Asile : plus de la moitié des Belges soutiendraient les mesures fermes du gouvernement

Selon un sondage, 56 % des Belges soutiendraient la mesure prise de la secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Nicole de Moor de suspendre l’accueil des demandeurs d’asile des hommes seuls, au profit des familles avec enfant.

Euractiv.com
EU Parliament Public hearing on investigating war crimes in Ukraine
La secrétaire d’État belge à l’Asile et à la Migration, Nicole de Moor, a répondu à la menace du gouvernement hongrois d’envoyer des bus remplis d’immigrants illégaux à Bruxelles, en déclarant que cela « sapait la solidarité et la coopération au sein de l’Union [européenne] ». [EPA-EFE/OLIVIER MATTHYS]

Selon un sondage, 56 % des Belges soutiendraient la mesure prise de la secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Nicole de Moor (CD&V, Parti populaire européen) de suspendre l’accueil des demandeurs d’asile des hommes seuls, au profit des familles avec enfant.

Fin août, Mme de Moor a annoncé que l’accueil des hommes seuls serait « temporairement suspendu » au sein du réseau d’hébergement de l’Agence fédérale pour l’accueil des demandeurs d’asile (Fedasil). Ces hommes pourraient déposer des demandes d’asile, mais ne pourraient pas compter sur un lieu d’accueil.

Pour loger les demandeurs d’asile de sexe masculin célibataires — qui sont actuellement environ 2 000 —, la secrétaire d’État compte sur les initiatives locales d’accueil.

Elle justifie cette décision par le manque de places d’accueil et le nombre croissant de demandeurs d’asile, et explique que les places seront désormais réservées — surtout à l’approche de l’hiver — aux familles avec enfants.

Cette mesure a été vivement critiquée par les associations œuvrant sur le terrain ainsi que par la gauche et les verts. Elle a également été suspendue par le Conseil d’État belge, qui l’a jugée illégale et a déclaré qu’elle violait le droit d’accueil des demandeurs d’asile.

Pourtant, selon un sondage du Baromètre Le Soir-RTL-Het Laatste Nieuws-VTM-Ipsos, à la question « la secrétaire d’État à l’Asile et la Migration a décidé de ne plus accueillir les hommes seuls demandeurs d’asile afin de réserver toutes les places disponibles aux familles avec enfants », 56 % des Belges sondés répondent qu’il s’agit d’une bonne décision (52 % à Bruxelles et en Wallonie, 58 % en Flandre).

23 % des répondants disent ne pas être d’accord avec cette mesure et 21 % d’entre eux déclarent ne pas avoir d’avis sur la question.

En outre, à la question « faut-il durcir les règles pour les demandeurs d’asile ? », plus de 71 % des sondés répondent par la positive (78 % en Flandre, 62 % en Wallonie et 59 % à Bruxelles).

Il ressort du sondage qu’il y a une propension plus forte à davantage de fermeté en Flandre, où, selon un autre sondage réalisé par Het Laatste Nieuws/VTM, plus d’un Flamand sur deux estime que les partis de droite Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA, Conservateurs et Réformistes européens) et Vlaams Belang (Identité et Démocratie) devraient s’unir pour diriger le nord du pays si le résultat des prochaines élections le permettait.

Travail des demandeurs d’asile

Les sondés du baromètre ont également été interrogés sur la régularisation des demandeurs d’asile exerçant des métiers en pénurie. 49 % des Belges pensent que les sans-papiers qui exercent un emploi dans un secteur en pénurie doivent être régularisés (63 % des Bruxellois, 56 % des Wallons et 43 % Flamands).

Cette régularisation, qui avait été proposée par le ministre-président de Wallonie, Elio Di Rupo fin août, avait été balayée par Mme de Moor, qui préférait « mettre à l’emploi les gens qui séjournent ici légalement ».

Mme de Moor a également annoncé dans un communiqué fin de la semaine dernière qu’elle comptait faire contribuer financièrement les demandeurs d’asile qui séjournent dans les centres d’accueil et qui travaillent.

« Il est tout à fait juste que les demandeurs d’asile qui disposent d’un revenu propre participent aux frais de leur accueil », a déclaré la secrétaire d’État. Avec cette contribution « raisonnable », Bruxelles souhaite « encourager les demandeurs d’asile à travailler ».

« Je m’engage fermement depuis un certain temps à activer les demandeurs d’asile », a souligné Mme de Moor.

En outre, cela permettra d’identifier les demandeurs d’asile qui ont un emploi à long terme et des revenus suffisants pour ne pas dépendre d’un centre d’accueil. Ces derniers seront donc encouragés à quitter le réseau d’accueil et à trouver leur propre logement.

La crise migratoire en Belgique

En Belgique, le nombre de migrants a fortement augmenté. En 2022, près de 37 000 demandes d’asile avaient été enregistrées, soit une augmentation de 40 % par rapport à 2021.

Pour atténuer la crise, en mars, la Belgique a présenté un nouvel accord sur la migration, qui prévoyait notamment la création de 2 000 places d’accueil supplémentaires. Le cabinet du Premier ministre belge, Alexander de Croo, a annoncé vendredi dernier la création d’une task force chargée de trouver ces places d’accueil pour faire face à l’afflux de demandeurs d’asile attendu cet hiver.

Le pays avait également doublé le nombre de retours forcés pour libérer des places dans les centres d’accueil.

Toutefois, pour résoudre la crise de l’accueil en Belgique sur le long terme, la secrétaire d’État a indiqué à plusieurs reprises qu’elle comptait sur le pacte européen sur la migration et l’asile.

Mme de Moor soutient également une approche impliquant une coopération qui porte sur la migration, mais aussi sur d’autres aspects afin d’améliorer les conditions de vie des personnes dans les pays d’origine des migrants, notamment par le biais de l’éducation ou de l’emploi, afin d’éviter qu’elles aient à fuir.

La Belgique a été condamnée à plusieurs reprises pour sa gestion de la crise de l’asile. Au total, plus de 1 100 condamnations ont été prononcées à l’encontre de l’État fédéral pour son incapacité à assurer l’accueil des demandeurs d’asile. Fedasil a été condamné plus de 4 500 fois pour des faits similaires.