Christophe Grudler, le visage du nucléaire au Parlement européen

Élu en 2019 sur la liste d’Emmanuel Macron, l’eurodéputé Christophe Grudler est devenu en cinq ans une figure incontournable du Parlement européen, et surtout le visage du nucléaire au sein des institutions européennes. Portrait.

Euractiv France
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Christophe Grudler au Parlement européen, le 15 mai 2021, Strasbourg, France. [Union européenne 2021]

Élu en 2019 sur la liste d’Emmanuel Macron, l’eurodéputé Christophe Grudler est devenu en cinq ans une figure incontournable du Parlement européen, et surtout le visage du nucléaire au sein des institutions européennes. Portrait. 

En quelques années, Christophe Grudler s’est fait un nom. Arrivé sur la pointe des pieds en juillet 2019 au Parlement européen, le néodéputé n’a pas tardé à se faire remarquer pour ses positions tranchées en faveur de l’énergie nucléaire.  

« En décembre 2019, j’ai porté un contre-amendement dans une résolution parlementaire sur la COP 25, pour faire admettre que le nucléaire était utile pour le climat », explique-t-il.  

« J’ai ensuite contacté les eurodéputés qui avaient voté mon amendement pour former un intergroupe sur le nucléaire. C’était une démarche informelle, destinée à faire de l’influence. Au début, nous étions 80, et 120 à la fin de la mandature ».  

Au sein du groupe Renew, l’eurodéputé va s’attacher à faire fructifier ses premières intuitions. Quand la « vague verte » frappe l’Europe en 2019, « tout le monde voulait intégrer la commission parlementaire sur l’Environnement », mais lui préfère celle sur l’Industrie, la Recherche et l’Energie (ITRE).  

Un choix qui s’avère stratégique, alors que l’entrée des chars russes en Ukraine le 22 février 2022 sonne le retour de la guerre en Europe et bouleverse les politiques énergétiques et industrielles de l’Union.  

Les dossiers chauds 

Ainsi, quand en février 2023 l’exécutif français se prépare à lancer « l’alliance du nucléaire » visant à fédérer les États membres de l’UE favorables au nucléaire, Christophe Grudler défend déjà depuis quelques mois, en tant que rapporteur fictif pour Renew, la prise en compte de l’atome dans la révision de la directive sur les énergies renouvelables (RED). 

Avec ce dossier, « le plus gros de la mandature », estime-t-il, l’élu prend de l’envergure. À tel point qu’il s’oppose – timidement – en mai 2023 au gouvernement français et à sa stratégie de dernière minute pour faire reconnaître que l’hydrogène issu du nucléaire doit participer aux objectifs renouvelables de l’UE.  

« La demande française ne changeait pas le fond du texte, alors que les industriels attendaient un signal pour se lancer », s’agace-t-il encore.  

L’élu et son intergroupe portent encore une offensive en faveur du nucléaire en septembre 2023 pour pousser l’intégration de contrats sur la production nucléaire dans la position du Parlement concernant la réforme du marché européen de l’électricité. 

L’industrie, de Belfort à Paris 

Désormais consulté sur les questions industrielles et énergétiques, Christophe Grudler est pressenti, parmi d’autres, pour prendre la tête d’un secrétariat d’Etat à l’Energie lors du remaniement ministériel de janvier 2024 – l’idée d’un secrétariat d’Etat sera finalement abandonnée.  

« Mon nom a circulé, mais je suis resté focalisé sur mon travail, alors qu’il restait des dossiers à traiter avant la fin de la mandature, comme le règlement sur l’industrie ‘zéro émissions nettes’ (NZIA) », avance-t-il. Sur ce texte, l’élu s’est battu, en tant que rapporteur fictif pour Renew, pour intégrer le nucléaire parmi les industries à soutenir.

Christophe Grudler connaît bien le monde industriel. Né à Belfort dans les années 1960, le franc-comtois est l’héritier de l’histoire de sa région, de l’épopée de Peugeot à celle d’Alstom dont sa famille est comptable de décennies de labeur.  

Il préfère cependant le journalisme et la politique au bleu de travail. En 1998, il entre au conseil départemental du Territoire de Belfort et sillonne des années durant l’est de la France, cherchant obstinément à s’emparer de la mairie de Belfort.  

« De culture chrétienne-démocrate ni de droite ni de gauche », Christophe Grudler « se retrouve pleinement » en 2007 dans le Mouvement démocrate (Modem) de François Bayrou, soutien de la première heure d’Emmanuel Macron. Référent Franche-Comté du mouvement, il décroche en 2019 la 20e position sur la liste macroniste pour les Européennes.  

L’ami Breton 

Industrie, énergie, défense, spatial, en cinq ans au Parlement, Christophe Grudler va multiplier les casquettes et se rapprocher de Thierry Breton, le commissaire européen au Marché intérieur, qu’il croise notamment lors des négociations du NZIA.  

« Christophe Grudler joue un rôle très important au Parlement européen », a d’ailleurs confirmé le commissaire mardi (5 juin) à l’Assemblée nationale.  

Il faut dire que « les dossiers dont s’occupe [Christophe Grudler] ont pris du poids, reconnaît l’un de ses anciens collaborateurs contacté par Euractiv. Il connait ses sujets, même s’il est parfois d’un enthousiasme presque crédule ». Certains d’ailleurs s’en agacent.  

À Belfort – décidément –, lors d’un forum en octobre 2023, sa prise de parole sur l’hydrogène naturel laisse sans voix Mikaa Blugeon-Mered, spécialiste de la géopolitique de l’hydrogène à Sciences Po. « [Christophe Grudler] a littéralement repris tous les poncifs, mythes et fantasmes » sur le sujet, s’indignait l’expert sur Linkedin. 

Second mandat 

Malgré cet aplomb parfois maladroit, Christophe Grudler a pris du galon et figure à la 12e position sur la liste « Besoin d’Europe » soutenue par Emmanuel Macron pour les Européennes des 8 et 9 juin prochains.  

« Le fait de me remonter sur la liste [20e en 2019] est un signal pour me dire ‘continue’ », se réjouit l’intéressé, bien qu’à la vue des sondages, son retour au Parlement européen n’est pas tout-à-fait assuré.  

Lui ne s’imagine pas autre destin tant les dossiers à venir sont nombreux. Hydrogène bas carbone, investissements dans la transition, « neutralité technologique dans tous les textes européens », certification des petits réacteurs nucléaires, Christophe Grudler veut poursuivre son aventure européenne. Celui qui a dorénavant « davantage d’influence » rêverait-il même d’un poste plus important ?