Bruxelles encadre l’innovation agricole
EURACTIV.fr s’est procuré le projet de partenariat européen de l’innovation adapté à l’agriculture que la Commission doit présenter mercredi 29 février.
EURACTIV.fr s’est procuré le projet de partenariat européen de l’innovation adapté à l’agriculture que la Commission doit présenter mercredi 29 février.
La demande en produits alimentaires devrait augmenter de 70% d’ici 2050 dans le monde. Tandis que 18% des produits agricoles exportés viennent d’Europe, l’Union continue malgré tout d’importer l’équivalent de près de 35 millions d’hectares de terre, c’est-à-dire trois fois la surface du Portugal.
Afin de répondre à cette croissance de la demande, l’UE a décidé de renforcer l’innovation dans le domaine agricole. Même si les budgets alloués sont pour le moment peu élevés.
4,5 milliards
Jusqu’à présent, l’innovation n’était qu’un des objectifs du développement rural agricole.
Mais, dans ses propositions de budget pour 2014-2020, la Commission a également décidé d’allouer 4,5 milliards d’euros du l’enveloppe de l’innovation et de la recherche à la sécurité alimentaire, l’agriculture durable, et la bio-économie, c’est-à-dire, entre autres la chimie verte ou les OGM par exemple.
Pour coordonner la recherche en agriculture, la Commission européenne préconise la mise en place de « partenariat européen de l’innovation » (PEI), à l’instar du projet pilote qui existe déjà dans le domaine du vieillissement.
Inclure les agriculteurs
Le PEI pour l’agriculture, dont EURACTIV.fr s’est procuré l’un des derniers projets, doit être présenté mercredi 29 février, c’est-à-dire, avec un bon mois de retard, par Bruxelles.
Le but de ce partenariat est de développer l’innovation rapprochant le secteur de la recherche des réels besoins des agriculteurs. « Les agriculteurs doivent eux aussi être plus consultés. Les cloisonnements actuels sont parfois trop importants », indiquait récemment à EURACTIV.fr une représentante de la FNSEA.
L’idée est donc de faire travailler ensemble les scientifiques et les professionnels du secteur, avec en tête, les agriculteurs. « Traduire de nouvelles technologies, méthodes et procédés en pratique agricole (…) nécessite une approche par le bas », explique la Commission européenne dans le document.
L’exécutif veut éviter de financer deux fois le même type de projet et permettre un suivi de la recherche de base vers la recherche appliquée, l’expérimentation et la démonstration dans les exploitations.
Réticences scientifiques
Mais pour que l’ensemble du secteur soit inclus dans ces partenariats, la Commission vise aussi explicitement les entreprises, l’industrie, les consultants, et, ce qui est nouveau, les ONG.
Reste à surmonter les réticences du monde scientifique à collaborer pleinement avec les agriculteurs. Pour faire valider une recherche, les experts doivent publier dans des revues spécialisées. Ils ont donc des contraintes différentes des professionnels de l’agriculture.
La Commission a fixé deux grands objectifs aux PEI : promouvoir l’efficacité et la productivité mais également la durabilité de l’agriculture. Le texte prévoit également cinq domaines d’actions pour l’innovation, qui permettent d’englober un large éventail de projets.
Les États au coeur du dispositif
Conformément à la volonté des États, qui voulaient garder la main sur l’utilisation des fonds, les PEI fonctionneront de la même façon que les politiques européennes existantes qu’ils contribueront à développer, et non pas par appel d’offre.
Or, toute la question est bien de savoir comment les États contribueront à faire fonctionner ces partenariats. En 2003, la réforme de la PAC prévoyait la mise en place de conseils agricoles pour permettre l’échange de bonnes pratiques en matière de protection de l’environnement, de santé des animaux…Ils ont mis 9 ans à voir le jour et certains États ont décidé de ne pas les financer.
L’un des enjeux est également de faire travailler ensemble des professionnels de plusieurs pays de l’UE. Pour que ces PEI fonctionnent et faire en sorte que les innovations soient utilisées en pratique par les agriculteurs, la Commission mise sur la création d’un réseau sous la houlette du réseau rural, qui existe au plan européen, national et local.