Pour Svetlana Tikhanovskaïa, l'UE doit maintenir la pression sur le Bélarus

L’UE doit maintenir la pression sur le régime répressif biélorusse jusqu’à ce qu’il accepte les appels au dialogue, a déclaré la leader de l’opposition démocratique biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa dans un entretien exclusif avec EURACTIV.

EURACTIV.com
Svetlana Tikhanovskaïa regrette qu’aucune nouvelle sanction n’ait été prise depuis le troisième cycle de sanctions européennes datant de décembre 2020. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/prague-czech-republic-june-07-2021-1994014217" target="_blank" rel="noopener">Shutterstock/ Lukas.krajco</a>]

L’UE doit maintenir la pression sur le régime répressif biélorusse jusqu’à ce qu’il accepte les appels au dialogue, a déclaré la leader de l’opposition démocratique biélorusse Svetlana Tikhanovskaïa dans un entretien exclusif avec EURACTIV.

L’appel de la cheffe de l’opposition en exil fait suite à l’imposition de nouvelles sanctions lundi (21 juin) par les ministres européens des Affaires étrangères, Washington, Londres et Ottawa contre 78 ressortissants biélorusses et 8 entités. Ces décisions résultent de l’atterrissage forcé d’un avion de ligne Ryanair à Minsk le mois dernier.

Le 23 mai dernier, les autorités biélorusses ont détourné l’avion à bord duquel se trouvaient le journaliste dissident Roman Protassevitch et sa compagne Sofia Sapega tandis qu’ils voyageaient depuis la Grèce en direction de la Lituanie.

Mme Tikhanovskaïa a exprimé sa déception par rapport au fait qu’aucune nouvelle sanction n’ait été prise et qu’aucune conférence de haut niveau n’ait été organisée depuis le troisième cycle de sanctions européennes datant de décembre 2020.

En outre, la cheffe de l’opposition en exil en Lituanie espère que le regain d’intérêt pour la Biélorussie à la suite du détournement de l’avion de ligne Ryanair s’explique par d’autres facteurs que la seule présence de ressortissants européens dans l’avion.

« J’ai envie de croire que l’intérêt nouveau envers le Bélarus n’est pas seulement porté par la présence de citoyens européens dans l’avion, mais qu’il s’explique plutôt par le fait que des journalistes ont été kidnappés », a-t-elle indiqué.

S’adressant aux leaders européens, Mme Tikhanovskaïa les a appelés « à façonner leur politique en fonction de leurs valeurs […] sans entrer dans un jeu consistant à échanger des prisonniers politiques ».

L’UE devrait également bientôt imposer de nouvelles sanctions économiques ciblées sur des secteurs essentiels au Bélarus, notamment l’exportation d’engrais potassique et de produits pétrochimiques.

Svetlana Tikhanovskaïa, décrite par l’opposition biélorusse comme victorieuse du scrutin contre Alexandre Loukachenko en août 2020, espère que les sanctions seront « assez solides afin que le régime comprenne qu’il doit répondre à nos appels au dialogue ».

« S’il ne le fait pas, je pense que l’UE devra garder le cap et maintenir la pression », a-t-elle ajouté, signalant toutefois que les sanctions n’étaient pas « une solution miracle ».

Quelles sont les options réalistes pour la Biélorussie dans un avenir proche ? À cette question, Mme Tikhanovskaïa répond que le régime pourrait amorcer le dialogue avec la société civile et les représentants démocratiques.

« Il y a certes beaucoup de scénarios possibles, mais nous nous sommes fixé un objectif : organiser de nouvelles élections cette année », a-t-elle révélé.

Le journaliste Roman Protassevitch, qui a avoué avoir appelé à la tenue de manifestations en Biélorussie, encourt désormais jusqu’à cinq ans de prison. Depuis son arrestation, il multiplie les apparitions télévisuelles et les conférences de presse organisées par les autorités biélorusses ; des apparitions difficiles à regarder pour sa famille qui dénonce des actes de « maltraitance, torture et menace »

D’après Mme Tikhanovskaïa, ces apparences sont une tentative vaine et dégoûtante menée par le régime visant à créer une division entre les militants démocrates.

« Personne ne lui en veut, car nous comprenons que sa mission à l’heure actuelle est de rester en vie là-bas », a-t-elle expliqué.

Les forces démocratiques du Bélarus n’imaginaient pas que de tels actes de cruauté étaient possibles en août 2020 tandis que Svetlana Tikhanovskaïa était catapultée sous les feux des projecteurs à la suite de l’arrestation de son mari Sergei Tikhanovsky, candidat à la présidence face à Alexandre Loukachenko.

Depuis les élections contestées de 2020, le président Loukachenko est parvenu à rester au pouvoir grâce au soutien de la Russie, un allié essentiel.

« [Cependant], ce régime toxique devient également trop cher pour le Kremlin. Je pense que Moscou souhaiterait aussi résoudre cette crise. Le Bélarus est en quelque sorte un pont entre la Russie et l’Europe. Et ce pont est pour le moment fermé. »

Du côté de l’opposition démocratique, Mme Tikhanovskaïa a fait savoir que les représentants tentaient depuis un an de trouver des médiateurs dans le but d’entrer en contact avec la Russie pour discuter de la situation ; des démarches peu fructueuses jusqu’à présent.

Le mois dernier, la Russie a versé la deuxième tranche à 500 millions de dollars d’un prêt total de 1,5 milliard de dollars afin de stabiliser les conflits dans le pays voisin.

Interrogée sur ce qu’elle avait pu tirer de ces douze derniers mois, la cheffe de l’opposition a indiqué que son entrée en politique était un « coup du destin », tout en précisant qu’elle pouvait compter sur « les meilleurs professeurs » pour l’aiguiller (Premiers ministres et présidents).

« J’ai peut-être été trop naïve, et le suis peut-être encore, mais je pense sincèrement que la politique devrait être ouverte et transparente. Cependant, j’ai compris que tel n’est pas le cas », a-t-elle ajouté.

« Lorsque vous vous adressez au public, vous ne partagez pas toutes les informations préalablement discutées en marge de votre allocution. Pour ma part, je suis tout à fait ouverte et digne de confiance. Si quelqu’un peut utiliser ces traits [contre moi], il l’aura sur la conscience. »