Berlin publie sa « stratégie Chine » pour tenter, coûte que coûte, de réduire ses dépendances

Le gouvernement allemand devrait publier jeudi (13 juillet) sa stratégie pour la Chine, attendue depuis longtemps, afin de réorganiser ses relations avec le géant de l’Est, de plus en plus perçu comme un rival et un concurrent.

EURACTIV Allemagne
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« L’Allemagne est particulièrement dépendante des produits primaires et des relations d’approvisionnement avec d’autres pays. Partout où nous avons des dépendances critiques unilatérales, nous devrons trouver des réponses », a souligné M. Lindner. [KAY NIETFELD/EPA-EFE]

Le gouvernement allemand devrait publier jeudi (13 juillet) sa stratégie pour la Chine, attendue depuis longtemps, afin de réviser de fond en comble ses relations avec l’empire du Milieu, de plus en plus perçu comme un rival et un concurrent.

L’essor de la Chine en tant que puissance économique mondiale a conduit l’Allemagne à repenser sa relation avec ce pays autoritaire, alors que la nouvelle coalition tente de rompre avec l’approche plus conciliante de l’ère Merkel.

« Nous ne parlons plus de la Chine d’il y a 10 ans, mais d’une Chine de plus en plus sûre d’elle sur le plan international et qui tente de façonner ou de former les règles de l’ordre international de manière à ce qu’elles correspondent à ses propres intérêts », selon Tobias Lindner, secrétaire d’Etat chargé des Affaires étrangères, dans une interview avec EURACTIV.

« Nous devons être en mesure de faire face à cette Chine. C’est pourquoi nous, en tant que gouvernement fédéral, adopterons conjointement une stratégie », a-t-il ajouté.

Bien que le gouvernement ait réussi à garder les détails de la stratégie secrets, une première version avait fait l’objet d’une fuite en novembre.

Celle-ci laissait entrevoir une position beaucoup plus dure à l’égard de la Chine, avec des mesures allant de l’arrêt des importations à des tests de résistance obligatoires pour les entreprises en ce qui concerne les risques « spécifiques à la Chine ».

Toutefois, il reste à voir si ces mesures plus sévères se retrouveront dans la version finale, quoi doit être publiée jeudi.

Dépendance à l’égard de la Chine

L’un des principaux problèmes auxquels l’Allemagne est confrontée dans ses relations avec la Chine est l’intense dépendance économique dont elle fait preuve vis-à-vis de Pékin, puisque quelque 45,1 % des importations proviennent de ce pays.

Les risques d’approvisionnement qui découlent de cette dépendance joueront également un rôle majeur dans la stratégie à venir.

« L’Allemagne est particulièrement dépendante des produits primaires et des relations d’approvisionnement avec d’autres pays. Partout où nous avons des dépendances critiques unilatérales, nous devrons trouver des réponses », a souligné M. Lindner.

Berlin a déjà eu un avant-goût des conséquences négatives possibles la semaine dernière, lorsque la Chine a annoncé des contrôles sur les importations de gallium et de germanium, deux matières premières essentielles pour l’industrie des semi-conducteurs.

L’industrie allemande a déjà exprimé son indignation face à cette annonce, déclarant qu’elle « mettrait en évidence l’urgence de réduire rapidement la dépendance à l’égard des matières premières critiques », a déclaré l’Association de l’industrie allemande (BDI) dans un communiqué.

Le gouvernement a déjà abordé la nécessité de réduire les risques liés à ses relations avec la Chine dans sa stratégie de sécurité nationale publiée le mois dernier. Toutefois, il reste à voir comment Berlin prévoit d’équilibrer ses relations avec la Chine, car une séparation économique potentielle avec la Chine est perçue comme une véritable menace.

« Le pire scénario serait une séparation complète des relations économiques, de sorte que les entreprises allemandes devraient se retirer du marché, ou que les entreprises allemandes ne seraient plus approvisionnées », a souligné M. Lindner.

Le chancelier social-démocrate (SPD) Olaf Scholz a quant à lui souligné que la réduction des risques liés à la Chine devrait incomber aux entreprises plutôt qu’au gouvernement.

M. Lindner a ajouté que la stratégie allemande a été élaborée de manière à être « compatible avec la politique commune de l’UE à l’égard de la Chine ».

« Notre stratégie sera détaillée et représentera également un point de vue allemand. Dans le même temps, elle doit être compatible avec l’approche européenne », a-t-il déclaré.

La politique d’une seule Chine ?

Dans certains domaines, le gouvernement allemand a déjà adopté une approche plus affirmée de la politique étrangère à l’égard de la Chine, notamment en ce qui concerne la collaboration avec Taïwan.

En mars, la ministre de l’Éducation, Bettina Stark-Watzinger, s’est rendue à Taïwan pour rencontrer des responsables politiques et des scientifiques taïwanais. C’était la première fois depuis plus de 25 ans qu’un membre du gouvernement allemand se rendait sur l’île, dont la souveraineté est contestée par la Chine.

La Chine considérant Taïwan comme une partie intégrante de son territoire, la réaction a été forte, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Wang Wenbin, exprimant sa « forte désapprobation » à l’égard d’un voyage qu’il a qualifié d’« acte scandaleux ».

Toutefois, si M. Lindner a souligné que l’Allemagne s’en tiendrait à sa politique d’une seule Chine, il n’a pas été impressionné par les menaces chinoises.

« Nous ne laisserons pas Pékin nous dicter les détails de notre politique chinoise ; cela s’applique également aux contacts avec le gouvernement taïwanais en dessous du seuil de reconnaissance en vertu du droit international », a ajouté M. Lindner.