L’UE doit se préparer aux crises à venir, prévient le ministre suédois de la Défense civile

Face à la menace croissante de guerre et de catastrophes naturelles, l’UE doit se protéger contre les crises en augmentant ses dépenses et en suivant les recommandations du rapport Niinistö, soutient le ministre suédois de la Défense civile, Carl-Oskar Bohlin.

EURACTIV.com
Announcement of the new version of the booklet ‘If Crisis or War Comes’ in Sweden
Carl-Oskar Bohlin, ministre suédois de la Défense civile, présente la nouvelle version de la brochure « En cas de crise ou de guerre » à Stockholm, Suède, le 8 octobre 2024. [EPA-EFE/CLAUDIO BRESCIANI]

Face à la menace croissante de guerre et de catastrophes naturelles, l’Union européenne (UE) doit enfin se protéger contre les crises en augmentant ses dépenses et en suivant les recommandations du rapport de l’ancien président finlandais Sauli Niinistö, a affirmé le ministre suédois de la Défense civile, Carl-Oskar Bohlin, dans une interview accordée à Euractiv.

En matière de préparation aux crises et aux conflits, les pays nordiques, marqués par l’expérience d’une guerre mondiale dévastatrice et leur proximité avec le voisin menaçant qu’est la Russie, sont souvent vus comme un exemple dans le reste de l’Europe.

Carl-Oskar Bohlin illustre parfaitement l’importance accordée par les États nordiques de l’UE aux menaces pesant sur la sécurité européenne.

Lors de l’arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement suédois de droite en 2022, Carl-Oskar Bohlin a été nommé ministre de la Défense civile, un poste qui avait disparu depuis 1947. Rattaché au ministère de la Défense, il est chargé de la gestion des crises et des questions de protection civile.

Compte tenu de la guerre russe en Ukraine et aux catastrophes induites par le changement climatique, le ministre confie à Euractiv qu’il y a « beaucoup de choses à faire et, espérons-le, à faire au niveau de l’UE en termes de résilience et de préparation ».

« Nous devons créer une chaîne sans maillons faibles », soutient-il, ajoutant que les États membres de l’UE devraient tirer profit du pouvoir de l’Union en tant qu’alliance de 27 pays.

« L’UE dispose d’un pouvoir législatif et de moyens budgétaires qui lui permettent de travailler sur ces questions de manière plus efficace », insiste-t-il.

Si Carl-Oskar Bohlin n’a pas mentionné de mesures spécifiques, il estime que les recommandations du rapport Niinistö sur la manière d’améliorer la préparation de l’UE en matière civile et de défense constituent un bon point de départ.

L’ancien président finlandais Sauli Niinistö avait été chargé en mars par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de préparer un rapport sur le renforcement de la préparation de l’UE aux crises, qu’il a présenté le mois dernier.

Le Finlandais a notamment recommandé la création d’une plateforme européenne d’échange de renseignements et d’un réseau de lutte contre le sabotage. Il a également invité Bruxelles à consacrer au moins 20 % du budget annuel de l’Union à la sécurité et à la préparation, ce qui aurait représenté 38 milliards d’euros cette année.

Le rôle des citoyens

Tout comme Sauli Niinistö dans son rapport, Carl-Oskar Bohlin estime que les citoyens ont leur rôle à jouer dans la préparation aux crises et la gestion de celles-ci.

Les Suédois ont par ailleurs eu un aperçu de ce qu’une « chaîne sans maillons faibles » pourrait signifier concrètement pour les citoyens européens lorsque Carl-Oskar Bohlin a publié ce mois-ci une mise à jour des directives d’urgence officielles de la Suède.

Le 18 novembre, le gouvernement a commencé à distribuer des petites brochures jaunes, envoyées pour la première fois pendant la Seconde Guerre mondiale, indiquant aux Suédois comment se comporter en cas d’attaque nucléaire, quelles réserves constituer ou encore comment arrêter une hémorragie.

L’initiative a attiré l’attention dans le monde entier.

Pour le ministre de la Défense civile, ces instructions sont une question de devoir civique, des « exigences » pour les citoyens. « Si vous pouvez prendre soin de vous, on attend de vous que vous soyez capable de faire [ce que dit la brochure] en cas de crise, en cas de coupure d’eau ou d’électricité, par exemple. »

S’il précise qu’il « n’y a pas de menace imminente de guerre contre la Suède à l’heure actuelle », Carl-Oskar Bohlin souligne tout de même qu’« une attaque armée ne peut être exclue ».

« Nous devons nous préparer au pire des scénarios », affirme-t-il.

Le sabotage du Nord Stream « n’est pas un manque de préparation »

Les menaces semblent sans cesse se rapprocher de l’UE, en particulier dans la région des pays baltes, qui a été exposée à la guerre hybride russe et au sabotage du gazoduc « Nord Stream 2 » — présumément perpétré par des Ukrainiens — en 2022.

Plus récemment, au cours de l’été, les autorités allemandes ont mis en garde contre la présence d’engins incendiaires dans des colis susceptibles d’avoir été introduits clandestinement dans les réseaux de livraison après qu’un colis envoyé depuis les pays baltes a pris feu dans un centre logistique de Leipzig.

Malgré ces évènements, Carl-Oskar Bohlin fait preuve d’un optimisme prudent. « L’incident du câble sous-marin n’était pas un défaut de préparation, mais plutôt un témoignage de la rapidité avec laquelle nous sommes déjà capables de répondre à de tels problèmes », explique-t-il.

« La Suède a réagi très rapidement et a entamé une enquête approfondie dans les 24 heures » qui ont suivi l’incident, souligne-t-il.

Il a cependant refusé de spéculer sur l’identité des auteurs de l’attaque présumée. « Pour l’instant, une enquête criminelle est en cours, avec des soupçons de sabotage. Nous n’en connaissons pas encore l’issue. »

[Édité par Anne-Sophie Gayet]