Bilan contrasté pour la liberté de la presse en Europe au cours d'une année marquée par la guerre

Les disparités entre les États membres de l’UE ont diminué dans le classement mondial de la liberté de la presse de 2023 effectué par Reporters sans frontières (RSF), mais la guerre en Ukraine a influencé de nombreuses tendances dans la région au cours de l’année écoulée.

Euractiv.com
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La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a contribué de manière positive à la liberté de la presse dans plusieurs États européens, au-delà des pays les plus directement concernés par le conflit.

Les disparités entre les États membres de l’UE ont diminué dans le classement mondial de la liberté de la presse de 2023 effectué par Reporters sans frontières (RSF), mais la guerre en Ukraine a influencé de nombreuses tendances dans la région au cours de l’année écoulée.

Dans le classement, qui analyse chaque année la situation de la liberté de la presse dans le monde, on constate qu’en 2023 deux fois plus d’États membres de l’UE ont progressé en comparaison avec ceux qui ont régressé. Dans l’ensemble, l’Europe est considérée comme la région du monde où il est le plus facile de travailler en tant que journaliste.

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a contribué de manière positive à la liberté de la presse dans plusieurs États européens, au-delà des pays les plus directement concernés par le conflit. Le rapport souligne également les répercussions de la propagande et de l’industrie de la désinformation sur la presse.

À l’échelle mondiale, le classement fait preuve d’une extrême volatilité, avec des hausses et des baisses sans précédent enregistrées par certains pays.

« Cette instabilité est le résultat d’une agressivité accrue de la part des autorités dans de nombreux pays et d’une animosité croissante à l’égard des journalistes sur les réseaux sociaux et dans le monde physique », a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.

« La volatilité découle également de la croissance de l’industrie de la désinformation, qui produit et distribue de fausses informations et fournit les outils nécessaires à leur fabrication », a-t-il ajouté.

Dans le classement de cette année, un peu plus de 15 % des pays d’Europe et d’Asie centrale ont été classés parmi les pays enregistrant une bonne situation en matière de liberté de la presse. 41,51 % d’entre eux sont présentent une situation « satisfaisante » et 26,42 % une situation « problématique », ce qui représente une amélioration par rapport au classement de 2022, où 40 % de la région était classée dans cette dernière catégorie.

« En ce qui concerne le niveau de liberté de la presse, les différences entre les États membres de l’UE sont loin d’avoir disparu, mais elles ont été réduites », a déclaré Pavol Szalai, responsable du bureau UE/Balkans de RSF.

La Norvège figure en tête du classement pour la septième année consécutive, tandis que les autres pays nordiques (Danemark, Suède et Finlande) occupent respectivement les troisième, quatrième et cinquième places. Les États membres de l’UE représentent neuf des dix pays les mieux classés, auxquels s’ajoute le Timor oriental.

La deuxième place est occupée cette année par l’Irlande ; les Pays-Bas, traditionnellement très performants, sont remontés dans le top 10 après la chute du pays à la 28e place l’année dernière à la suite de l’assassinat du journaliste Peter R. de Vries.

La plupart des pays de l’Est ont progressé dans le classement de 2023. La Pologne, par exemple, a gagné neuf places par rapport à l’année dernière pour se classer au 57e rang mondial. RSF associe cette progression, en partie, à une prise de conscience de l’importance de l’indépendance de l’information dans la lutte contre la propagande du Kremlin.

La Grèce occupe à nouveau le plus mauvais rang des États membres l’UE et figure à la 107e place, n’ayant gagné qu’une place par rapport à 2022, année au cours de laquelle le pays avait perdu 48 places.

Le rapport souligne notamment les accusations selon lesquelles les services de renseignement du pays auraient espionné des journalistes à l’aide du logiciel de surveillance Predator, ce qui constitue la plus grande violation de la liberté de la presse dans l’UE en 2022, selon RSF.

Le Predatorgate constitue « un cas extrême d’une tendance européenne : l’utilisation de la “sécurité nationale” comme prétexte pour restreindre arbitrairement ou de manière disproportionnée la liberté des médias », a déclaré M. Szalai.

Si cette tendance a eu des répercussions sur les journalistes dans tous les pays d’Europe, le rapport indique que c’est la guerre qui a le plus profondément marqué le paysage médiatique en Russie et en Ukraine.

En Russie, pays qui a perdu 11 places cette année et figure au 164e rang du classement, l’invasion a ouvert la voie à une répression interne à l’encontre des médias, entraînant la censure, la fermeture ou le départ forcé d’organes de presse indépendants et étrangers ainsi que la domination d’organisations progouvernementales.

L’Ukraine est passée de la 106e à la 79e place du classement, malgré la situation difficile et dangereuse à laquelle sont confrontés les professionnels des médias dans le pays. Toutefois, le pays affiche l’un des scores les plus faibles de l’indice en matière de sécurité.

Alors que les médias soutenus par le Kremlin dominent dans les territoires occupés par la Russie, le rapport a constaté que les restrictions imposées en temps de guerre en zone libre étaient pour la plupart proportionnées et que la situation et l’esprit d’unité nationale avaient, en réalité, réduit l’emprise des oligarques sur les médias et atténué certaines des pressions antérieures.

Toutefois, le conflit a également entraîné des répercussions négatives sur la liberté de la presse en Biélorussie et dans les pays d’Asie centrale, en particulier au Kirghizstan, qui a perdu 50 places.

Le rapport note également les conséquences de l’industrie de la désinformation et des technologies telles que les hypertrucages générés par l’intelligence artificielle. Il avertit que la frontière entre le vrai et le faux devient de plus en plus floue, ce qui « met en péril le droit à l’information » et crée un risque sans précédent pour le journalisme dans son ensemble.

Cette situation se déroule alors que l’UE travaille actuellement à la mise en place d’une législation sur la liberté des médias, que RSF qualifie de « sans précédent » au vu des efforts déployés pour élaborer des normes communes en matière de liberté de la presse en Europe.

Actuellement examinée par les législateurs de l’UE, l’initiative devrait inclure des protections relatives à l’indépendance éditoriale, des restrictions sur l’utilisation de logiciels espions et des mesures visant à renforcer la transparence en matière de propriété des médias.