Allemagne : l’aspirant chancelier Friedrich Merz de plus en plus plus prudent sur le soutien à l’Ukraine

Friedrich Merz, candidat favori dans la course à la chancellerie allemande, était initialement favorable à une politique plus agressive à l’égard de la Russie. Mais le début de la campagne électorale en vue du scrutin de février marque un changement de ton dans sa rhétorique concernant l’aide à l’Ukraine.

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Dernièrement, il n’a pas été facile de suivre la position de Friedrich Merz sur la question du soutien de l’Allemagne à l’Ukraine. [Photo illustration par Esther Snippe pour Euractiv. Crédit image : EPA et Getty Image]

Friedrich Merz, candidat favori dans la course à la chancellerie allemande, était initialement favorable à une politique plus agressive à l’égard de la Russie. Mais le début de la campagne électorale en vue du scrutin de février marque un changement de ton dans sa rhétorique concernant l’aide à l’Ukraine.

Dernièrement, Friedrich Merz, président des chrétiens-démocrates allemands au Bundestag (CDU/CSU), semble avoir adopté une position plus modérée qu’auparavant sur la question du soutien à l’Ukraine.

La semaine dernière, lors d’une visite à Kiev au cours de laquelle il a rencontré le président Volodymyr Zelensky, il a affirmé que « la voie de l’Ukraine vers l’OTAN est irréversible ».

Interrogé par un journaliste sur le fait que le programme électoral de son parti ne contient aucun engagement en ce sens, Friedrich Merz a expliqué, mardi 17 décembre, que la promesse faite à l’Ukraine est « qu’elle deviendrait un membre de l’OTAN dans le futur », ajoutant qu’« un pays en guerre ne peut pas devenir membre » l’Alliance.

Il s’agit là d’un exemple du discours trouble des chrétiens-démocrates sur la question ukrainienne, un phénomène de plus en plus fréquent depuis le début de la campagne électorale, alors que la question d’un soutien militaire plus assertif à l’Ukraine fait débat en Allemagne.

Friedrich Merz s’est longtemps présenté comme un fervent soutien de Kiev, versant même dans le bellicisme, en opposition à la politique plus prudente de l’actuel chancelier Olaf Scholz (Parti social-démocrate, SPD), notamment en ce qui concerne la fourniture à l’Ukraine de missiles allemands à longue portée Taurus.

Malgré les demandes ukrainiennes, le chancelier refuse de livrer ces missiles d’une portée de 500 kilomètres, arguant que Berlin pourrait se retrouver impliquée dans la guerre s’ils étaient utilisés pour viser des cibles en territoire russe.

Jusqu’à récemment, Friedrich Merz faisait  pression pour que l’Allemagne fournisse ces missiles à Kiev, affirmant en octobre qu’Olaf Scholz devrait donner son feu vert aux livraisons si la Russie ne cessait pas ses attaques contre les infrastructures civiles ukrainiennes « dans les 24 heures ». Friedrich Merz est toutefois revenu sur ses propos concernant les missiles Taurus.

Au sujet de l’implication d’éventuelles troupes allemandes pour garantir une paix future en Ukraine, le chrétien-démocrate s’aligne désormais sur Olaf Scholz, soulignant que toute discussion à ce sujet est prématurée.

L’aide à l’Ukraine face à la lassitude

« Le fait que Friedrich Merz, qui s’est toujours exprimé clairement en faveur de l’Ukraine, soit maintenant intimidé et fasse marche arrière pendant la campagne électorale m’irrite beaucoup », a confié Marie-Agnes Strack-Zimmermann, présidente de la commission de la Sécurité et de la Défense (SEDE) du Parlement européen, à Euractiv.

Avant de prendre ses fonctions à Bruxelles cette année, Marie-Agnes Strack-Zimmermann était députée du Parti libéral-démocrate (FDP) au Bundestag. Elle était également très critique vis-à-vis de la politique ukrainienne adoptée par Olaf Scholz et son gouvernement (SPD, FDP, Verts).

Au départ, la pression publique exercée par Marie-Agnes Strack-Zimmermann, Friedrich Merz et d’autres, avait contraint Olaf Scholz à aller plus loin dans son soutien à l’Ukraine. Depuis l’envoi de 5 000 casques au pays en guerre en février 2022 — que le maire de Kiev avait qualifié de « plaisanterie » — l’Allemagne a considérablement augmenté son aide et est même devenue le deuxième plus grand soutien militaire de l’Ukraine.

