Berlin veut restreindre l’accès des travailleurs de l’UE à ses aides sociales
Le gouvernement allemand envisage de durcir les conditions d’accès des citoyens de l’UE à ses prestations sociales. Le chancelier Friedrich Merz et son parti dénoncent des abus et appellent Bruxelles à redéfinir les règles de libre circulation pour mettre fin à ce qu’ils considèrent comme des « lacunes règlementaires ».
BERLIN — L’Allemagne pourrait bientôt demander à Bruxelles de revoir les règles de libre circulation des travailleurs au sein de l’UE afin de limiter l’accès des citoyens européens aux aides sociales nationales. Une mesure défendue par Carsten Linnemann, secrétaire général de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU) et proche du chancelier Friedrich Merz.
Dans une interview accordée au Bild publiée dimanche 21 septembre, Carsten Linnemann dénonce des « gangs criminels » qui abusent du système de protection sociale allemand.
Il fait également valoir que les immigrants provenant d’autres États de l’UE viennent en Allemagne, ne travaillent que quelques heures par semaine et ont immédiatement accès à des prestations complémentaires relativement généreuses pour les personnes à faibles revenus.
« Le concept d’“employé” doit être redéfini au niveau de l’UE. Il ne devrait pas être possible de travailler quelques heures » seulement, et ce « même si l’on est capable de travailler à temps plein », et de recevoir des aides, estime Carsten Linnemann.
Il qualifie le seuil relativement bas pour bénéficier des prestations en Allemagne de « lacune règlementaire flagrante qui ne demande qu’à être exploitée ».
Actuellement, les règles de libre circulation de l’UE permettent à tous les citoyens de l’UE de vivre et de travailler dans n’importe quel pays de l’Union, et garantissent l’égalité d’accès aux prestations sociales liées au travail, telles que l’assurance maladie et les allocations chômage.
La réforme des prestations sociales de base en Allemagne, connue sous le nom de Bürgergeld ou « revenu citoyen », était l’un des principaux thèmes de campagne de Friedrich Merz et de son parti chrétien-démocrate avant les élections fédérales de février.
Carsten Linnemann pense que la structure actuelle des prestations n’incite pas suffisamment à travailler et crée un sentiment d’injustice chez les Allemands percevant de bas salaires.
Le chancelier a promis un « automne des réformes » pour relancer une économie allemande en berne. « Il ne s’agit pas de rendre la vie plus difficile à ceux qui ne peuvent pas travailler, mais ceux qui le peuvent doivent réellement le faire. C’est aussi une question d’équité », a-t-il assuré devant le Bundestag la semaine dernière.
Cette ligne n’est pas nouvelle. En 2022 déjà, alors chef de l’opposition, Friedrich Merz avait provoqué une polémique en accusant les réfugiés ukrainiens de pratiquer un « tourisme social », profitant des allocations chômage allemandes tout en se rendant régulièrement dans leur pays d’origine.
Les réformes sociales proposées par le camp conservateur suscitent de fortes critiques. Si les sociaux-démocrates de centre-gauche, partenaires minoritaires de la coalition CDU/CSU-SPD, se montrent réservés, les partis plus à gauche sont farouchement opposés.
Au parlement, Heidi Reichinnek, du parti Die Linke, a dénoncé la semaine dernière le programme de réformes de l’aide sociale, y voyant un « automne de cruauté sociale » motivé par « la haine des pauvres ».
Katharina Dröge, des Verts, les a quant à elles qualifiées de « diversion » par rapport aux politiques de Friedrich Merz visant à aider les riches. « La majorité doit se serrer la ceinture, tandis que quelques privilégiés en haut de l’échelle s’enrichissent », a-t-elle déploré.
(asg)