Climat et énergie : une « décennie perdue » et coûteuse d’inaction politique
Si les investissements ne sont pas encouragés dès maintenant, l’Europe vivra une « décennie perdue » d’inaction politique en matière de climat et d’énergie entre 2020 et 2030. La décarbonisation s’avèrera par conséquent extrêmement coûteuse au cours des deux dernières décennies précédant 2050, selon un nouveau rapport d’Eurelectric, l'association qui représente le secteur européen de l'électricité.
Si les investissements ne sont pas encouragés dès maintenant, l’Europe vivra une « décennie perdue » d’inaction politique en matière de climat et d’énergie entre 2020 et 2030. La décarbonisation s’avèrera par conséquent extrêmement coûteuse au cours des deux dernières décennies précédant 2050, selon un nouveau rapport d’Eurelectric, l'association qui représente le secteur européen de l'électricité.
Dans son rapport intitulé Power Choices Reloaded, Eurelectric a élaboré trois scénarios de décarbonisation : un scénario de référence élaboré par rapport aux politiques actuelles, un scénario optimal en termes de coût et un scénario de « décennie perdue ».
« Nous estimons que ce scénario de « décennie perdue » coûterait deux points de pourcentage du PBI par an jusqu'à 2050, en plus des coûts d’une décarbonisation optimale », a expliqué à EURACTIV l'auteur du rapport, Pantelis Capros.
« Il n’est guère réaliste de décarboniser aussi rapidement après 2030 », a-t-il ajouté.
Le scénario de « décennie perdue » prévoit des retards dans le développement des infrastructures destinées aux voitures électriques, de l'efficacité énergétique des bâtiments, des réseaux, des énergies renouvelables et un accès restreint aux fonds d'investissement.
La politique de l’UE sur le climat est actuellement en crise : le système européen d’échange de quotas d’émissions, l’élément central de cette politique, est au point mort ; les négociations de l'ONU sur le climat sont dans l'impasse ; des litiges commerciaux sur les technologies propres risquent de se produire et un calendrier de « réindustrialisation » visant à écarter le changement climatique de la politique de l'UE gagne du terrain.
« La réalité aujourd'hui est un mélange de crise économique, de morosité dans les ressources financières et de préoccupations sur les conséquences pour les prix [de l'énergie] », a déclaré M. Capros. « Tous s’accordent sur la difficulté de la situation, mais il faut entrevoir les nouvelles possibilités en termes d'activité, de croissance, d'emploi, de substitution des carburants fossiles importés et de sortie de la crise actuelle. »
Toutefois, dans l'état actuel des choses, le secteur des énergies renouvelables et les planificateurs d'infrastructure se plaignent systématiquement d'un manque de financement et de signaux clairs, ce qui alimente les craintes des investisseurs.
Dans le même temps, les émissions de dioxyde de carbone sont en hausse et ont atteint un nouveau record de plus 35 milliards de tonnes l'année dernière. Elles ont également dépassé le seuil de 400 molécules de dioxyde de carbone par million de molécules d'air à l'observatoire de Manu Loa à Hawaï le 10 mai.
La nouvelle étude d’Eurelectric risque bien de susciter un malaise à Bruxelles sur la direction à long terme et les coûts de la stratégie européenne de réduction des émissions.
« La neutralité carbone d'ici 2050 nécessite une transition radicale grâce à des investissements continus du secteur énergétique dans des produits de nouvelle génération, de nouvelles capacités de stockage, des technologies intelligentes et de nouveaux réseaux », selon le rapport. « Mais […] les investissements et la recherche dans le secteur énergétique dépendent essentiellement de la force du signal que la politique européenne envoie à l'ensemble de l'économie en faveur de la réduction des émissions. »