Chômage des jeunes : la Commission dément la critique allemande
Alors que des ministres allemands et français se réunissent aujourd’hui (28 mai) à propos d’une initiative conjointe sur le chômage des jeunes, des fonctionnaires de l’UE ont rejeté les critiques du ministre allemand des finances, selon lesquelles la Commission ne parvient pas à s’attaquer au chômage. Les fonctionnaires ont qualifié ces critiques d’« infondées » et de « dangereuses ». Un reportage d’EURACTIV Allemagne.
Alors que des ministres allemands et français se réunissent aujourd’hui (28 mai) à propos d’une initiative conjointe sur le chômage des jeunes, des fonctionnaires de l’UE ont rejeté les critiques du ministre allemand des finances, selon lesquelles la Commission ne parvient pas à s’attaquer au chômage. Les fonctionnaires ont qualifié ces critiques d’« infondées » et de « dangereuses ». Un reportage d’EURACTIV Allemagne.
Les ministres des deux pays dévoileront à Paris la proposition d'initiative et autoriseront la Banque européenne d'investissement à débloquer des milliards d'euros de prêts aux entreprises afin qu’elles créent des emplois pour les jeunes.
Les propositions ont été baptisées « New Deal for Europe », en référence aux mesures prises par le président Franklin D. Roosevelt afin de réduire le taux de chômage aux États-Unis dans les années 1930, a indiqué le journal Rheinische Post ce mois-ci.
Selon des sources, le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, a irrité le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. M. Schäuble a déploré l’inefficacité de la Commission dans sa lutte contre le chômage des jeunes, ce qui n'a pas été non plus bien accueilli par d'autres représentants de l'UE.
Ces derniers accusent le ministre allemand de rejeter la faute sur la Commission « car l'Allemagne a dû subir de nombreuses critiques en raison de sa politique […] d'austérité pure en Europe », ont expliqué des sources de l'UE interrogées par EURACTIV Allemagne.
Au cours de l'Europaforum de la chaîne publique WDR, un forum annuel sur l'avenir de l'Europe, M. Schäuble a déclaré que la Commission avait pris trop de temps pour mettre en place des programmes de soutien au Portugal et en Grèce. « En fin de compte, il ne se passera rien étant donné que [les commissaires] se mettent des bâtons dans les roues », a-t-il indiqué.
« Les programmes de crédit pour le Portugal, lancés par la Banque européenne d'investissement, n'ont pas reçu le feu vert de la DG concurrence depuis 12 mois maintenant […] Nous ne pouvons pas construire l'Europe en disant à une génération de patienter dix ans. C'est la raison pour laquelle nous devons accélérer notre rythme », a-t-il ajouté.
Politiques
Un représentant de la Commission a expliqué à EURACTIV Allemagne que les propos du ministre « venaient de nulle part ». Il a ajouté qu'il était déplacé d'émettre des critiques envers l'un des organisateurs du forum « sans avoir de preuve pour les confirmer ».
« On ne commente tout bonnement pas la gestion interne d'un organe administratif fédéral ou européen. C'était simplement injustifié », a poursuivi le représentant.
Il a riposté en disant que le président de la Commission avait renforcé en interne les pouvoirs du commissaire en charge des affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, désigné comme vice-président par José Manuel Barroso.
La Commission actuelle a élargi davantage la direction générale d'Olli Rehn, a-t-il ajouté. « M. Schäuble a donc obtenu ce qu’il exigeait, car Olli Rehn est précisément le commissaire responsable de la Grèce. M. Rehn détient clairement le pouvoir de prise de décision dans ce dossier. La Commission est toutefois un organe collectif dans lequel les commissaires prennent des décisions communes », a ajouté le représentant.
« Il serait intéressant de savoir s'il s'agissait d'une bourde de M. Schäuble ou si le gouvernement allemand pense réellement que la Commission poursuit une politique d'urgence inefficace et défectueuse, comme les remarques de M. Schäuble le laissent penser », a-t-il poursuivi.
Se renvoyer la balle
« Pour nous, il s'agissait d'une décision plutôt évidente de M. Schäuble de décrire positivement la politique d'austérité de l'Allemagne, très critiquée. Il essaie de renvoyer la balle aux autres, à savoir la Commission », a indiqué le représentant.
La source a expliqué que les compétences de la Commission étaient limitées dans la résolution de la crise du chômage des jeunes et que les résultats proviendraient des efforts des États membres de l'UE.
Elle a rapidement mis en évidence le travail de l'exécutif européen.
« Nous avons mis sur pied des équipes spéciales responsables de l'allocation de 16 milliards d'euros de fonds structurels aux jeunes et aux petites et moyennes entreprises. Nous avons soumis une proposition de Garantie européenne pour la jeunesse. Nous avons fait pression pour que l'initiative « Emploi des jeunes » se concrétise dans le nouveau cadre financier. Nous n'avons rien fait qui puisse être critiqué. En ce qui concerne la Grèce, nous avons également fait de notre mieux pour progresser. C'est la raison pour laquelle les accusations de M. Schäuble sont infondées et irritantes », a déclaré le représentant.
« Dangereux »
Les gouvernements de l'UE et l'exécutif européen ont essayé en majeure partie de présenter un front uni contre la crise économique en vue de rassurer les marchés et les citoyens frappés par l’austérité. Selon la source de l'UE, l'Allemagne n'a pas intérêt à mettre en évidence une contradiction entre les actions prises par le gouvernement allemand et celles de la Commission.
« [Cette situation] pourrait même se révéler dangereuse si l'Allemagne décidait de s’éloigner de notre chemin commun. Cela pourrait à nouveau être interprété comme un manque de capacité à agir en Europe ou démontrer que nous ne suivons pas une ligne d'action commune. »
Le représentant de la Commission a rejeté catégoriquement les affirmations de M. Schäuble sur les retards dans la mise en place de l'initiative « Emploi des jeunes ».
« En février 2013, les chefs d'État et de gouvernement ont publié une déclaration dans laquelle ils étaient favorables à une initiative "Emploi des jeunes" d’un montant de 6 milliards d'euros dans le nouveau budget de l’UE pour 2014-2020. À peine quelques semaines plus tard, la Commission a soumis une proposition qui décrit précisément la manière d'atteindre ces objectifs. La balle est à présent dans le camp des gouvernements, du Conseil et du Parlement, qui publieront une résolution correspondante après l'adoption finale du cadre financier », a-t-il déclaré.
Le représentant de la Commission a toutefois ajouté qu'il serait faux de penser que la Commission était déjà en mesure de dépenser les fonds, qui ne seront disponibles qu'à partir de 2014. L'exécutif européen ne s'oppose pas non plus aux projets allemands de programmes bilatéraux sur le travail des jeunes. « Que du contraire, nous sommes conscients des possibilités limitées à l'échelle européenne et accueillons favorablement toute mesure à l'échelle nationale qui contribue à la lutte contre le chômage des jeunes. »
Le taux de chômage des jeunes dans l'UE restera au-dessus des 17 % jusqu'en 2015, selon un rapport du 8 mai de l'Organisation internationale du travail, Une génération menacée. Le taux de chômage des jeunes a atteint le taux record de 57 % en Espagne et de 42 % au Portugal.
Pour l’UE dans son ensemble, le taux de chômage s'élève à 10,9 % et, dans la zone euro, il a atteint en mars 12,1 % de la population active, un record selon les dernières données publiques.