Allemagne : face à la montée de l’AfD, la CDU demande au gouvernement de durcir sa politique d’asile

Le principal parti d’opposition allemand, la CDU, a exhorté le gouvernement fédéral à travailler avec les Länder pour renforcer la politique d’asile, craignant que la question ne soit laissée à l’AfD d’extrême droite, bien placée dans les sondages.

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Sous la pression de l’opposition et des États allemands (Länder), le chancelier Olaf Scholz a rencontré les chefs des Länder en novembre pour discuter des moyens de durcir la politique d’asile du pays. [Shutterstock/Juergen Nowak]

En Allemagne, le principal parti d’opposition, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), a exhorté le gouvernement de coalition tripartite à travailler avec les Länder pour renforcer la politique allemande d’asile, craignant que la question ne soit laissée au parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), bien placé dans les derniers sondages.

Sous la pression de l’opposition et des États allemands (les Länder), le chancelier Olaf Scholz avait rencontré en novembre dernier les ministres-présidents des différentes régions pour discuter des moyens de durcir la politique d’asile du pays. Aujourd’hui, de plus en plus de voix s’élèvent pour demander que les conclusions de ces rencontres soient discutées.

« Le pouvoir des populistes et des extrémistes est toujours alimenté par l’incapacité des démocrates à agir. C’est particulièrement vrai lorsqu’il s’agit de l’un des problèmes majeurs de notre époque : la question migratoire », a souligné le ministre-président du Land de Rhénanie-du-Nord–Westphalie, Hendrik Wüst (CDU, Parti populaire européen), au quotidien allemand Tagesspiegel.

M. Wüst a demandé une nouvelle réunion entre les chefs des Länder et du gouvernement fédéral afin d’évaluer les mesures prises jusqu’à présent en matière d’asile.

Sa demande fait suite à la popularité croissante de l’AfD, qui dépasse actuellement les partis au pouvoir — Parti social-démocrate (SPD), Parti libéral-démocrate (FDP), Alliance 90/Les Verts — avec 22 %. Le parti d’extrême droite se place juste derrière la CDU, selon un récent sondage.

La question est devenue particulièrement sensible après que Correctiv, une rédaction d’investigation indépendante, a révélé que des membres de l’AfD avaient rencontré des hommes d’affaires influents et des entreprises extrémistes en novembre dans un hôtel et avaient discuté de plans visant à expulser les résidents « indésirables », remettant en question les droits fondamentaux des citoyens allemands qui ne rentrent pas dans leurs critères.

Un nouveau sommet sur l’immigration

Le maire de Berlin, Kai Wegner (CDU), s’est joint à l’appel lancé au gouvernement fédéral pour qu’il travaille avec les Länder et a demandé « un nouveau sommet sur l’immigration ».

« Nous avons besoin d’un effort commun de la part des partis démocratiques pour relever les défis de notre époque », a indiqué M. Wegner au Tagesspiegel. « Nous devons enfin changer de cap, en matière de politique migratoire, par exemple », a-t-il précisé.

Kevin Kühnert, secrétaire général du SPD, le parti de Olaf Scholz, a rejeté la proposition et a qualifié la demande de M. Wüst de « manque de tact, surtout en ce moment », en faisant référence aux récentes révélations.

L’eurodéputé Dennis Radtke (CDU/PPE) a réagi sur X en déclarant : « Une solution multipartite à la question des réfugiés n’est pas une concession à l’AfD, mais serait une contribution importante à la lutte contre la migration. »

L’Allemagne, qui voit arriver près d’un demandeur d’asile sur trois ayant déposé une demande dans l’UE, en Suisse et en Norvège en 2023, selon des chiffres non publiés de l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (AUEA) consultés par Die Welt, pourrait bien voir ce nombre baisser en raison des règles plus strictes en matière d’asile.

Bien que le statut de l’Allemagne en tant que puissance économique de l’Union européenne puisse continuer à attirer de nombreuses personnes, si une politique d’asile plus restrictive a le même effet que celle adoptée au Danemark, elle pourrait non seulement rendre l’entrée dans le pays plus difficile, mais aussi, comme le rapporte Die Welt, tout simplement décourager les futures tentatives d’entrée dans le pays.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]