Albanie : les tensions entre les États-Unis et l'Iran compromettent l'espoir d'un accord sur le nucléaire

Les autorités albanaises ont déjoué une deuxième cyberattaque au cours du week-end. Après avoir reçu des promesses de soutien et de nouvelles sanctions contre l’Iran de la part des États-Unis, Tirana a rompu tous ses liens diplomatiques avec Téhéran.

EURACTIV.com
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La dernière attaque en Albanie intervient quelques jours seulement après que le Premier ministre Edi Rama a accusé l’Iran d’être à l’origine d’une cyberattaque survenue le 15 juillet. Celle-ci a entraîné la mise hors ligne de tous les sites web du gouvernement et des services numériques destinés aux citoyens. [PA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Les autorités albanaises ont déjoué une deuxième cyberattaque au cours du week-end (10-11 septembre). Après avoir reçu des promesses de soutien et de nouvelles sanctions contre l’Iran de la part des États-Unis, Tirana a rompu tous ses liens diplomatiques avec Téhéran, qu’elle tient pour responsable de ce « sabotage ».

Parallèlement, les espoirs de relancer l’accord nucléaire de 2015 continuent de s’estomper, les principaux pays européens ayant exprimé de « sérieux doutes » sur les intentions de l’Iran.

La dernière attaque en Albanie intervient quelques jours seulement après que le Premier ministre albanais Edi Rama a accusé l’Iran d’être à l’origine d’une cyberattaque survenue le 15 juillet.

Celle-ci a entraîné la mise hors ligne de tous les sites web du gouvernement et des services numériques destinés aux citoyens et a été qualifiée de « destructrice » par Microsoft.

Le Premier ministre a ordonné à tous les diplomates iraniens de quitter le pays dans les 24 heures, rompant ainsi tous les liens diplomatiques avec effet immédiat.

M. Rama a déclaré samedi (10 septembre) que le système d’information sur la gestion des frontières (TIMS) du pays faisait l’objet d’une « nouvelle cyberattaque par les mêmes agresseurs ». Le lendemain, il annonçait sur les réseaux sociaux que les systèmes étaient de nouveau opérationnels.

« Au-delà du sentiment pesant suscité par les intrusions dans ces systèmes, comme lorsqu’on s’introduit dans une maison et qu’on vole, le fait est que l’agression n’a pas du tout atteint son but, pas de disparition ou de fuite grave de données ! ». a écrit M. Rama sur Twitter dimanche.

Ceux qui ont essayé d’utiliser le système TIMS, qui enregistre chaque personne qui entre et sort du pays, ont été confrontés à un message indiquant que « l’Albanie paie toujours pour les actes terroristes de la secte OMPI à Durrës ; ce jeu va continuer. »

L’Albanie abrite le groupe OMPI (Organisation des Moudjahidines du peuple iranien), qui a été transféré en Albanie depuis un camp de réfugiés irakien en 2016.

Le groupe a été fondé en 1965 et s’est engagé dans une action militante contre le gouvernement iranien pendant des décennies avant de forger une alliance avec l’Irak et de se ranger à ses côtés pendant la guerre entre l’Irak et l’Iran.

Le groupe OMPI était auparavant désigné comme une organisation terroriste par l’UE, le Canada, les États-Unis et le Japon, mais cette désignation a été abrogée. En 2004, le gouvernement américain leur a accordé la protection de la Convention de Genève.

Ses membres, dont le but est de renverser le gouvernement iranien, sont au nombre de 1 000 et vivent dans un complexe fermé et hautement surveillé à 40 kilomètres de Tirana.

Toutefois, selon certains analystes, l’Albanie n’est pas uniquement visée en raison de la présence du groupe OMPI. En effet, l’Albanie est fermement pro-américaine, elle est membre de l’OTAN, dont elle abrite une base aérienne et, potentiellement, une future base navale.