Cependant, désormais, ceux qui critiquaient la prudence du chancelier craignent de plus en plus que l’escalade continue du soutien militaire n’entraîne l’Allemagne et l’OTAN dans la guerre.

En octobre, le Baromètre Pologne-Allemagne a révélé que le pourcentage de répondants allemands favorables au soutien militaire à l’Ukraine était passé de 58 % à 49 % depuis mars 2022. Dans un sondage Forsa réalisé ce mois-ci, davantage de personnes ont soutenu l’approche prudente d’Olaf Scholz (32 %) que celle, plus belliqueuse, de Friedrich Merz (31 %).

Pour Karl-Heinz Kamp, chercheur au German Council on Foreign Relations (DGAP), ce changement de l’opinion publique serait dû à la « lassitude normale face à la guerre ».

Pris entre deux feux

Dans les anciens Länder de l’Allemagne de l’Est, le malaise face à une politique de sécurité agressive est particulièrement prononcé. Lors des élections régionales de cet automne, un parti opposé aux livraisons d’armes et aux sanctions a été porté au pouvoir : l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), parti populiste de gauche issu de la scission de Die Linke.

La BSW fait partie de deux coalitions gouvernementales régionales. L’une d’entre elles, en Thuringe, comprend également la CDU. Contrairement à la coutume en matière de politique régionale, l’accord de coalition inclut des positions en matière de politique étrangère, telles que l’engagement à privilégier la diplomatie plutôt que les moyens militaires pour l’Ukraine.

Cela a contrarié les plus fervents détracteurs de la Russie au sein de la CDU. Michael Gahler, député européen et coordinateur des Affaires étrangères du groupe de centre droit du Parti populaire européen (PPE), a qualifié la coalition de « première coalition chrétienne-sociale-bolchévique ». Il a également exhorté Friedrich Merz à s’en tenir à sa position antérieure sur la question ukrainienne.

Face à de telles divisions, Friedrich Merz se trouve dans une position délicate et a beaucoup à perdre en clarifiant la politique qu’il mènera vis-à-vis de Kiev et Moscou pendant son éventuel mandat de chancelier.

Une simple stratégie de campagne ?

Malgré sa rhétorique plus prudente qu’auparavant, il est à noter que Friedrich Merz n’est pas explicitement revenu sur ses promesses antérieures.

Karl-Heinz Kamp, du DGAP, a expliqué à Euractiv qu’il analysait cette nouvelle posture comme une stratégie de campagne, ajoutant qu’il s’attend à « une politique différente de la part de Friedrich Merz en tant que chancelier ».

Mais, selon lui, cela dépendra également du futur partenaire de coalition du président de la CDU/CSU au parlement allemand — potentiellement le SPD d’Olaf Scholz.

« Un chancelier allemand jouera toujours un rôle plus modéré en Europe que les dirigeants d’Europe de l’Est […] parce que ces derniers sont plus proches de la Russie », avance-t-il.

De plus, la BSW est prête à utiliser sa récente montée en puissance pour façonner le débat, indique à Euractiv Fabio De Masi, tête de liste de la BSW aux élections européennes de juin. Selon lui, les gouvernements CDU-SPD-BSW pourraient s’exprimer dans des institutions telles que la chambre haute du parlement allemand et sur tout engagement international contraignant.

Avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) d’extrême droite, qui s’oppose aux livraisons d’armes, la BSW pourrait également gagner suffisamment de sièges au parlement en février pour bloquer le financement qui exige que le gouvernement contourne la limite constitutionnelle d’emprunt (le frein à l’endettement).

Pour Marie-Agnes Strack-Zimmermann, le débat actuel « montre à quel point le soutien à l’Ukraine est fragile, même dans certaines franges de la CDU/CSU ». Ses collègues européens sont déjà « très inquiets » de la « faiblesse du gouvernement allemand dans cette affaire », confie-t-elle.

« Si nous voulons garantir la sécurité de notre continent, il ne s’agit pas de dire “le temps qu’il faudra”, mais “autant qu’il le faudra” », a-t-elle plaidé auprès de Friedrich Merz.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]