Après l’élection de Donald Trump, l’Europe tente de s’organiser à Budapest

À l’occasion du cinquième sommet de la Communauté politique européenne, les représentants de 42 États, d’institutions européennes et d’organisations internationales étaient réunis à Budapest jeudi 7 novembre, alors que Viktor Orbán tente de capitaliser sur la victoire de Donald Trump aux États-Unis.

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European Political Community (EPC) Summit in Hungary
La France, l'Allemagne, l'Italie, la Pologne et même le Royaume-Uni poussent ainsi pour la constitution d'un front uni susceptible de défendre au mieux les intérêts européens. Leur argument principal : le soutien à l'Ukraine doit se poursuivre. [Szilard Koszticsak/EPA-EFE]

À l’occasion du cinquième sommet de la Communauté politique européenne (CPE), les représentants de 42 États, d’institutions européennes et d’organisations internationales étaient réunis à Budapest jeudi 7 novembre, alors que le Premier ministre Viktor Orbán tente de capitaliser sur la victoire de Donald Trump aux États-Unis.

Vingt-quatre heures après le triomphe de Donald Trump à la présidentielle américaine du 5 novembre, les dirigeants européens réunis à Budapest ont tenté de s’organiser pour défendre les intérêts du continent et faire entendre la voix de l’Union européenne (UE).

« [Donald Trump] a été élu par le peuple américain et il va défendre l’intérêt des Américains. Et c’est légitime et c’est une bonne chose », a déclaré le président Emmanuel Macron, fondateur de la CPE, dans ses propos liminaires jeudi, expliquant aussi qu’il était nécessaire que l’UE renforce de toute urgence son autonomie.

« Est-ce que nous, nous sommes prêts à défendre l’intérêt des Européens ? […] Je pense que c’est notre priorité [qui] ne doit être ni dans un transatlantisme qui serait naïf, ni dans la remise en cause de nos alliances, ni non plus dans un nationalisme étriqué », a martelé le président.

Alors que les capitales européennes redoutent que les États-Unis se détournent de l’Europe, que Washington lance une guerre commerciale contre Bruxelles et coupe ses crédits en direction de l’Ukraine, les chefs d’États de l’UE ont pour l’heure adopté une position prudente, appelant tous ou presque à une coopération renforcée avec États-Unis.

Autopromotion hongroise

Mais pour combien de temps ?

« Certains ici ont plaidé pour que l’Ukraine fasse des “concessions” à [Vladimir] Poutine. C’est inacceptable pour l’Ukraine et suicidaire pour l’Europe », a de son côté fustigé le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui faisait lui aussi le déplacement en Hongrie.

La rencontre se tenait cependant sous le patronage de Viktor Orbán, qui a toujours clamé son admiration et son amitié pour le nouveau président américain et qui espère tirer des avantages politiques du retour du candidat républicain à la Maison-Blanche.

Le Premier ministre hongrois n’a d’ailleurs pas manqué de célébrer la victoire de Donald Trump avant même l’officialisation des résultats, considérant cette dernière comme « le plus grand retour dans l’histoire politique des États-Unis », et se vantant d’avoir avec le nouveau président « de grands projets pour l’avenir ».

« [Viktor] Orbán a ces neuf dernières années investi dans sa relation avec Donald Trump, [même] après sa défaite face à Joe Biden en 2021 », confirme pour Euractiv l’analyste politique hongrois Botond Feledy.

Mais quelle sera à l’avenir la réalité de l’influence politique du Premier ministre hongrois ? « Viktor Orbán s’est décrédibilisé avec son voyage à Moscou [en juillet dernier]. Je ne crois pas qu’il aura beaucoup d’influence sur les relations entre les États-Unis et l’UE, même si ça peut être gratifiant pour lui », veut croire Sébastien Maillard, conseiller spécial de l’Institut Jacques Delors.

L’autopromotion du dirigeant hongrois « peut fonctionner tant que la Hongrie occupe la présidence du Conseil de l’UE » jusqu’au 31 décembre 2024, mais cela est temporaire, continue ce dernier.

En parallèle, les principales capitales européennes tentent de s’affranchir de la Hongrie pour dessiner une coalition afin de faire face à la redéfinition des relations transatlantiques.

La France, l’Allemagne, l’Italie, la Pologne et même le Royaume-Uni poussent ainsi pour la constitution d’un front uni susceptible de défendre au mieux les intérêts européens. Leur argument principal : le soutien à l’Ukraine doit se poursuivre.

« Cette intégration différenciée pour être tout à fait constructive », souligne pour Euractiv Jeanette Süß, chercheuse à l’Institut français des relations internationales (IFRI), qui voit là une manière de compenser les divisions qui pourraient autrement apparaître au sein de l’Union.

Paris, Rome, Varsovie et Londres — à l’exception de l’Allemagne, dont le chancelier Olaf Scholz était retenu pour cause de crise parlementaire — ont même tenu une réunion informelle en marge de la CPE jeudi, en compagnie du président du Conseil européen Charles Michel et de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Faire front ensemble

Reste que les participants de ce groupe informel ont des objectifs différents et certains de leurs représentants ont été fragilisés ces derniers mois, comme le président Emmanuel Macron, même si ce dernier peut se targuer de bien connaître Donald Trump et d’être à la tête, bon an mal an, d’une des économies les plus puissantes de l’UE.

« Donald Trump peut avoir plus d’un interlocuteur, tant que tous font passer le même message », continue Sébastien Maillard.

En Allemagne, le chancelier Olaf Scholz doit faire face à l’implosion de sa coalition gouvernementale — mais sait pertinemment qu’il pourrait être l’une des principales victimes de la guerre commerciale que Donald Trump promet de lancer contre l’Europe.

De son côté, le Premier ministre polonais Donald Tusk peut regarder dans les yeux le président américain, alors que le montant du budget de Varsovie en matière de défense a dépassé 4 % du PIB polonais, bien au-delà des exigences de l’OTAN.

En Italie, la Première ministre Giorgia Meloni est idéologiquement alignée sur le nouveau président américain, mais elle pourrait avoir trop à perdre en emboîtant le pas de Viktor Orbán, et risquerait de se rendre infréquentable à Bruxelles.

Enfin, la participation du Royaume-Uni à ce groupe informel — et alors que Londres a signé des accords de défense bilatéraux avec certains pays de l’Union — marque son retour à la table des grandes puissances européennes, alors que le Premier ministre travailliste Keir Starmer a promis une « réinitialisation » des relations entre l’UE et le Royaume-Uni.

« Ce partage des rôles entre certains des États européens les plus influents et les plus exposés, ainsi qu’une Commission européenne forte, pourrait bien être un moyen efficace de peser sur le rapport de force avec les États-Unis », conclut Sébastien Maillard.

[Édité par Laurent Geslin & Anne-Sophie Gayet]