La Commission encourage la résolution du conflit «macédonien»

Skopje a assoupli sa position sur le nom Macedoine, pour mettre un terme au conflit avec la Grèce. L'exécutif européen salue cette évolution et attend des résultats concrets.

EURACTIV.com
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Les deux pays se disputent aussi Alexandre le Grand. [<a href="https://www.shutterstock.com/image-photo/skopje-republic-macedonia-13-may-2017-752307766?src=YIL9tMae4KiUVncb67cgtA-1-80" target="_blank" rel="noopener">[Shutterstock.com]</a>]

Skopje a assoupli sa position sur le nom Macedoine, pour mettre un terme au conflit avec la Grèce. L’exécutif européen salue cette évolution et attend des résultats concrets.

Le maintien de bonnes relations entre la République de Macédoine et la Grèce, qui inclut la négociation d’une solution mutuellement acceptable sur le nom de « Macédoine », reste essentiel pour la Commission européenne. La République de Macédoine a été admise à l’ONU sous le nom provisoire d’Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM).

« À cet égard, nous nous félicitons des mesures prises par le gouvernement [macédonien] pour entamer des discussions avec ses homologues grecs en vue de renforcer les relations de bon voisinage et nous espérons que cela se traduira par des résultats concrets », a ajouté le porte-parole de l’exécutif.

Les gouvernements de gauche d’Athènes et de Skopje sont optimistes quant à la résolution d’un problème qui empêche l’admission de l’ARYM à l’UE et à l’OTAN.

« Je pense que nous pourrons traiter de manière efficace et responsable cette question que nous ont léguée les gouvernements précédents, dans la mesure où il existe un réel désir de l’autre partie de prendre des mesures […], qui doivent encore être concrétisées », a déclaré le Premier ministre grec, Alexis Tsipras.

Dans le même ordre d’idées, le Premier ministre de l’ARYM, Zoran Zaev, a déclaré la semaine dernière, lors d’une conférence de presse à Thessalonique, qu’une solution était possible et permettrait qu’une date soit fixée pour entamer les négociations d’adhésion avec l’UE.

Athènes s’oppose depuis 25 ans au nom que convoite Skopje, Macédoine : le nom est aussi celui d’une province du nord de la Grèce. Une opposition pesante, puisqu’en 2012 la Grèce et la Bulgarie ont opposé leur veto à l’ouverture des négociations d’adhésion de l’ARYM, malgré la recommandation positive de la Commission européenne.

Ces dernières années, plusieurs tentatives ont vu le jour pour remédier à ce problème, mais les deux gouvernements n’ont pas encore réussi à trouver un compromis. Cette fois-ci, les analystes soulignent cependant un élan politique positif puisque les deux gouvernements de gauche au pouvoir ont abandonné les positions trop tranchées du passé.

Dans une interview accordée à Euractiv en septembre 2013, Radmila Šekerinska, ancienne vice-Première ministre socialiste de l’ARYM chargée des affaires européennes et actuelle ministre de la Défense, avait en effet déclaré que le Premier ministre conservateur de l’époque, Nikola Gruevski (Vmro-Dpmne-PPE), utilisait l’impasse sur la question du nom comme excuse « pour que certains de nos soi-disant réformateurs nationaux ne réalisent aucun des changements nécessaires à la société ».

Interrogée sur le « nom parfait » pour elle, elle répondait : « quand j’étais jeune, je me plaignais parce que je n’aimais pas mon prénom. Mais ensuite, j’ai compris qu’un nom rare [vous] aidait. Le temps joue un rôle. En tant que citoyenne de ce pays, et j’y ai été élevée sous le nom de Macédoine, je ne comprends vraiment pas la position grecque. Mais la politique internationale, comme nationale, doit parfois résoudre des problèmes qui semblent irrationnels. »

La Grèce considère également que Skopje détourne son Histoire ancienne. L’aéroport de Skopje, par exemple, porte le nom d’Alexandre le Grand, que la Grèce considère comme un héros national. Athènes a également été troublé par le projet Skopje 2014 de Nikola Gruevski, dont le gouvernement a dépensé des centaines de millions d’euros pour construire des monuments représentant des personnages historiques de la région de Macédoine.

