Armes nucléaires : Paris et Londres vont annoncer un renforcement de la coordination franco-britannique
Les deux puissances nucléaires membres de l’OTAN devraient signer une déclaration sur le renforcement de leur coordination bilatérale en matière d’armes nucléaires.
Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer doivent annoncer, ce jeudi 10 juillet, un renforcement de la coopération entre Paris et Londres en matière d’armement nucléaire, à l’occasion de la visite d’État du président français au Royaume-Uni. C’est ce qu’ont indiqué des sources de l’Élysée.
Cette initiative vise à resserrer les liens entre les deux principales puissances nucléaires européennes membres de l’OTAN, sur fond de doutes persistants quant à l’engagement futur des États-Unis dans la défense du Vieux Continent.
Les deux dirigeants signeront une déclaration sur la coordination des forces nucléaires françaises et britanniques dans le cadre de cette annonce, a confirmé une source à l’Élysée à Euractiv. Les deux dirigeants doivent tenir une conférence de presse au Royaume-Uni en ce début de soirée.
Le renforcement des liens nucléaires avec le Royaume-Uni marquerait un début d’évolution vers une défense nucléaire européenne indépendante des États-Unis. La France a longtemps défendu l’indépendance de son programme d’armement nucléaire et, contrairement au Royaume-Uni, a résisté à l’intégration dans les structures de l’OTAN.
Les « forces nucléaires françaises et britanniques, qui sont indépendantes, peuvent néanmoins être coordonnées », a affirmé une source de l’Élysée.
Cette source a également indiqué que la France et le Royaume-Uni allaient mettre en place un groupe conjoint de supervision nucléaire, une étape importante dans le renforcement de la coopération entre les deux pays sur une question aussi cruciale pour la sécurité européenne, sans l’implication des États-Unis, puissance dominante de l’OTAN.
L’objectif de ce groupe sera de « coordonner la coopération entre les deux pays en matière de politique, de capacités et d’opérations ». Il sera coprésidé par l’Élysée et le Cabinet Office britannique.
Les forces nucléaires britanniques font partie du Groupe de planification nucléaire de l’OTAN, qui comprend également les États-Unis. Le mois dernier, le Londres a annoncé son intention d’acheter des variantes du chasseur américain F-35 capable de transporter des armes nucléaires britanniques et américaines.
Les Français ont longtemps refusé de participer à la coordination nucléaire de l’OTAN, dans le but d’agir de manière plus indépendante vis-à-vis de Washington.
Certains alliés européens se sont tournés vers Paris ces derniers mois pour entamer des discussions sur l’extension du parapluie nucléaire français, craignant que Donald Trump ne réduise les forces américaines sur le continent et ne fasse de Washington un allié peu fiable.
La Pologne a approché Paris, et l’Allemagne a également pris contact avec la France et le Royaume-Uni au sujet du partage des armes nucléaires. Paris a toujours maintenu une ambiguïté quant à la question de savoir si la doctrine nucléaire française protégerait ses alliés européens.
Bien que les chiffres exacts soient confidentiels, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) estime que la France dispose d’un arsenal nucléaire d’environ 290 ogives, dont 280 sont déployées et prêtes à l’emploi. L’institut estime l’arsenal britannique à 225 ogives, dont 120 sont déployées.
Ces chiffres sont toutefois insignifiants par rapport à ceux de la Russie, qui disposerait de 5 889 ogives, et des États-Unis, qui en compteraient 5 224. Mais plusieurs experts stratégiques considèrent que les forces nucléaires françaises et britanniques constituent un moyen de dissuasion national suffisant.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]