de notre représentation à la Conférence sur l’avenir de l’Europe (CoFoE) », affirme Alexandrina Najmowicz, coprésidente de la Convention de la société civile sur l’avenir de l’Europe.
Entretien avec Alexandrina Najmowicz, coprésidente de la Convention de la société civile sur l’avenir de l’Europe et directrice du Forum civique européen.
La Convention de la société civile sur l’avenir de l’Europe a été créée dans le but de rassembler plus de 80 réseaux et plateformes européens ayant des membres dans toute l’Europe afin de travailler dans le cadre de la CoFoE. Quels défis avez-vous dû relever ?
Tout d’abord, le plus grand défi auquel nous avons été confrontés a été le retard dans le lancement de la Conférence sur l’avenir de l’Europe. En tant que société civile, nous nous sommes mobilisés bien à l’avance, avant même le lancement de la Conférence le 9 mai 2021. Nous nous sommes auto-organisés horizontalement et cela a été un succès.
Il y avait de grandes attentes et aussi un peu de frustration due au fait que la société civile en tant que telle n’était pas considérée comme un partenaire clé dans le processus. Nous avons réussi à nous rassembler, à être plus forts et il est vrai que nous avons dû nous battre pour chaque millimètre de notre participation et de notre représentation. Au tout début, nous n’étions même pas sûrs d’être membres de la plénière de la Conférence.
Quelles sont, selon vous, les propositions les plus importantes de la CoFoE qui contribueront à façonner l’avenir commun de l’Europe ?
Il y en a tellement en réalité… Dans le rapport publié le 9 mai, il y avait 49 propositions, avec plus de 300 recommandations spécifiques. Parmi celles-ci, ce qui est vraiment important, c’est le fait que les citoyens plaident pour davantage d’ambition sur les questions environnementales, davantage de compétences pour l’Europe sur les questions sociales, les questions de santé, l’éducation pour réduire les inégalités tant à l’intérieur qu’entre les pays, pour une démocratie européenne plus fonctionnelle qui soit au service de tous, et toutes ces questions qui nous lient en tant que communauté.
L’un des effets positifs de notre participation à la Conférence a été la coordination et la coopération avec les syndicats et le Comité économique et social européen. Nous avons mutuellement soutenu nos principaux messages, combattu et défendu notre rôle et notre position dans le processus.
Quels sont les résultats de la Convention de la société civile sur l’avenir de l’Europe que vous avez présidée ?
Dès le début, nous avons été très clairs sur les résultats de la CoFoE en tant que tel. Nous nous sommes donc réunis pour établir une forte coordination horizontale de la société civile qui ira bien au-delà de la Conférence elle-même.
Cette Convention est sans précédent, j’espère que notre organisation faîtière, Civil Society Europe, sera encore plus forte en faisant perdurer cet héritage. Nous avons un projet politique très solide que nous avons élaboré nous-mêmes, avec 5 groupes thématiques impliquant plus de 200 participants directs. En outre, je pense vraiment qu’il s’agissait d’un exercice très important de création de coalitions.
En définitive, nous pouvons être très fiers du rapport définitif de la CoFoE. Si nous regardons par exemple la section sur la démocratie, la société civile est mentionnée 16 fois, et dans l’ensemble du document, elle est présente 54 fois. C’est un résultat final très important par rapport à la situation du début, où la société civile n’était pas citée comme étant une partie prenante importante.
Maintenant que nous disposons du rapport définitif de la CoFoE, quelles sont les prochaines étapes à suivre ? Qu’attendez-vous des institutions ?
Lors de l’événement de clôture à Strasbourg, il y a eu un engagement assez clair du côté du Parlement européen et aussi, d’une certaine manière, du côté de la Commission européenne, de répondre et de donner le suivi approprié à ces propositions.
Bien entendu, la Commission s’est montrée plus réticente à l’égard de la modification du traité que le Parlement européen. La Présidente de la Commission, Mme von der Leyen, a laissé entendre que beaucoup de choses pouvaient être faites dans le cadre des traités actuels et a promis que les premières réactions seraient données dans le cadre de son prochain discours sur l’état de l’Union en septembre.
