Moyen-Orient : le secrétaire général de l'Union pour la Méditerrannée attend plus de cohésion de l'UE

La réticence de l’Union européenne (UE) à utiliser sa « boîte à outils » au Moyen-Orient pourrait compromettre son rôle dans la sécurité de la région, selon Nasser Kamel, secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (UpM).

EURACTIV.com
Union for the Mediterranean
Nasser Kamel a déclaré qu’il s’attendait à ce que les accords d’assistance macrofinanciers avec les pays d’Afrique du Nord se poursuivent dans la région. [EPA-EFE/Toni Albir]

La réticence de l’Union européenne (UE) à utiliser sa « boîte à outils » au Moyen-Orient pourrait compromettre son rôle dans la sécurité de la région, selon Nasser Kamel, secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée (UpM).

Euractiv s’est entretenu avec Nasser Kamel alors que les ministres des Affaires étrangères de l’UE rencontreront leurs homologues du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord lundi 28 octobre.

Les discussions devraient se concentrer sur la situation sécuritaire au Moyen-Orient et sur les craintes d’une guerre à grande échelle, alors que l’Iran a averti le week-end dernier qu’il serait prêt à se défendre après des frappes aériennes israéliennes.

Une « boîte à outils gigantesque »

Lors des négociations de l’année dernière, un mois après le déclenchement de la guerre menée par Israël à Gaza, les États arabes et l’UE ont convenu qu’une solution à deux États devrait être la réponse au conflit israélo-palestinien.

Toutefois, interrogé sur le rôle que l’UE devrait jouer dans le conflit, Nasser Kamel a mis l’accent sur les positions divergentes des États membres de l’Union.

« Cette situation est perçue de manière très négative par les pays du Sud, en particulier à un moment où l’Europe a adopté une approche de principe [commune] vis-à-vis de l’occupation de l’Ukraine par la Russie », a-t-il déclaré.

« Elle a adopté une position de principe, mis en œuvre les ressources nécessaires et mené d’intenses activités diplomatiques pour s’assurer de la mise en place de son système de sanctions — la boîte à outils dont elle dispose est donc énorme », a-t-il ajouté.

Dans un contexte d’escalade des tensions au Moyen-Orient, les fonctionnaires et diplomates de l’UE ont examiné les options dont ils disposaient pour exercer une pression sur Israël mais ont pour l’instant très peu agi.

En effet, en dehors de sanctions limitées à l’encontre des responsables du Hamas, des colons israéliens extrêmistes et de l’Iran, l’UE n’a jusqu’à présent guère manifesté son intérêt pour imposer des sanctions commerciales à Tel-Aviv.

Parallèlement, plusieurs États européens ont reconnu le statut d’État de la Palestine.

Interrogé sur ce que son organisation pourrait faire pour servir de médiateur dans le conflit actuel au Moyen-Orient, Nasser Kamel a souligné que l’UpM était la « seule organisation qui compte Israël et la Palestine parmi ses membres à part entière ».

Israël, l’un des membres fondateurs de l’UpM, n’a pas participé aux négociations de Barcelone de l’année dernière, qui ont permis de dégager un consensus sur la solution à deux États, et, bien qu’invité cette année, il est peu probable que Tel-Aviv y envoie une délégation.

« Bien sûr, il ne fait aucun doute que le 7 octobre 2023 a été un événement tragique, visant des civils, et nous le condamnons fermement », a déclaré le secrétaire général de l’UpM.

« Mais, malheureusement, la réaction a été disproportionnée sur tous les plans », a-t-il ajouté.

Nouvelle priorité pour la Commission

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a créé un portefeuille distinct pour s’occuper de la Méditerranée, le séparant du dossier de l’élargissement qui s’occupera désormais exclusivement des États candidats à l’adhésion à l’UE.

Nasser Kamel estime qu’il s’agit d’une « bonne chose », car cela « signifie que l’UE place la région en tête de ses priorités ».

« Cela signifie que l’Europe comprend que son voisinage a un impact direct sur sa sécurité et sa prospérité, et que, pour s’assurer un meilleur avenir, elle doit travailler avec le Sud et l’Est, pour construire un encadrement des relations », a-t-il affirmé.

Le nouveau portefeuille de Dubravka Šuica, commissaire croate désignée, et celui de Kaja Kallas, future cheffe de la diplomatie de l’UE, comprendront des travaux sur un nouveau pacte pour la Méditerranée, une stratégie pour le Moyen-Orient et des plans pour le rétablissement de Gaza après la guerre.

« L’UpM a un rôle à jouer au sein de cette nouvelle Commission », a-t-il ajouté.

Plus d’accords, plus d’investissements

« La clé pour relever les nombreux défis liés à la gestion des relations entre le nord et le sud de la Méditerranée réside dans l’investissement, l’investissement et l’investissement », a martelé le secrétaire général de l’UpM.

Interrogé sur les priorités à cet égard pour les cinq prochaines années, Nasser Kamel a déclaré qu’il s’attendait à ce que les accords d’assistance macrofinanciers avec les pays d’Afrique du Nord se poursuivent dans la région.

Au cours de l’année écoulée, l’UE a conclu des accords avec la Tunisie, la Mauritanie, la Turquie et l’Égypte. Par le biais de ces accords, Bruxelles cherche à stimuler les ventes d’énergie à l’Europe et à endiguer les flux de migrants irréguliers.

« N’oublions pas que la question des migrations ne sera pas résolue séparément de celle du développement économique », a rappelé le secrétaire général, ajoutant qu’il serait nécessaire de créer des emplois dans la région.

« Nous devons nous pencher sur la question de la migration intelligente », a-t-il affirmé.

Toutefois, Nasser Kamel estime qu’au lieu de se concentrer uniquement sur l’assistance, il faudrait investir dans des domaines clés, car cela aurait un impact à plus long terme.

« Nous devons nous pencher sur des secteurs qui seront de toute évidence extrêmement importants pour l’Europe et la région méditerranéenne, tels que les énergies renouvelables. »

« Le coût de production des énergies renouvelables dans le Sud est bien inférieur au coût de production des énergies renouvelables sur les rives nord de la Méditerranée », a-t-il affirmé, ajoutant toutefois que cela nécessiterait davantage d’infrastructures et d’interconnexions.

[Édité par Anna Martino]