Après le rejet de la résolution sur le tabac, les eurodéputés se renvoient la faute
Depuis le rejet de la résolution sur les environnements sans fumée ni aérosols le 28 novembre, les eurodéputés se renvoient la balle. Si les socialistes accusent les partis conservateurs et d’extrême droite de retarder les efforts de lutte contre le tabagisme, le PPE de centre-droit accuse les partis de gauche.
Depuis le rejet de la résolution sur les environnements sans fumée, les eurodéputés se renvoient la balle. Si les Socialistes et Démocrates (S&D) accusent les partis conservateurs et d’extrême droite de saboter la lutte contre le tabagisme, le Parti populaire européen (PPE) pointe quant à lui du doigt le responsabilité des partis de gauche.
La résolution — non contraignante — sur les environnements sans fumée et sans aérosols avait pour ambition d’inciter les États membres à étendre les interdictions de fumer en public aux « produits nouveaux et émergents », tels que les « cigarettes électroniques, [les] produits à base de tabac chauffé et d’autres produits émettant des aérosols ».
Le texte proposait notamment d’étendre les interdictions de fumer et de vapoter aux terrasses des restaurants et cafés, aux lieux de travail, aux abords des établissements de santé, d’enseignement, et aux transports publics, y compris aux arrêts de bus et de tramway.
Or, le 28 novembre, les eurodéputés ont rejeté (378 voix contre, 152 pour, 26 abstentions) cette résolution, qui avait été édulcorée par plusieurs amendements.
Initialement, le S&D, La Gauche (GUE/NGL), les Verts/ALE, le groupe libéral Renew Europe et le PPE s’étaient mis d’accord sur une résolution équilibrée pour lutter contre le tabagisme et le tabagisme passif.
Mais le PPE aurait finalement décidé de « s’allier à la dernière minute avec une partie de l’extrême droite », dénonce l’eurodéputé français Christophe Clergeau (S&D) dans un communiqué de presse.
D’après l’élu socialiste, le PPE aurait obtenu le soutien des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) d’extrême droite pour ses amendements, en échange du soutien des propositions des CRE — plus favorables à l’industrie du tabac.
« Entre la santé publique et les intérêts de l’industrie du Tabac, le PPE et CRE ont donc fait leur choix, et nous avons fait le nôtre », soutient Christophe Clergeau.
Les amendements adoptés ont « dénaturé» le texte original, obligeant les groupes de gauche et centristes à finalement s’opposer à la résolution, déplore l’eurodéputé français. « Le PPE s’agenouille encore devant l’extrême droite et les lobbys, cette fois du tabac. »
Un texte « perfectible »
Mais côté PPE, on rejette l’échec de la résolution sur les groupes de gauche.
« Sur ce sujet, comme sur d’autres, c’est la gauche qui prend en otage les citoyens et entreprises européennes, en se bornant dans des positions kamikazes loin des réalités scientifiques et économiques », explique l’eurodéputé français Laurent Castillo (PPE).
D’après l’élu de droite, son groupe a proposé des amendements car le texte était encore « perfectible ».
Le PPE a notamment demandé une étude d’impact pour évaluer les risques des nouveaux produits du tabac, tout en estimant que « les cigarettes électroniques pourraient permettre à certains fumeurs d’arrêter progressivement de fumer ».
Le PPE — en particulier sous la pression allemande — a également cherché à exclure les terrasses de cafés et de restaurants des zones non-fumeurs, un point auquel le S&D s’est vivement opposé.
De son côté, le groupe CRE nie être sous l’influence de l’industrie du tabac. « Il n’y a pas eu de consensus sur la résolution commune. Il s’agit tout simplement d’une ligne de fracture entre les groupes politiques », soutient l’eurodéputée française Laurence Trochu (CRE).
« D’un côté, les partis de gauche en faveur de l’interdiction et de la punition. De l’autre, les partis de droite, comme le PPE et les CRE, en faveur de la responsabilité individuelle », explique-t-elle à Euractiv.
La Commission européenne devrait présenter deux directives actualisées sur le tabac au cours de son nouveau mandat.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]