Du côté du Conseil de l’UE, l’incertitude est beaucoup plus grande. Nous avons déjà vu à Strasbourg que le président Emmanuel Macron n’a pas été en mesure de parler au nom des autres gouvernements nationaux, mais la présidence française de l’UE s’est engagée à convaincre les autres gouvernements d’assurer un suivi adéquat des propositions.
Les attentes à l’égard de la CoFoE ont-elles été satisfaites ? Pensez-vous que l’UE pourrait mettre en œuvre des exercices similaires de manière régulière ?
Le climat général à la fin du processus était plutôt consensuel, malgré quelques controverses dont nous avons pu être témoins tout au long du processus, de sorte que le rapport définitif reflète assez bien les propositions des citoyens et les délibérations des groupes de travail et de la plénière.
Mais l’une des principales faiblesses de l’exercice est qu’il n’a pas vraiment réussi à atteindre le niveau national et le niveau local, et en particulier les personnes marginalisées dans nos sociétés. La plupart des citoyens qui ont été sélectionnés au hasard n’avaient jamais entendu parler de la Conférence elle-même avant de participer.
Je crains que cela ne soit également lié au rôle des médias. Nous savons que, dans toute l’Europe, la couverture de l’UE par les grands médias est très insuffisante. Je pense que nous devons vraiment investir plus de temps et de ressources dans la participation civique et le dialogue civil au niveau européen.
La Commission s’est engagée à organiser des panels de citoyens avant les initiatives politiques, il est donc fort probable que ce type de conférences délibératives soit organisé à l’avenir au niveau européen. Mais prenons garde au populisme institutionnel et ne gaspillons pas le potentiel des organisations de la société civile qui réunissent les citoyens de manière transnationale de manière régulière et à long terme pour participer aux processus d’élaboration des politiques européennes. Leur rôle, ainsi que celui des partenaires sociaux, devrait être central dans tout processus de démocratie participative à l’avenir !
Selon vous, quelles leçons les institutions ont-elles tirées de la Conférence ?
Je pense qu’elles ont appris qu’elles doivent réellement obtenir et conserver le soutien populaire si elles veulent que les citoyens soient davantage impliqués dans les processus démocratiques européens. Et que la meilleure façon d’y parvenir est d’entendre les besoins, de répondre aux attentes et d’assurer le suivi avec des politiques concrètes qui amélioreront le niveau de vie des personnes vivant en Europe.
Au cours de ces derniers mois, nous avons vu que la guerre est de retour en Europe. Quel type d’UE nous attend dans les années à venir et comment la CoFoE a contribué à la réalisation d’une Union nouvelle et meilleure ?
Je ne sais pas si la CoFoE a réussi à établir une nouvelle configuration en Europe, mais il était très clair que l’Europe est unie dans la solidarité avec l’Ukraine et contre l’agression russe.
Aujourd’hui, les pays voisins sont confrontés à des situations difficiles tout en accueillant un nombre massif de réfugiés. Nous voyons comment la société civile est en première ligne de la solidarité dans ces pays, comblant souvent les lacunes laissées par le manque de réponse coordonnée de l’État.
Parallèlement, ils sont confrontés à un double standard inacceptable dans l’accueil des réfugiés : certains sont encensés, d’autres sont considérés comme des criminels ! Qu’ils viennent de la frontière ukrainienne ou biélorusse, que leur couleur de peau soit blanche ou non, leur cause humanitaire et leurs droits ne recevraient pas un traitement égal de la part des pouvoirs publics ! C’est quelque chose que nous devons dénoncer avec force.
Enfin, il a été beaucoup question pendant la Conférence de la souveraineté européenne, non seulement en termes d’énergie, mais aussi en ce qui concerne l’approvisionnement de la chaîne alimentaire. La pandémie nous a déjà montré à quel point notre sécurité dépend de celle des autres.
Les défis mondiaux étroitement liés d’aujourd’hui exigent un nouvel élan pour le multilatéralisme et la solidarité. La paix, la démocratie, la justice, la protection (et la pratique) des droits de l’homme et de l’environnement devraient être les principes fondamentaux qui guident toutes les politiques de l’UE, à l’intérieur comme à l’extérieur.