Après SeaFrance, les ferries français de nouveau menacés

Née sur les cendres de Sea France, la compagnie My Ferry Link (groupe Eurotunnel) est sommée d’arrêter son activité, à la suite d’une décision de l’autorité britannique de la concurrence. 550 emplois sont concernés, mais le litige est de trop faible ampleur pour que Bruxelles s’en saisisse.

EURACTIV.fr

Née sur les cendres de Sea France, la compagnie My Ferry Link (groupe Eurotunnel) est sommée d’arrêter son activité, à la suite d’une décision de l’autorité britannique de la concurrence. 550 emplois sont concernés, mais le litige est de trop faible ampleur pour que Bruxelles s’en saisisse.

Le terrain était tout trouvé pour s’engager dans un touché-coulé sans merci. En débarquant dans la Manche pour assurer la liaison entre Calais et Douvres en lieu et place de la défunte compagnie Sea France, My Ferry Link s’est attiré des ennemis.

A la suite de plaintes deposées par des entreprises rivales, la Commission britannique de la concurrence a sondé dans le détail les conditions du rachat des bateaux de Sea France par Eurotunnel et le poids commercial grandissant du groupe dans les liaisons transmanche.

Rendu public le 6 juin, le verdict est sans appel : Eurotunnel doit stopper sa desserte en ferry pendant deux ans et cesser d’utiliser deux bateaux spécifiques (le Berlioz et le Rodin, autrefois convoités par DFDS) pendant 10 ans. « La décision est tellement radicale qu’elle en devient grotesque », réagit Jean-Michel Giguet, directeur de My Ferry Link, une Scop qui fait vivre 550 salariés.

Raisonnement contrefactuel

Dans son analyse, l’instance britannique développe des scénarios particuliers fondés sur le raisonnement « contrefactuel ». Elle imagine ainsi ce qui ce serait produit si l’acquisition du matériel de Sea France par Eurotunnel n’avait pas eu lieu. Elle conclut que DFDS aurait remporté la mise, que ce soit par une vente aux enchères ou un appel d’offre, et que le service rendu (fret et passagers) s’avèrerait plus avantageux pour le consommateur. « Comment est-ce que l’arrivée d’une compagnie supplémentaire peut réduire la concurrence ? » s’étonne-t-on chez Eurotunnel.

« Tout au long de notre enquête, DFDS a constamment argué qu’il renoncerait à la liaison Dover-Calais si la concurrence avec My Ferry Link se poursuivait », indique le rapport, toujours dans une logique prospective. Ce retrait futur de DFDS est « crédible », veulent croire les auteurs, car l’offre de dessertes Calais-Douvres dépasserait de loin la demande.

La France dit le contraire

En l’espace de quelques mois, la Scop a bien remonté la pente. En avril 2013, ses parts représentaient 9% pour le fret et 5% pour les passagers, contre 9% et 6% pour DFDS sur la liaison Calais-Douvres. Les doutes du concurrent s’accroissent donc à mesure que progresse l’activité de l’armateur français. Déjà, les gendarmes britanniques de la concurrence anticipent un scenario où Eurotunnel, de mieux en mieux implanté, commencerait à augmenter ses prix pour son activité de transport de camions et voitures sous la Manche.

Fermement contesté par Eurotunnel qui compte faire appel, le raisonnement des Britanniques est également en porte-à-faux avec l’Autorité française de la concurrence, qui avait donné son feu vert au rachat des bateaux par Eurotunnel. En novembre dernier, celle-ci avait écarté le risque « d’augmentation des prix des services de transport ferroviaire d’Eurotunnel », considérant que « la clientèle pourrait également se reporter vers les opérateurs de ferry concurrents, P&O et DFDS/LD Lines, qui disposent de capacités excédentaires permettant d’accueillir une telle demande ».

Les autorités françaises avaient par ailleurs donné leur feu vert au rachat des bateaux par Eurotunnel, à condition que le groupe n’octroie pas de remises spéciales aux clients qui utiliseraient à la fois ses services ferroviaires et maritimes.

Relais politique

Alors qu’elle avait été l’arbitre du jeu sur Sea France en rejetant les modalités du plan de sauvetage public, la Commission européenne n’interviendra pas dans le dossier de My Ferry Link. « La reprise des navires de SeaFrance par Eurotunnel s’est faite dans le cadre de la procédure de liquidation suite à un appel d’offres ouvert et transparent. La Commission n’a pas d’éléments indiquant une aide dans le processus de vente », indique-t-on à Bruxelles.

Pas plus qu’elle ne pourra être sollicitée pour trancher un éventuel abus de position dominante d’Eurotunnel, car elle se concentre sur les affaires impliquant des chiffres d’affaires très importants ou faisant intervenir 3 Etats minimum.

A l’échelle nationale, My Ferry Link bénéficie d’un relais politique certain auprès du ministre des Transports.  Dans un communiqué, Frédéric Cuvillier promet de « se rapprocher des autorités britanniques pour examiner les possibilités d’une procédure commune d’arbitrage entre les deux autorités de la concurrence ».

Liaisons transmanche assurées par les différents transporteurs

Carte transports