La présidente du Kosovo se réjouit des progrès réalisés dans la reconnaissance de son pays
La présidente du Kosovo a confié à EURACTIV lors d’un entretien que des progrès avaient été réalisés pour faire pression sur les cinq États membres de l’UE qui ne reconnaissent actuellement pas le pays.
Alors que le Kosovo a dévoilé son intention de faire une demande d’adhésion à l’UE avant la fin de l’année, la présidente du pays a confié à EURACTIV lors d’un entretien que des progrès avaient été réalisés pour faire pression sur les cinq États membres de l’UE qui ne reconnaissent actuellement pas le pays.
Chypre, la Grèce, l’Espagne, la Roumanie et la Slovaquie ne reconnaissent pas l’indépendance du Kosovo vis-à-vis de la Serbie, déclarée en 2008 à la suite d’une guerre violente en 1998-1999. Cette guerre a fait 13 000 morts et provoqué le déplacement de près de 1,4 million de personnes de la communauté albanaise.
Pour obtenir le statut de candidat à l’adhésion à l’UE, le Kosovo doit recevoir l’approbation unanime des 27 États membres du bloc — lesquels restent divisés sur la question.
« Mais nous voulons utiliser ces années à deux fins : d’une part, pour nous assurer que nous faisons avancer les réformes importantes dans notre pays qui nous permettraient de nous rapprocher de l’UE. Et deuxièmement, pour convaincre tous les membres de l’UE de soutenir l’adhésion du Kosovo et de nous octroyer le statut de candidat », a déclaré la présidente du pays, Vjosa Osmani.
Elle a ainsi expliqué qu’ils ont choisi de déposer la demande en décembre, alors que la République tchèque préside encore le Conseil de l’UE, parce que Prague a apporté un grand soutien au Kosovo et à la région, et parce qu’ils espèrent que la libéralisation des visas sera finalisée d’ici la fin du mois.
La Suède, qui est beaucoup moins préoccupée par l’élargissement, succèdera aux Tchèques le 1er janvier.
S’exprimant sur le sommet des Balkans occidentaux qui s’est tenu à Tirana cette semaine, Mme Osmani a déclaré qu’elle avait constaté un changement dans le langage utilisé dans la déclaration signée. En effet, il y est désormais question de la « perspective d’adhésion à l’UE pour les six membres des Balkans occidentaux », et non plus seulement de la « perspective européenne » ou de l’adhésion de cinq États.
Cela reflète à la fois le possible statut de candidat qui pourrait être accordé à la Bosnie-Herzégovine la semaine prochaine, et la volonté du Kosovo d’être candidat.
Interrogée sur l’existence de stratégies ou d’approches spécifiques utilisées avec les cinq États membres ne reconnaissant pas le pays, elle a répondu qu’une approche progressive était adoptée et que des progrès avaient été réalisés.
Mme Osmani a indiqué qu’avec certains d’entre eux, il existe déjà un niveau élevé de coopération économique, de reconnaissance de documents, de tourisme et de culture — ce qui signifie que tout ce qui reste à faire est la reconnaissance officielle.
« Nous allons donc poursuivre cette approche avec les autres qui ne reconnaissent pas [le Kosovo], dont certains avaient une approche plus rigide à l’égard du Kosovo, mais je pense que nous y arrivons, nous devons juste être patients. »
Mme Osmani s’est dite reconnaissante envers ceux qui sont partenaires et alliés, mais a souligné que l’UE dans son ensemble devrait comprendre que les signaux ambigus ne sont plus appropriés dans le contexte géopolitique actuel.
« Je pense que c’est l’un de ces points d’inflexion dans l’histoire, où l’Union européenne devrait comprendre que les messages confus et vagues ne font plus avancer les choses. Ils doivent être clairs avec les Balkans occidentaux, avec un soutien envers les membres des Balkans occidentaux qui ont pris une position claire sur l’Ukraine, une position claire contre la Russie. »
Des tensions croissantes
Depuis la fin de la guerre du Kosovo, les tensions avec Belgrade n’ont cessé de couver malgré quelque 11 années de dialogue facilité par l’Union européenne.
Récemment, suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie et au refus de la Serbie de s’aligner sur la ligne de la politique étrangère de l’Union, les tensions se sont ravivées, suscitant de nouvelles inquiétudes quant à l’éventualité d’un conflit.