Être vigilant

L’avocat et responsable politique Kreshnik Spahiu a déclaré à Euronews Albanie que le gouvernement devait être vigilant face aux attaques dans la mesure où il est « en guerre directe avec l’Iran. »

« L’Albanie doit être très préparée militairement, même avec les services de renseignement, mais aussi en tant que société pour d’autres attaques qui, à l’avenir, ne seront plus sur Internet et les réseaux sociaux, mais [provoqueront] des conséquences et des victimes physiques », a-t-il déclaré.

Le Conseil national de sécurité des États-Unis a également réagi aux dernières nouvelles de l’attaque, déclarant qu’il soutient les efforts de redressement de l’Albanie.

« Les États-Unis condamnent la cyberattaque du 9 septembre contre notre allié de l’OTAN, l’Albanie. Cette activité malveillante contre l’Albanie fait suite à la cyberattaque du 15 juillet menée par le gouvernement iranien. Le gouvernement américain soutient les efforts déployés par l’Albanie pour atténuer les effets de cette attaque et s’en remettre », peut-on lire dans un communiqué publié sur Twitter.

Le gouvernement américain a imposé vendredi (9 septembre) des sanctions au ministère iranien du Renseignement et de la Sécurité ainsi qu’au ministre qui le dirige, Esmail Khatib, pour des activités liées à la cybercriminalité contre les États-Unis et leurs alliés, à la suite d’une déclaration de la Maison Blanche annonçant des « mesures supplémentaires ».

Le directeur de l’Autorité de l’aviation civile albanaise, Maksim Et’hemaj, a déclaré que l’attaque était un sabotage et a appelé à la création d’un comité de coordination de crise.

« Dans l’aviation civile, ce qui s’est passé avec le système TIMS est classé par la définition, sabotage. Dans ce cas, en cas de sabotage, l’aviation civile demande aux autorités locales de mettre en place ce qu’on appelle le Comité de coordination de crise », a-t-il déclaré à Euronews Albanie.

L’Albanie n’est toutefois pas le seul pays à avoir été victime de telles attaques. Des services informatiques au Kosovo et en Macédoine du Nord ont également été visés ces derniers jours, sans que l’on sache encore qui en est l’auteur.

Usine à trolls

Par ailleurs, en mars 2021, le groupe OMPI a été accusé par Facebook de gérer une « usine à trolls » — c’est à dire un groupe organisé de trolls sur Internet visant à intervenir dans les opinions et les décisions politiques — à partir de sa base en Albanie.

Le réseau social Facebook a déclaré dans une déclaration publiée sur son site qu’il avait enquêté et interrompu une « opération de longue durée menée depuis l’Albanie et visant principalement l’Iran ».

« Le réseau a violé notre politique contre l’ingérence étrangère, qui constitue un comportement inauthentique coordonné au nom d’une entité étrangère », ont-ils écrit dans leur rapport approfondi.

La dernière escalade intervient sur fond d’espoirs de plus en plus sombres de relancer l’accord dit du Plan global d’action conjoint (JCPOA) conclu en 2015, qui accordait à l’Iran un allègement des sanctions en échange de la restriction de son programme nucléaire.

En 2018, le président américain de l’époque, Donald Trump, s’est retiré unilatéralement de l’accord et a réimposé des sanctions.

L’élan en faveur du nouvel accord négocié par l’UE, qui semblait se dessiner au début du mois, semble s’être estompé depuis. Samedi, dans une déclaration conjointe, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ont en effet émis de « sérieux doutes » quant à la sincérité de l’Iran dans le rétablissement de l’accord.

Les nations européennes ont reproché à Téhéran « d’avoir choisi de ne pas saisir cette opportunité diplomatique cruciale », ajoutant qu’« au lieu de cela, l’Iran continue d’intensifier son programme nucléaire bien au-delà de toute justification civile plausible ». Le ministère iranien des Affaires étrangères a critiqué ces commentaires, les qualifiant de « non constructifs », rapporte l’AFP.

Parallèlement, le Premier ministre israélien Yaïr Lapid est arrivé en Allemagne dimanche dans le but de convaincre les puissances occidentales d’abandonner complètement l’accord fragilisé.