A Bruxelles, la présidentielle ne laisse pas totalement indifférent

Présidentielle oblige, la France a la tête ailleurs. Pour l’Europe, cette absence n’est pas sans conséquence. Les positions des candidats sont scrutées de loin, en particulier sur la surveillance budgétaire.

/ EURACTIV.fr
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Présidentielle oblige, la France a la tête ailleurs. Pour l’Europe, cette absence n’est pas sans conséquence. Les positions des candidats sont scrutées de loin, en particulier sur la surveillance budgétaire.

Comme souvent, les discussions politiques intérieures freinent l’avancée des négociations entre les 27 pays de l’UE. Et c’est le cas, cette fois encore, avec l’élection présidentielle, d’autant plus que la voix de Paris porte en Europe.

Dossiers techniques

En France, le président de la République est en campagne et le gouvernement fonctionne au ralenti. A Bruxelles, un fonctionnaire français reconnaît d’ailleurs être dans une période de « gestion des affaires courantes ». « On se limite aux dossiers techniques », constate Charles de Marcilly qui représente la Fondation Robert Schuman à Bruxelles. 

La négociation sur le budget de l’UE pour la période 2014-2020 avancera donc peu d’ici la fin du premier semestre 2012. 

« On connaissait le calendrier depuis plusieurs mois. Tout le monde sait que les véritables négociations sur les perspectives financières ne pourront commencer que quand la France aura un nouveau gouvernement », explique le député européen Alain Lamassoure (PPE/UMP), qui préside la commission budget du Parlement européen et pilote donc ces négociations du côté de l’assemblée strasbourgeoise. 

De ce point de vue, la France n’est d’ailleurs pas la seule à freiner. La fenêtre de tir pour avancer sur ce dossier est le second semestre 2012. Après quoi, l’Allemagne sera elle aussi bloquée, les élections du Bundestag ayant lieu en septembre 2013. 

Le risque est de ne pas être capable d’arriver à un accord à temps et d’être obligé de faire fonctionner l’UE en 2014 avec un budget 2013 copié-collé. L’hypothèse de ce blocage est redoutée puisque les institutions européennes sont dans le même temps en pleine réforme de leurs deux politiques phares : l’agriculture et les fonds régionaux.

Lors d’une conférence de presse, mardi 7 février, Xavier Beulin, le président de la FNSEA, principal syndicat agricole français a reconnu qu’il était difficile de progresser dans les négociations. Comment orienter une politique pour les sept ans à venir quand les crédits qui lui seront alloués sont incertains? 

Image négative

Au-delà des politiques, la personnalité du président français peut avoir un impact sur la façon dont l’Europe est dirigée. Même si elles ont toutes les deux connu des hauts et des bas, l’alliance formée par Nicolas Sarkozy avec Angela Merkel n’a pas eu les mêmes effets que celle de Mitterrand et Kohl dans les années 1980, par exemple. 

Partisan de la candidature de François Hollande, Ernst Stetter, directeur de la Fondation européenne d’études progressistes, affiliée au Parti socialiste européen, déplore la prédominance de la méthode intergouvernentale et le poids donné aux États par le couple « Merkozy », dans la gestion de la crise grecque. « Nicolas Sarkozy mène ses actions européenne pour la gloire de la France et ne respecte pas les institutions européennes « , estime-t-il. 

Reste que le candidat de gauche n’a pas forcément non plus très bonne presse dans la bulle européenne. « François Hollande a actuellement une image plutôt négative à Bruxelles, en raison de ses positions européennes peu claires », explique Piotr Kacynski, chercheur au Centre for european policy studies.

M. Hollande veut ajouter un volet sur la croissance au traité intergouvernemental, qui doit être officiellement signé début mars par les dirigeants de l’UE. Mais son programme est tout sauf clair sur ce qu’il compte faire en matière de réduction des déficits. Parviendra-t-il à renégocier le traité ou pas ? Cette éventualité soulevée par le candidat socialiste « intrigue », ajoute Yannick Laude, porte-parole des libéraux de l’ADLE au Parlement européen. 

Règle d’or

A Bruxelles, la crise de la dette occupe une large part du travail des institutions depuis deux ans. Sans compter que la situation de nombreux pays européens inquiète. La Grèce n’est pas du tout sortie d’affaire, l’Italie est fragile, le Portugal est surveillé comme du lait sur le feu et après lui l’Espagne et même la France. « S’il y a bien un sujet sur lequel les candidats français vont être observés c’est la règle d’or », estime Alain Lamassoure. 

Le traité prévoit de limiter le déficit structurel annuel à 0,5% du PIB et impose cette disposition au niveau constitutionnel ou son équivalent. L’Allemagne, qui dispose elle-même d’une règle de ce type, y tient énormément. 

Mais, en France, la gauche a toujours refusé d’inscrire une règle d’or dans la Constitution et explique qu’elle votera une loi de programmation pluriannuelle de retour à l’équilibre des finances publiques. Quant à la droite, elle vient de brandir l’hypothèse d’un référendum sur le sujet par la voix du premier ministre François Fillon.

Les référendums ne répondant pas toujours aux questions posées, l’issue du vote serait incertaine. « Il est clair qu’Hollande et Sarkozy ne souhaitent pas être clairs », ironise Alain Lamassoure. Mais, « dans ce contexte où tous les pays doivent faire leurs devoirs, si la campagne électorale française fait apparaître que, d’un côté où de l’autre, il y a des doutes sur la règle d’or, cela va poser problème à nos partenaires », ajoute-t-il.

Et au Parlement?

L’échéance présidentielle perturbe aussi une partie de l’activité de la délégation française au Parlement européen. Quatre candidats à l’élection – Marine Le Pen, Corine Lepage, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon – sont élus à Bruxelles. Tout comme une partie de leur entourage proche, actif dans la campagne. Le socialiste Stéphane Le Foll est par exemple responsable de l’organisation de François Hollande. Chez Europe Ecologie Les Verts, le porte parole d’Eva Joly n’est d’autre que José Bové avec qui elle siège à Strasbourg. 

Sans oublier les députés européens qui vont se présenter aux élections législatives de juin 2012 et ainsi attendent de rentrer en France. Ils sont une douzaine selon l’enquête d’EURACTIV.fr.

Si les Européens de Bruxelles regardent en coin l’élection française, les Belges, en revanche, suivent le scrutin de près. Et leur sentiment va à rebours des sondages pour l’instant observés en France. Selon une enquête d’opinion publiée début février, ils placeraient Nicolas Sarkozy en tête du premier tour à 39%.