Allemagne : controverse sur la « menace » d’une participation chinoise dans le port de Hambourg
Le président du Service fédéral de renseignement, Bruno Kahl, a lancé lundi devant les législateurs allemands une mise en garde contre la menace que représente l’offensive d’influence étrangère de la Chine, la qualifiant de « véritable menace » pour l’Europe.
Le chancelier Olaf Scholz poursuit son projet d’accord qui permettrait à l’opérateur de terminaux chinois Cosco de prendre une participation de 35 % dans le terminal Tollerort de Hambourg, malgré l’opposition des partenaires de la coalition et les avertissements de sécurité des services de renseignement.
Initialement présenté en 2021 et récemment révélé par Der Spiegel, l’accord a suscité l’indignation d’autres membres de la coalition gouvernementale.
« De la même manière que Sigmar Gabriel [ancien vice-chancelier] a vendu des installations de stockage de gaz à la Russie, Olaf Scholz veut maintenant vendre des parties du port de Hambourg à la Chine », a déclaré Marcel Emmerich, porte-parole des Verts au sein de la commission de l’Intérieur.
Même le président du groupe parlementaire du SPD au Bundestag, Detlef Müller, a déclaré sur Twitter : « Nous aurions dû tirer les leçons du passé, y compris de nos erreurs. Les infrastructures critiques, qui ont fait l’objet d’un grand débat ces derniers jours, doivent rester dans le domaine public ».
Parallèlement, Thomas Haldenwang a averti qu’il ne fallait pas laisser se créer une situation dans laquelle la Chine pourrait « influencer les développements politiques en Allemagne également » par le biais des infrastructures.
Ces commentaires interviennent dans le contexte d’un avertissement sévère lancé par le président du Service fédéral de renseignement (BND), Bruno Kahl, qui a déclaré lundi (17 octobre) que l’influence étrangère de la Chine était la véritable « menace » pour l’Europe.
Au cours de l’audition publique des chefs des services de renseignement allemands devant la commission parlementaire de surveillance, M. Kahl a déclaré à la surprise générale que son agence avait, en réalité, mis en garde à plusieurs reprises l’exécutif allemand contre une éventuelle invasion de la Russie — sachant que le Kremlin n’hésiterait pas à recourir à la violence pour atteindre ses objectifs politiques, rapporte le quotidien FAZ.
Interrogé par les députés sur l’existence d’autres dangers imminents qui ne sont pas suffisamment pris en compte par les responsables politiques et le public, le chef des services de renseignement a souligné « la montée en puissance d’une Chine autocratique ».
Son message a été soutenu par un autre chef des services de renseignement, M. Haldenwang, de l’Office fédéral de protection de la Constitution. Ce dernier a fait valoir que « parallèlement à la Russie, la Chine est un acteur important qui doit être surveillé ».
La conquête mondiale de Pékin impliquerait même que les services de renseignement chinois ciblent de plus en plus les forces armées allemandes « à un niveau élevé », comme l’a indiqué la cheffe du service de contre-espionnage militaire, Martina Rosenberg.
Le président du BND s’inquiète depuis longtemps du fait que des entreprises chinoises puissent détenir des parts dans des projets d’infrastructure clés. Il y a trois ans, M. Kalh s’était déjà opposé à l’idée de confier au géant technologique chinois Huawei le déploiement du réseau 5G du pays.