L’intensification des efforts déployés par l’UE et les États-Unis pour réunir toutes les parties aux négociations a permis d’atténuer quelque peu les tensions. Pristina a toutefois critiqué l’UE pour son attitude de conciliation à l’égard de la Serbie — bien que Mme Osmani ait souligné que cette critique ne s’adressait pas aux États mais à « certains diplomates et institutions européennes ». Elle a par ailleurs remercié les États-Unis pour leur engagement.
Mme Osmani a déclaré que l’UE a historiquement privilégié l’apaisement, notamment en ce qui concerne la région des Balkans. Elle a établi un parallèle avec le règne du dirigeant yougoslave Slobodan Milošević, qui était « considéré comme un artisan de la paix » par l’UE dans les années 1990.
« Nous savons où cette approche nous a menés », a-t-elle prévenu. « Elle a conduit à des guerres horribles qui ont entraîné le meurtre de 150 000 civils, le viol de milliers de personnes, des fosses communes […] avec encore des personnes innocentes disparues de force. Voilà le résultat. »
Selon Mme Osmani, un autre problème est que nombre de ceux qui travaillent dans la région ou sur le dialogue pour l’UE n’ont pas une connaissance directe des Balkans dans les années 1990.
« Beaucoup d’autres qui sont maintenant impliqués pensent en quelque sorte que le monde a commencé en 2011, avec le dialogue entre le Kosovo et la Serbie, mais nous ne devons pas oublier qu’il y a un contexte à ce dialogue. »
« Il y a une raison pour laquelle nous sommes dans la situation actuelle, et vous ne pouvez pas simplement ignorer le contexte des années 1990 », a-t-elle expliqué. Elle faisait alors référence aux crimes de guerre commis par les Serbes à la suite de la dislocation de la Yougoslavie.
Elle a ajouté qu’il est tout à fait rationnel que le Kosovo attende de l’UE qu’elle soit juste et reconnaisse la réalité sur le terrain et les tactiques utilisées par la Serbie. Celles-ci, telles que l’instrumentalisation de la minorité ethnique serbe au Kosovo, son directement inspirées, d’après Mme Osmani, des méthodes utilisées par la Russie avant l’annexion de la Crimée en 2014.
« Nous devons donc être très vigilants et prudents en n’ignorant pas ces actions et ces paroles de la Serbie, car nous devons empêcher l’escalade de la situation. Mais vous ne pouvez pas faire preuve de prévention si vous accusez la victime de la même manière que vous accusez l’agresseur. Que ce soit au sujet de la Russie et de l’Ukraine, ou des Balkans occidentaux. »
Elle a par ailleurs souligné que « la Serbie continue d’être le seul risque pour la paix et la stabilité dans les Balkans occidentaux et au-delà, car cette stabilité dans les Balkans occidentaux déstabilise l’ensemble du continent européen ».
« Nous devrions donc être conscients qu’il y a une seule source d’instabilité. Il n’y en a qu’une et cette source fait office de mandataire russe, servant malheureusement aussi les intérêts russes. »
Nouvelle proposition de dialogue
Peu avant le sommet, les parties prenantes ont reçu une proposition actualisée concernant le dialogue entre Belgrade et Pristina. Mme Osmani a refusé de s’étendre sur son contenu et a indiqué qu’elle était en cours d’analyse par les hauts responsables de l’État, qui adopteront ensuite une approche commune et coordonnée.
Elle a toutefois précisé que la reconnaissance mutuelle est la seule solution qui garantira une paix et une stabilité durables dans la région.
« Nous travaillons donc pour que cela soit fait. Quand cela sera possible, peut-être même concrétisé, c’est une autre question. Mais c’est notre objectif, en gardant toujours à l’esprit que nous devons protéger et préserver l’intégrité territoriale du Kosovo, sa souveraineté, ainsi que son caractère unitaire, comme le prévoit notre Constitution. »
« Nous continuerons à être constructifs, à être ouverts, à être créatifs, et aussi à faire des compromis lorsque cela est nécessaire, mais jamais de manière à faire du Kosovo un État non fonctionnel. C’est là la ligne rouge », a-t-elle déclaré.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]