Pour Tony Blair, la guerre d’Irak ne peut pas être comparée à l’invasion de l’Ukraine
Il n’y a aucune comparaison possible entre l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie et l’invasion de l’Iraq menée par les États-Unis, que le gouvernement britannique a soutenue il y a près de 20 ans, selon Tony Blair, ancien Premier ministre britannique.
Il n’y a aucune comparaison possible entre l’invasion massive de l’Ukraine par la Russie et l’invasion de l’Irak menée par les États-Unis, que le gouvernement britannique a soutenue il y a près de 20 ans. C’est ce qu’a déclaré l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, lors d’un entretien avec EFE, partenaire d’EURACTIV, et trois autres agences de presse européennes.
« L’idée d’éliminer un dictateur qui a brutalisé son peuple et s’est engagé dans deux guerres régionales en violation de plusieurs résolutions de l’ONU » est totalement opposée à celle « d’envahir un pays qui dispose d’un président démocratiquement élu et qui, à ma connaissance, n’a jamais déclenché de conflit régional ni commis d’acte d’agression à l’encontre de ses voisins », a déclaré M. Blair.
Dans un discours annonçant l’« opération militaire spéciale » de Moscou en Ukraine l’année dernière, le président Vladimir Poutine a fait référence à ce qu’il a appelé la « l’invasion illégale de l’Irak », au cours de laquelle le gouvernement de M. Blair constituait un allié clé des États-Unis, et l’a définie comme « l’un des exemples les plus flagrants de mépris du droit international ».
M. Poutine a tenu à dire que l’invasion de l’Irak n’avait pas été approuvée par le Conseil de sécurité des Nations unies et qu’elle n’était pas conforme à la charte fondatrice de l’ONU.
« Si ce n’était pas le cas, il [M. Poutine] utiliserait un autre argument pour justifier son attaque », a déclaré M. Blair.
« Nous ne devrions jamais oublier ce que M. Poutine lui-même a fait au Moyen-Orient, en Syrie. Au moins, on peut dire que nous éliminons un despote et que nous essayons d’introduire la démocratie », a-t-il poursuivi.
« Mais, son intervention au Moyen-Orient a consisté à soutenir un despote et à refuser une démocratie de sorte que nous devrions donc traiter toute cette propagande avec le manque de respect qu’elle mérite », a-t-il ajouté.
Visiblement mal à l’aise à l’idée d’évoquer la guerre en Irak, M. Blair a défendu sa position en déclarant que « lorsqu’on est Premier ministre, on prend des décisions et on en assume les responsabilités, ce qui va de pair avec le poste, et si l’on n’est pas prêt à le faire, à prendre une décision ou à en assumer la responsabilité, on ne devrait pas occuper ce poste ».
M. Blair a ajouté que, dans le climat politique international actuel, « il est très difficile d’avoir un ordre international fondé sur des règles » parce que deux des membres du Conseil de sécurité des Nations unies, la Russie et la Chine, disposent d’un droit de veto.
Dans le cas de la guerre en Ukraine, il n’existe aucun élément raisonnable pour justifier l’invasion d’un pays souverain et indépendant et les négociations doivent donc partir du principe que l’agression n’est pas justifiée, selon l’ancien Premier ministre.
D’après M. Blair, pour qu’un processus de paix aboutisse, l’agression de la Russie ne doit pas réussir et une issue négociée du conflit serait la solution la plus efficace.
« Le problème est qu’une telle solution n’est pas possible si a) elle récompense l’agression russe ou si b) elle permet à M. Poutine de se retirer temporairement et de revenir ensuite, car c’est le schéma de ses actions depuis un certain temps », a ajouté l’ancien Premier ministre.
Cette nuance est particulièrement importante pour les pays d’Europe de l’Est qui ont besoin de garanties que cela ne se reproduira pas, a-t-il ajouté.
« Il ne s’agit pas seulement qu’elle [la Russie] soit vaincue en raison de son agression contre l’Ukraine, mais qu’elle soit vaincue de telle manière que M. Poutine ou tout autre dirigeant russe ne renoue pas avec ce type d’ambitions essentiellement impérialistes », a-t-il ajouté.