Avant les législatives, syndicats et patrons veulent se faire entendre

Quelques jours avant les législatives des 30 juin et 7 juillet, le monde syndical est divisé quant à la stratégie à adopter face à la montée du Rassemblement national (RN), alors que les grands patrons français demandent des clarifications programmatiques.

Euractiv France
Feminists demonstrate against far right in Paris
Si la CGT soutient ouvertement le NFP, elle ne donne toutefois aucune consigne de vote à ses adhérents salariés, « assez grands pour penser par eux-mêmes.» [EPA-EFE/Teresa Suarez]

Quelques jours avant les législatives des 30 juin et 7 juillet, le monde syndical est divisé quant à la stratégie à adopter face à la montée du Rassemblement national (RN), alors que les grands patrons français demandent des clarifications programmatiques.

Pour la Confédération générale du travail (CGT), qui revendiquait 640 000 adhérents en 2022, l’affaire est entendue. Le syndicat doit mobiliser toutes ses forces pour empêcher le RN d’arriver au pouvoir.

« L’urgence, c’est d’empêcher un scénario catastrophe (…) On est dans un contexte inédit, notre République et notre démocratie sont en danger ; dans ce type de moment, la CGT prend toujours ses responsabilités », a expliqué Sophie Binet, la secrétaire nationale du mouvement sur le plateau de BFM TV.

La centrale avait clarifié ce positionnement inédit, mardi 18 juin, lors d’un vote des responsables de fédérations et des unions départementales, qui avait appelé à soutenir les candidats du Nouveau Front populaire (NFP).

Accusant le RN d’être « le parti du mensonge », Sophie Binet a confirmé que le projet porté par la gauche et l’extrême-gauche était celui qui « répond le mieux aux aspirations du monde du travail et permet le plus d’avoir des mobilisations gagnantes ».

Si la CGT soutient ouvertement le NFP, elle ne donne toutefois aucune consigne de vote à ses adhérents salariés, « assez grands pour penser par eux-mêmes.»

L’opposition du RN est aussi partagée par la Confédération française démocratique du travail (CFDT), l’Union nationale des syndicats autonomes (Unsa), l’Union syndicale Solidaires et la Fédération syndicale unitaire (FSU), qui avaient manifesté le 15 juin dernier avec la CGT et les partis de gauche dans toute la France, rassemblant 250 000 personnes dans les rues de l’Hexagone.

Certaines centrales adoptent au contraire un discours beaucoup plus nuancé.

La CFTC, habituellement peu loquace sur la politique et les sujets de société, avait appelé à faire barrage à l’extrême droite aux présidentielles de 2017 et 2022, mais la situation est un peu plus complexe cette année.

« L’aspect idéologique et philosophique d’un sujet concerne les consciences de chacun et ne fait pas partie des mandats que les salariés confient à la CFTC », indique une source au sein du syndicat à Euractiv.

Pas de consigne de vote donc, mais un un édito publié le 11 juin par le président de l’organisation Cyril Chabanier, faisant référence à l’ADN réformiste, humaniste et pro-européen du syndicat.

« L’impact des consignes de vote est fantasmé : les salariés n’adhèrent pas toujours au corpus idéologique d’un syndicat », rappelle cette même source, alors que 16% des adhérents de la CFTC ont voté pour le RN aux élections européennes, soit deux fois moins qu’au niveau national, selon des données internes. Le syndicat pourrait préciser sa position à l’occasion de son conseil confédéral, le 26 juin prochain.

Du côté de Force Ouvrière (FO), on «  n’entend pas s’immiscer dans le débat politique, qui appartient aux citoyens », comme le rappelait la Commission exécutive du mouvement, réunie le 13 juin à Valence. « Cependant nous considérons, d’ores et déjà, que la dissolution ne fera pas taire le mécontentement des salariés et la nécessité pour les plus démunis de se faire entendre. »

Dans un communiqué, le syndicat ne fait mention d’aucun parti « conformément à la tradition de l’indépendance intersyndicale. »

Les organisations patronales demandent des clarifications

Les organisations patronales françaises scrutent elles aussi avec beaucoup d’attention les prochaines échéances électorales, et leurs conséquences sur le monde du travail.

Les représentants des partis politiques en lice pour les législatives étaient conviés jeudi 20 juin à Paris, par le Mouvement des entreprises de France (Medef), la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), l’Union des entreprises de proximité (U2P) et le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI).

« Nous ne sommes pas là pour distribuer des bons points et des mauvais points, c’est au politique d’emporter notre confiance », a souligné le président du Medef, Patrick Martin avant les auditions des responsables politiques.

Dans une interview accordée au Figaro, ce dernier avait aussi précisé que le Medef, dans le contexte actuel, s’attachait à pointer les contradictions des projets du NFP et du RN.

« Certaines mesures économiques nous inquiètent beaucoup, au moment où la situation des finances publiques est très tendue, où la concurrence internationale est forte et la conjoncture molle. C’est le pire moment pour se lancer dans des aventures périlleuses : le pays est déjà suffisamment fragile », a-t-il déclaré.

Des déclarations que n’a pas apprécié le président du RN Jordan Bardella, qui a souligné, avant son intervention du 20 juin, que « cela [faisait] toujours plaisir de se réveiller le matin en étant qualifié de danger par la personne qui vous invite une heure après pour dialoguer. »

Dans les colonnes du Figaro, Patrick Martin avait pourtant indiqué : « Je le redis, le programme du RN est dangereux pour l’économie française, la croissance et l’emploi, celui du Nouveau Front Populaire l’est tout autant, voire plus.»

[Édité par Laurent Geslin]