Aujourd’hui, le Premier ministre social-démocrate (SDSM) Zoran Zaev a récemment exprimé son intention d’abandonner cette stratégie. « J’abandonne [les revendications selon lesquelles] la Macédoine est la seule héritière d’Alexandre. Cette Histoire n’appartient pas qu’à nous, mais aussi à la Grèce, et à beaucoup d’autres pays », a-t-il déclaré en décembre.

Analyses politiques

Selon David L. Phillips, directeur du programme sur la consolidation de la paix et les droits à l’Institute for the Study of Human Rights de l’Université Columbia, une solution au conflit sur le nom serait bénéfique à de nombreux acteurs. « Alexis Tsipras obtiendrait prestige et respect en tant que dirigeant fort », a-t-il souligné dans un éditorial publié dans le journal grec Kathimerini.

« La résolution des problèmes avec la République de Macédoine renforcerait la souveraineté de la Grèce à un moment où la Turquie exige d’améliorer le Traité de Lausanne, qui a créé les frontières de la Grèce moderne et semble avoir des vues sur le territoire grec de Thrace occidentale », a-t-il ajouté.

En ce qui concerne l’ARYM, l’analyste rappelle qu’une solution lui ouvrirait la porte aux institutions euroatlantiques, ce qui consoliderait leur démocratie, les réformes du marché libre et la lutte contre la corruption.

David L. Phillips, qui a travaillé comme conseiller principal au département d’État pendant les gouvernements Clinton, Bush et Obama, estime également que les États-Unis veulent approfondir leur coopération avec les deux pays, afin d’endiguer la vague de radicalisation et d’extrémisme dans les Balkans occidentaux.

« Washington veut étendre sa présence militaire en Grèce et y établir de nouvelles bases. Une meilleure coopération peut également aider à gérer la possibilité d’une nouvelle crise des réfugiés et des migrants », a-t-il indiqué, ajoutant que l’UE, aux prises avec le Brexit, doit montrer qu’elle est toujours viable en tant que partisane de la paix dans l’Europe du Sud-Est et au-delà.

Querelles à Athènes

La question a cependant suscité un débat houleux à Athènes entre le gouvernement et le parti d’opposition de droite Nouvelle Démocratie.

La Grèce souhaite que son voisin adopte un nom composé avant le mot « Macédoine », qui sera utilisé pour tous (erga omnes). À la suite d’une réunion avec des hauts responsables gouvernementaux le 3 janvier, le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, a souligné cette position, qui avait été présentée lors du sommet de l’OTAN à Bucarest en 2008.

Lors de ce sommet, le Premier ministre de droite d’alors, Kostas Karamanlis (Nouvelle Démocratie – PPE), a bloqué la candidature du pays à l’adhésion à l’OTAN sous son nom provisoire d’ARYM.

« Nous sommes en faveur d’une entente avec tous les partis et toutes les forces politiques du pays, avec chaque personnalité et chaque citoyen intéressé et qui veut des, afin d’ouvrir un avenir meilleur, sans que les problèmes du passé oppriment les politiques de notre pays », avait-il déclaré.

Aujourd’hui, Nouvelle Démocratie reproche au gouvernement de faire cavalier seul. La position de Panos Kammenos, qui dirige le parti de centre droit des Grecs indépendants, en coalition avec Syriza, semble confirmer ce reproche. Cet ancien de Nouvelle Démocratie a assuré faire pleinement confiance au ministre des Affaires étrangères sur le sujet, mais a laissé entendre qu’il n’accepterait aucune solution contenant le terme « Macédoine ».

L’opposition conservatrice a donc menacé le gouvernement d’une motion de défiance dans le cas où les partenaires gouvernementaux n’adoptaient pas de position commune. Les Grecs Indépendants ont réagi en assurant que Nouvelle Démocratie essayait de déstabiliser le gouvernement afin de dissimuler ses divisions internes sur la question.

Dora Bakoyanni, ancienne ministre des Affaires étrangères et sœur de l’actuel dirigeant de la Nouvelle Démocratie, Kyriakos Mitsotakis, a ainsi souligné qu’en l’absence d’une position commune au sein de la majorité gouvernementale, son parti ne soutiendrait pas la proposition grecque, même s’il est d’accord avec elle.

Aux dernières nouvelles, l’opposition se serait pourtant adoucie et aurait appelé le gouvernement à être plus responsable.