Barnier serein sur sa cohabitation avec Paris

Comme il l’avait fait entre 1999 et 2002, le commissaire européen français va devoir composer avec un gouvernement socialiste. Sur le fond, ce "gaulliste social" partage bon nombre des positions du nouveau pouvoir.

EURACTIV.fr
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Comme il l’avait fait entre 1999 et 2002, le commissaire européen français va devoir composer avec un gouvernement socialiste. Sur le fond, ce « gaulliste social » partage bon nombre des positions du nouveau pouvoir.

Officiellement indépendant, les commissaires représentent toutefois leur sensibilité nationale à Bruxelles. Mais les textes européens sont clairs. Une fois nommés, les membres du collège des commissaires ne peuvent être remplacés au gré d’une alternance politique dans leur pays d’origine.

Ainsi, l’ancien député européen (UMP/PPE) Michel Barnier restera à Bruxelles jusqu’en 2014, date du renouvellement des institutions européennes, malgré l’arrivée de François Hollande à l’Elysée. De la même façon, le socialiste hongrois László Andor a conservé son poste à la Commission alors que les conservateurs sont au pouvoir à Budapest depuis 2010.

Héritier de Jacques Delors

Lors de la campagne présidentielle, celui qui fut ministre de Nicolas Sarkozy est resté relativement en retrait, même s’il a envoyé quelques piques au candidat socialiste. Lors d’un rendez-vous avec la presse le 28 février 2012 à Bruxelles, il s’est dit « étonné » que François Hollande voit dans la finance son ennemi alors que « l’ennemi c’est la finance non régulée ». 

Prudent, il a ajouté que, selon lui, François Hollande se situait « dans la lignée de Jacques Delors ». Quand on connaît l’aura qui entoure toujours l’ancien président de la Commission européenne (1985-1995) à Bruxelles, c’est un compliment!

Signe de sa proximité avec le pouvoir précédent, le commissaire faisait partie des personnalités politiques présentes à la salle de la mutualité, le soir du 2ème tour de l’élection présidentielle.

Nouvelles recettes 

En charge du Marché intérieur et des Services, le Français occupe une place stratégique à la Commission européenne, négociée en 2009 par Nicolas Sarkozy : c’est lui qui négocie la réforme de la régulation des marchés financiers.

A droite sur l’échiquier politique français, celui qui se dit « gaulliste social » a acquis à Bruxelles la réputation d’être l’un des commissaires les plus à gauche. Il prône une régulation de la finance et est favorable à la réciprocité dans l’ouverture des marchés publics.

Sur ces sujets, il partage des positions souvent proches de celles des socialistes. Ses relations avec les délégations de droite et de gauche au Parlement sont d’ailleurs très bonnes.

Le 29 mai 2012, le commissaire européen était justement de passage à Paris pour y rencontrer des membres du nouveau gouvernement, dont le ministre du Redressement productif. Les déclarations de l’ancien candidat à la primaire socialiste Arnaud Montebourg sur le protectionnisme européen intriguent à Bruxelles.

Michel Barnier estime important que la France réaffirme son engagement dans une réelle politique industrielle, mais rejette les vieilles idées ou le repli sur soi. 

Réconcilier le oui et le non

Interrogé par EURACTIV.fr sur la collaboration à venir avec le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, Michel Barnier a tenu à rappeler que « jamais » il n’avait eu une gestion « partisane » des dossiers.

Il est également famillier de cette cohabitation entre Paris et Bruxelles. Lors de son premier mandat au sein de l’exécutif bruxellois (1999-2004, politique régionale), il avait travaillé avec le gouvernement de Lionel Jospin. A l’époque, le ministre des Affaires européennes était un certain Pierre Moscovici, aujourd’hui à l’Économie. 

Comme pour enfoncer le clou sur l’absence de hiatus entre sa position et les idées de la nouvelle équipe française, ce partisan du oui au projet de constitution européenne en 2005 a été jusqu’à qualifier de « bonne chose », la nomination de l’ancien chef de file du non socialiste Laurent Fabius à la tête de la diplomatie française. Selon le commissaire, il faut en finir avec cette division. Michel Barnier a aussi précisé avoir écrit à tous les ministres dès leur nomination.

Saut fédéraliste 

Le commissaire français a enfin affirmé être en accord avec les propositions de François Hollande sur la croissance comme la taxe sur les transactions financières, la recapitalisation de la Banque européenne d’investissement, les « projects bonds » et l’utilisation des fonds structurels. Sur les eurobonds, les deux hommes, qui se sont rencontrés à deux reprises lors de la campagne, sont d’accord sur le principe même si les modalités restent à définir.

Lors du Conseil européen du 23 mai, François Hollande est toutefois resté discret sur les conséquences en terme de transferts de souveraineté que pourrait impliquer la mise en place d’eurobonds. Radical, Michel Barnier « souhaite aller plus loin » et estime que le temps d’un « saut fédéraliste » est venu. Un sujet tabou en France lors de la campagne présidentielle, a fortiori à l’UMP.