Le leader de l’opposition grecque appelle les partis européens de gauche à unir leurs forces
Lors d’un entretien avec Euractiv, Stefanos Kasselakis, leader de Syriza, principal parti d’opposition de gauche, a appelé les partis européens de gauche à unir leurs forces afin de contrer la montée de la droite et de surmonter les contraintes de l’austérité budgétaire.
Lors d’un entretien avec Euractiv, Stefanos Kasselakis, leader de Syriza, principal parti d’opposition de gauche, a appelé les partis européens de gauche à unir leurs forces afin de contrer la montée de la droite et de surmonter les contraintes de l’austérité budgétaire.
Stefanos Kasselakis a expliqué que la montée prévue de l’extrême droite dans l’ensemble du bloc était source de « grande inquiétude ».
« Les gens doivent comprendre que cette élection aura des conséquences et que l’Europe a été un succès grâce à la solidarité dont elle a fait preuve au cours des dernières décennies. »
« Si nous abandonnons cela pour nous contenter de recourir à une rhétorique de haine et de division, cela ne fera que nous nuire à long terme, voire à moyen terme », a-t-il ajouté.
Au niveau européen, il a insisté sur le fait que les partis de gauche, les sociaux-démocrates et les partis écologistes doivent « vraiment » se rassembler et transmettre un message de gouvernance moderne.
« Un message qui montre qu’il existe un moyen de s’affranchir des contraintes de l’austérité, de créer une croissance de qualité, d’investir dans l’adaptation au [changement climatique] et de protéger nos enfants. »
En Grèce, le parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie (Parti populaire européen, PPE), est en tête de tous les sondages, mais M. Kasselakis a soutenu que les résultats de son parti seraient « surprenants ».
Il a déclaré que le « nouveau Syriza » représente un parti de « gauche moderne » qui couvre « confortablement » tout l’espace du centre gauche, de la gauche et des verts.
Il a également annoncé que son parti était en train de renouveler et d’élargir sa base.
« Nous avons fait du très bon travail en ouvrant l’infrastructure de notre parti pour permettre l’arrivée de nouveaux talents, pour numériser nos processus afin que les gens puissent nous donner leur avis et obtenir notre réponse […]. Je pense donc que ce n’est qu’une question de temps avant que les gens ne nous récompensent pour ces changements que nous sommes en train d’effectuer. C’est un nouveau paradigme politique », a-t-il affirmé.
État de droit en Grèce
Stefanos Kasselakis a également salué le travail du Parquet européen (EPPO) dans les enquêtes sur les violations de l’État de droit en Grèce sous le gouvernement de la Nouvelle Démocratie, soulignant le manque de confiance des citoyens grecs envers la justice et le gouvernement conservateur.
Il a fait référence à plusieurs affaires liées à l’État de droit où l’enquête est restée longtemps non résolue voire entravée.
Il a notamment évoqué l’accident ferroviaire qui a fait 57 morts l’année dernière et après lequel les proches des victimes ont accusé le gouvernement de dissimuler l’affaire pour protéger les responsables politiques impliqués.
En outre, le leader de gauche a mis en lumière le scandale des écoutes téléphoniques, qui a fait couler beaucoup d’encre et dans lequel des responsables politiques, des journalistes et des hommes d’affaires ont été mis sur écoute à l’aide du logiciel espion illégal Predator, ainsi qu’une enquête de l’UE sur un scandale présumé de 2,5 milliards d’euros lié à la Facilité pour la reprise et la résilience (FRR).
Laura Kövesi, procureure en chef du Parquet européen, qui examine toutes ces affaires, a déclaré que les autorités faisaient obstruction à son enquête sur l’accident ferroviaire. Le Parlement européen a lui aussi critiqué la gestion de ces affaires par le gouvernement dans une résolution récente.
Cependant, des représentants du gouvernement et des juges grecs ont critiqué la procureure européenne pour avoir outrepassé son champ d’action.
« Je suis reconnaissant à l’Union européenne et au Parquet européen d’avoir enquêté sur ces affaires », a déclaré M. Kasselakis, qui a appelé les représentants du gouvernement grec à faire preuve d’« humilité » au lieu de s’en prendre à l’Europe.
« Nous ne devrions pas avoir à passer par Bruxelles pour donner aux victimes l’espoir qu’elles trouveront justice et soulagement », a-t-il déploré.
« Le système judiciaire grec fonctionne à un rythme très lent, et le peuple ne croit pas profondément qu’ils puissent trouver leur dernier recours dans le système judiciaire », a-t-il expliqué, soulignant, le manque de confiance profond entre le peuple et le gouvernement.
« La seule façon de changer les choses est que nous soyons au gouvernement et que nous mettions en œuvre les énormes réformes dont notre pays a besoin », a-t-il martelé.
Il a fait remarquer que Bruxelles avait désormais pris conscience de la situation en grèce, mais que « la machine de propagande du pays empêche le peuple grec de voir la réalité ».
« Ils travaillent très dur pour empêcher la vérité d’atteindre les yeux et les oreilles des citoyens […] Bruxelles a fustigé le gouvernement grec pour sa façon de traiter l’État de droit et la liberté de la presse ».
Selon le Classement mondial de la liberté de la presse 2024 de Reporters sans frontières (RSF) publié vendredi (3 mai), la Grèce reste le dernier État membre de l’UE où la liberté de la presse est dans une situation « problématique ».
« Nous devons vraiment trouver un nouveau moyen pour que les citoyens aient l’impression que la politique travaille pour eux […] nous devons être meilleurs, et il y a un moyen, mais cela ne peut pas se faire du haut vers le bas. Il faut que cela vienne de la base, du bas vers le haut. »
« Je crois fermement au projet de l’UE »
M. Kasselakis a indiqué qu’il croyait « fermement » au projet européen, mais souligne le besoin urgent de solidarité parmi les États membres.
Il a cité en exemple le pacte européen sur les migrations et l’asile récemment adopté, qu’il a qualifié de « décevant », car il ne prévoit pas de relocalisation obligatoire de migrants. « Les pays du Nord ne peuvent pas fermer les yeux sur les mesures de refoulement prises à l’encontre de ces réfugiés », a-t-il déclaré.
Il a ajouté que la solidarité devrait également se manifester par des investissements dans le sud de l’UE.
« Il est très facile de critiquer les pays méditerranéens au cours de la dernière décennie en raison des problèmes liés au fardeau de la dette. Mais en fin de compte, nous sommes dans une union monétaire unique, et les pays qui sont dans une meilleure situation financière devraient investir dans ceux qui sont dans une moins bonne situation financière pour permettre la convergence », a-t-il affirmé.
Dans ce qu’il a qualifié d’« énorme écart de convergence », la Grèce se situe à l’avant-dernier rang en termes de pouvoir d’achat et également en terme d’impôts indirects. Pourtant, les Grecs sont parmi ceux qui paient l’électricité, l’essence et les denrées alimentaires le plus cher.
« Nous sommes bien plus bas qu’avant la crise financière. La Grèce a besoin de l’aide du reste de l’UE, et les Grecs travailleront pour l’obtenir. Nos horaires de travail sont parmi les plus longs en Europe. La solidarité est donc de mise. C’est le fondement de l’Union. Je crois au projet européen, mais nous avons absolument besoin de solidarité dans la pratique. »
Regardez l’interview complète sur YouTube (en anglais).
[Édité par Anne-Sophie Gayet]