« L’Europe ne doit pas se tromper de cibles ni de moyens »
Un rapport de l’eurodéputée Judith Merkies (S&D) relance le débat sur le rôle de l’UE en matière d’innovation. Catherine Trautmann, présidente de la délégation socialiste française et membre de la commission Industrie au Parlement européen, revient sur ce chantier balbutiant.
Un rapport de l’eurodéputée Judith Merkies (S&D) relance le débat sur le rôle de l’UE en matière d’innovation. Catherine Trautmann, présidente de la délégation socialiste française et membre de la commission Industrie au Parlement européen, revient sur ce chantier balbutiant.
Pourquoi un nouveau rapport sur la politique d’innovation en Europe ?
Le Parlement européen avait présenté un premier rapport sur l’innovation au cours de la législature précédente, ainsi qu’un texte sur la politique industrielle. Mais nous voulions rappeler notre conviction que l’Europe doit être dynamique sur l’innovation et l’emploi.
La Commission a longtemps été divisée sur la définition de l’innovation et la stratégie de Lisbonne (la stratégie de l’UE entre 2000 et 2010, ndlr) est complètement passée à côté. Aujourd’hui, notre action prend une tournure encore plus importante pour préparer l’après-crise.
Je constate toutefois l’effort de la Commission pour coordonner ses différentes actions. La commissaire à l’innovation Máire Geoghegan-Quinn travaille avec Antonio Tajani à l’industrie et Neelly Kroes en charge du numérique. Cette convergence d’efforts est utile.
Le texte insiste sur le rôle joué par les collectivités locales dans le développement de l’innovation. Cet aspect est-il, selon vous, suffisamment pris en compte en France ?
Beaucoup de soutiens à la création existent en France. Mais il faut réduire le coût du dépôt de brevets et raccourcir les délais d’obtention des aides. La mise en place d’un guichet unique simplifierait la vie des PME.
En Alsace, nous sommes en train de travailler avec la Région, le bureau d’Oséo et d’autres acteurs pour qu’ils s’engagent à fournir des réponses coordonnées lorsque des entreprises s’adressent à eux. Le but est de créer une « porte d’entrée » commune pour l’accès à l’information et aux aides.
Il faut aussi orienter l’innovation vers le progrès social, et réviser les priorités pour donner, par exemple, des réponses au vieillissement de la population. La Commission européenne n’envisage l’innovation que dans sa dimension technologique.
Les outils européens se multiplient : programme cadre de recherche, pro inno, europe innova, SBA, programme cadre pour l’innovation et la compétitivité… L’action concrète de l’UE en matière d’innovation est-elle suffisamment lisible ?
Nous ne voudrions pas que l’UE se trompe de cibles et de moyens. Au lieu d’avoir créé à grand renfort de dépenses un Institut européen d’innovation et de technologie, il aurait fallu se pencher sur l’articulation entre les PME et la recherche. Les pépinières d’entreprises jouent dans ce domaine un rôle très important mais nous rencontrons un problème culturel.
Contrairement aux États-Unis, où les traditions sont différentes, les gens, en Europe, sont moins protecteurs de leurs découvertes et de leurs process. Quand une innovation voit le jour, nous ne disposons pas des instruments nécessaires pour la valoriser. Les PME pensent aussi qu’elles sont trop petites pour avoir les moyens de se lancer dans des projets innovants.
Au mois de juillet, le groupe de haut niveau composé de chercheurs et d’industriels et présidé par le directeur de recherche technologique du commissariat à l’énergie atomique Jean Therme doit rendre son rapport sur les technologies innovantes à développer. Nous ne souhaitons pas être tenus à l’écart de ces discussions.