Ukraine : la Chine n’a franchi aucune ligne rouge, selon Josep Borrell
La Chine n’a franchi aucune ligne rouge en ce qui concerne la fourniture d’armes à la Russie et souhaite « minimiser le risque d’être associée aux activités militaires russes », a déclaré le chef de la diplomate l’UE, Josep Borrell.
La Chine n’a franchi aucune ligne rouge en ce qui concerne la fourniture d’armes à la Russie et souhaite « minimiser le risque d’être associée aux activités militaires russes », a confié le chef de la diplomate européenne, Josep Borrell, à plusieurs médias européens vendredi (24 mars), dont EURACTIV.
M. Borrell a également confirmé qu’il effectuerait bientôt une visite officielle en Chine pour discuter, entre autres, de l’invasion russe en Ukraine, sans pour autant fournir de dates précises.
Après la visite du président chinois Xi Jinping à Moscou cette semaine, plusieurs dirigeants européens se rendront bientôt à Pékin.
Le président espagnol Pedro Sánchez y est attendu la semaine prochaine. Le président français Emmanuel Macron se rendra dans la capitale chinoise dans deux semaines en compagnie de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. La Première ministre italienne Giorgia Meloni, quant à elle, a été invitée, mais aucune date n’a encore été communiquée.
Entre-temps, l’UE finalise les préparatifs du prochain sommet UE-Chine à Pékin, qui devrait avoir lieu avant l’été, après un sommet UE-États-Unis, selon des responsables européens.
« Les Chinois veulent jouer un rôle diplomatique, ils ne veulent pas être totalement associés aux actions militaires de Moscou », a indiqué M. Borrell, ajoutant que Pékin souhaiterait « apparaître comme un facilitateur, et non comme un médiateur ».
En février, la Chine a présenté un document en 12 points appelant à des pourparlers de paix urgents. Ce document a été accueilli favorablement par Moscou, mais a suscité des réticences de la part de l’Occident.
Interrogé sur le document, M. Borrell a répété qu’il s’agissait d’une liste reprenant « la position bien connue de la Chine », mais « pas d’un plan de paix ».
« [Vladimir] Poutine parle d’un règlement pacifique tout en continuant les bombardements. La Chine doit user de son influence pour faire comprendre à la Russie que cela n’aboutira à rien », a déclaré M. Borrell.
Les commentaires de M. Borrell interviennent alors que l’Occident s’inquiète de plus en plus du soutien de la Chine à la Russie, marqué par le refus de Pékin de condamner l’agression russe et par la visite du président chinois à Moscou pour un sommet de deux jours avec son homologue russe cette semaine.
Une amitié qui a des limites
Malgré les apparences d’une relation force entre les présidents russe et chinois, M. Borrell estime que « la Chine n’est pas disposée à prendre parti » dans le conflit et que « Pékin veut minimiser le risque d’être associé aux activités militaires russes ».
« Les Chinois ne veulent pas paraître totalement alignés sur la Russie — ils sont très mal à l’aise avec ce qu’il se passe », a déclaré M. Borrell. « Cette ‘amitié’ semble connaître certaines limites », a-t-il poursuivi.
Ces dernières semaines, Washington a sondé ses plus proches alliés sur la possibilité d’imposer de nouvelles sanctions à la Chine si le pays décidait d’apporter un soutien militaire à la Russie dans sa guerre en Ukraine.
La Chine, pour sa part, a nié toute intention d’armer la Russie.
« La Chine n’a franchi aucune ligne rouge pour nous », a précisé M. Borrell lorsqu’on lui a demandé s’il avait connaissance de preuves de la fourniture d’armes à la Russie par la Chine. Il a également indiqué que l’UE surveillait cette situation comme le lait sur le feu.
L’Occident reste méfiant face à la réaction de la Chine à la guerre en Ukraine, certains responsables avertissant qu’une victoire potentielle de la Russie pourrait influencer les plans de la Chine en ce qui concerne Taïwan.
M. Borrell a expliqué que le partenariat entre Pékin et Moscou « est diplomatique et économique, mais ils n’ont jamais développé d’alliance militaire. »
De fait, tout parallèle entre la Russie et l’Ukraine d’un côté, et la Chine et Taïwan d’un autre, semble fortuit, selon le diplomate.
Le chef de la diplomatie européenne a ajouté que Pékin se tournerait plutôt vers les succès diplomatiques, citant son rôle dans le récent rétablissement des relations entre l’Iran et l’Arabie saoudite, après que des années d’hostilité ont menacé la stabilité et la sécurité dans le Golfe et contribué à alimenter les conflits au Moyen-Orient, du Yémen à la Syrie.
L’accord négocié par la Chine a été annoncé à l’issue de quatre jours de discussions confidentielles à Pékin entre les hauts responsables de la sécurité des deux puissances rivales du Moyen-Orient.
Répondant à une question sur le risque que Pékin soit incitée à soutenir les efforts visant à prolonger la guerre en Ukraine pour des raisons économiques, M. Borrell a déclaré que « la Chine profite de la situation, l’Inde aussi ».
« Il ne faut pas s’attendre à ce que la Chine cesse d’acheter du pétrole russe », a-t-il ajouté.
Le triangle Europe/États-Unis/Chine
Ces dernières années, les États-Unis ont demandé aux Européens d’adopter une position plus ferme à l’égard de la Chine.
Interrogé sur la stratégie européenne vis-à-vis de Pékin, M. Borrell a déclaré que, depuis le début de son mandat, il avait plaidé en faveur d’une « doctrine Sinatra », en référence à l’ancienne politique soviétique sous Mikhaïl Gorbatchev qui permettait aux pays membres du Pacte de Varsovie de déterminer leurs propres affaires internes.
En effet, M. Borrell avait précédemment affirmé que l’UE devait développer sa propre position indépendante sur la Chine, sans être parfaitement aligné sur les Etats-Unis.
Face à la position de plus en plus dure de Washington à l’égard de Pékin, la principale préoccupation de l’UE et de ses États membres ces dernières années a été d’éviter d’être entraînés dans le conflit entre les deux puissances.
Selon M. Borrell, la situation s’est compliquée avec la guerre en Ukraine, « mais la façon dont le triangle Europe-États-Unis-Chine interagira déterminera ce siècle », a-t-il ajouté.