Beppe Grillo refuse une coalition, l’Italie est dans l’impasse

Beppe Grillo, le dirigeant du Mouvement cinq étoiles contestataire, a exclu hier (27 février) une coalition avec le centre-gauche menée par Pier Luigi Bersani. Cette décision survient quelques jours après que M. Bersani a rejeté la demande de Silvio Berlusconi de former une grande coalition, laissant l’Italie dans une impasse politique.

EURACTIV.fr
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Beppe Grillo, le dirigeant du Mouvement cinq étoiles contestataire, a exclu hier (27 février) une coalition avec le centre-gauche menée par Pier Luigi Bersani. Cette décision survient quelques jours après que M. Bersani a rejeté la demande de Silvio Berlusconi de former une grande coalition, laissant l’Italie dans une impasse politique.

 

Dans une tirade d'insultes publiée sur son blog, Beppe Grillo a qualifié Pier Luigi Bersani « d'homme mort qui parle », une allusion aux options limitées de coalition du Parti démocrate. L'ancien humoriste a également écrit que le chef de file du centre-gauche devrait démissionner, car le Mouvement cinq étoiles (M5S) n'était pas prêt à entrer dans une coalition qui rétablisse la stabilité.

 

Cette déclaration survient quelques jours après des élections troublées (24 et 25 février) qui paralysent le système politique italien étant donné que les blocs semblent incapables de former une coalition stable.

 

L'Italie est dans l'impasse, car les deux chambres parlementaires italiennes sont divisées entre MM. Bersani et Berlusconi. Le Parti démocrate remporte une majorité à la chambre basse alors que le Peuple de la liberté contrôle le sénat.

 

Le Mouvement cinq étoiles arrive en tête des élections avec 25 % des voix, mais est considéré comme l'obstacle principal à la stabilité politique. Ses dirigeants ne veulent pas d’une coalition et ont opté pour une solution où les affaires parlementaires seront décidées au cas par cas.

 

« Le M5S ne votera pas la confiance au Parti démocrate ni à d’autres. Il votera les lois qui reflètent son programme, quel que soit celui qui les propose  », a écrit l'humoriste sur son blog.

 

Le M5S veut éviter d'accorder des votes de confiance en vue d'établir un nouveau gouvernement et compte, au contraire, sur ses multiples alliés au parlement pour adopter de nouvelles lois de façon ponctuelle.

 

La décision de M. Grillo d'ignorer la proposition de coalition de M. Bersani a suscité la controverse, car ses alliés restent divisés à propos de la coopération éventuelle avec le Parti démocrate.

 

« Ce n'est pas simplement Beppe Grillo, mais toute la base du Mouvement cinq étoiles qui semble opposée à l'idée de formation d'une coalition avec le centre-droit et le centre?gauche. Ils souhaitent travailler sur les textes de loi au cas par cas au lieu d'entrer dans des coalitions plus larges », a déclaré Sonia Alfano, une eurodéputée du parti Italie des valeurs, à EURACTIV.

 

« Toute tentative supplémentaire de coalition et de négociations en coulisses agacera simplement davantage le Mouvement cinq étoiles. M. Bersani aurait dû tenter d'offrir une solution plus diplomate et constructive », a-t-elle ajouté.

 

Problèmes économiques

 

Les taux élevés de chômage et de dette publique en Italie auraient constitué un facteur majeur du succès de Beppe Grillo et de son Mouvement cinq étoiles.

 

Selon Demopolis, l'institut national italien de la recherche, 43 % des Italiens ont ressenti une insécurité économique en 2008, contre 63 % en 2012. D’après des estimations semblables, plus de 50 % ont peur de perdre leur emploi et 63 % restent « pessimistes quant au chômage des jeunes ».

 

« Lorsque l'on tient compte de la situation économique désespérée en Italie, il ne faut pas être surpris que le Mouvement cinq étoiles s'en soit si bien sorti dans les élections. C'était plus qu'un vote protestataire », a indiqué Mme Alfano.

 

Beppe Grillo restera-il ?

 

La coalition gouvernementale proposée par M. Bersani cette semaine envisage de supprimer les réformes institutionnelles et gouvernementales, dont certaines ont également été prônées par le Mouvement cinq étoiles au cours de la campagne électorale. Le refus de Beppe Grillo signifie qu’il est improbable que le Mouvement cinq étoiles s’allie au centre-gauche.

 

La proposition de coalition réitérée de Silvio Berlusconi pourrait changer la donne, car le Parti démocrate et le centre-droit seraient en mesure de stabiliser les marchés tout en modifiant éventuellement le système électoral au profit de partis plus grands.

 

M. Bersani doit désormais choisir entre une grande coalition et un gouvernement minoritaire instable afin de faire passer des lois. Nichi Vendola, le chef de file du Parti Gauche, écologie et liberté (SEL), a déclaré qu'il n'existerait pas de coalition bipartite avec Silvio Berlusconi, à la suite d'une réunion avec le Parti démocrate mercredi.

 

Les partis politiques devraient envisager la nécessité d'une « gouvernance responsable », a indiqué M. Berlusconi dans une vidéo publiée sur sa page Facebook. « Dans les prochains jours, nous devons réfléchir à des scénarios politiques et à des propositions pour l'avenir de notre pays. »

 

Sonia Alfano a déclaré à EURACTIV : « J'espère qu'il n'y aura pas de grande coalition. Ce serait la fin de l'Italie et le retour des élections. D'un autre côté, le poids du Mouvement cinq étoiles est important et que cela vous plaise ou non, [le M5S] restera. »

 

« Les négociations en coulisses ne constituent pas la meilleure façon d'avancer », a?t?elle ajouté. « Nous devrions prendre la Sicile comme exemple du succès du mouvement de Beppe Grillo. Le mouvement y a été assez pragmatique et a rejeté une coalition tout en se basant sur une législation au cas par cas, ce qui semble avoir fonctionné. »