Accord UE–États-Unis : Bruxelles recadre un ministre allemand qui juge l’UE trop faible
La Commission a rejeté les critiques du ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, qui juge l’UE trop faible en matière de politique commerciale, après la signature de l’accord avec Washington fin juillet.
Lors d’une visite aux États-Unis pour rencontrer le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, le ministre allemand Lars Klingbeil a déclaré que l’UE avait été trop faible et devait « devenir plus forte ». « Nous pourrons alors aussi tenir tête aux États-Unis avec davantage de confiance en nous. »
Des critiques considérées comme une attaque directe contre la Commission européenne, qui détient la compétence exclusive en matière de politique commerciale.
« Nous sommes très surpris d’entendre un ministre d’un État membre exprimer ce point de vue, alors que rien n’a été fait ici […] sans le signal clair reçu de nos États membres », s’est étonné Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne sur les questions commerciales.
Il a souligné que les pays et entreprises de l’UE, y compris l’Allemagne, avaient massivement soutenu une approche négociée face aux droits de douane et aux menaces de Washington. « Ils ont insisté sur le fait que seule une solution négociée pouvait garantir la stabilité et protéger nos intérêts communs. »
Il est rare que l’exécutif européen réprimande un ministre d’un État membre. Les porte-parole de la Commission, qui rendent directement compte à la présidente Ursula von der Leyen, ont généralement pour habitude de ne pas mentionner ce genre de remarques.
En France, le président Emmanuel Macron a fait des commentaires similaires à ceux du ministre allemand la semaine dernière, déclarant que l’UE n’a pas été assez « crainte » par les États-Unis durant les négociations sur les droits de douane.
Dans le même temps, la Commission a suspendu mardi 5 août son paquet de mesures de rétorsion visant 93 milliards d’euros d’importations américaines. Cette suspension de six mois intervient alors même que le principal avantage de l’accord conclu le 27 juillet entre Donald Trump et Ursula von der Leyen reste encore à concrétiser : les exportateurs automobiles européens continuent de subir un droit de douane de 27,5 %, bien que l’accord prévoie une baisse à 15 %. Cette réduction devrait entrer en vigueur vendredi 8 août. Les 15 % devraient s’appliquer à la plupart des autres exportations de l’UE également.
Pour l’heure, Bruxelles espère que Washington tiendra sa promesse de réduire la taxe spéciale sur les voitures européennes, qui affaiblit encore le secteur automobile européen à la peine.
Un accord pas si mauvais que ça
Un haut responsable de l’UE a insisté mardi sur le fait que le résultat des négociations entre Bruxelles et Washington était meilleur que celui obtenu par d’autres partenaires commerciaux des États-Unis, y compris l’accord entre l’administration Trump et le Royaume-Uni.
Si les exportateurs britanniques ont obtenu un taux de 10 %, ils sont également soumis à des droits de douane supplémentaires au titre de la clause de la « nation la plus favorisée ». Les exportateurs de l’UE, a déclaré le responsable, seront soumis à un taux de 15 %, sans exception.
Les négociateurs de l’UE et des États-Unis sont en train de finaliser une déclaration commune, un document non contraignant qui précisera les détails de l’accord — qui reste, à ce stade, assez flou.
« Le texte est pratiquement prêt, mais nous attendons maintenant que nos collègues américains reviennent pour confirmer quelques points », a noté le haut responsable européen.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]