De l’Ukraine au « Qatargate » : Roberta Metsola fait le bilan de sa première année à la tête du Parlement européen
Roberta Metsola vient d’achever sa première année à la tête du Parlement européen, alors que le bloc est confronté à de multiples crises : l’invasion de l’Ukraine par la Russie, une inflation galopante et un scandale de corruption.
Roberta Metsola vient d’achever sa première année en tant que présidente du Parlement européen, dans un contexte de crises multiples pour l’Union : l’invasion de l’Ukraine par la Russie, une inflation galopante et un scandale de corruption qui a bouleversé cette institution.
Lors d’un entretien exclusif accordé au média espagnol EFE, partenaire d’EURACTIV, Roberta Metsola a parlé de l’avenir du bloc et de la réponse de l’Union européenne au scandale du « Qatargate », qui a conduit jusqu’à présent à plusieurs arrestations, dont celle d’Eva Kaili, aujourd’hui ancienne vice-présidente du Parlement européen. Selon ces allégations, les gouvernements du Qatar et du Maroc auraient versé d’importantes sommes d’argent pour que les législateurs de l’UE fassent du lobbying en faveur de ces deux pays.
Entretien mené par Laura Zornoza (EFE)
Avant de prendre vos fonctions, pensiez-vous que vous seriez confronté à un défi tel que le « Qatargate » ?
Je pense que l’on ne s’attend jamais à ce à quoi on va devoir faire face dans un nouveau poste qui comporte des responsabilités telles que la gestion d’un parlement de 704 collègues. Personne n’aurait pu nous préparer à la guerre, ni à tant de trains de sanctions, ni à la candidature de la Moldavie et de l’Ukraine à l’adhésion, ni à une crise énergétique, ni à un scandale impliquant le Parlement européen dans des allégations de corruption.
(Il y a) tellement de défis à relever jour après jour et je suis heureuse de continuer à avoir le soutien de tous mes collègues pour faire avancer non seulement la façon dont nous relevons les défis, non seulement la façon dont nous travaillons sur la législation importante dans les prochains mois sur la migration, sur le Green Deal, sur la législation numérique en cours, mais je suis également heureuse de m’engager dans ce que j’ai promis lorsque j’ai été élue : la réforme de cette institution pour la rendre plus visible, plus efficace, plus transparente, plus moderne et plus ouverte.
Vous vous êtes engagé à lancer un examen des enjeux, des déplacements professionnels et de la législation qui ont pu être influencés par la récente affaire de corruption. Qu’est-ce que cela impliquera ?
Pour l’instant, nous prenons des mesures de précaution dans le cadre des procédures d’enquête et judiciaires en cours. Nous avons coopéré depuis le premier jour avec les autorités sur toute requête qui nous a été adressée et nous nous y conformons jour après jour.
Donc, sans spéculer sur les différents pays, mais en comprenant que beaucoup de choses sont racontées dans les médias [et] dans divers cercles, ce parlement est obligé de prendre des mesures de précaution, comme nous l’avons fait. Mais je consulte également d’autres institutions, tout en tenant compte de toutes les mesures de sécurité, de tous les aspects politiques, etc.
Quelles mesures ont été prises ?
Donc, jusqu’à présent, nous avons examiné, par exemple, toutes les demandes de visites et de délégations ou même de commissions qui prévoyaient de se rendre dans des pays spécifiques, dans ce cas le Qatar, mais aussi le Maroc, sauf en ce qui concerne les forums interparlementaires ou les autorités qui se trouvent dans ces pays.
Mais les commissions elles-mêmes ont également dit (…) qu’il fallait s’assurer que nous disposions du temps nécessaire pour voir comment se déroulent les procédures judiciaires et d’enquête avant de prendre des décisions.
Une eurodéputée espagnole a récemment été sanctionnée pour avoir harcelé trois assistants. Quels dispositifs le Parlement européen va-t-il mettre en place pour protéger les employés vulnérables et faciliter aux membres du personnel le signalement des cas de harcèlement et de corruption ?
J’ai chargé le Bureau et plus particulièrement les questeurs (eurodéputés qui s’occupent des questions administratives) de proposer des mesures spécifiques afin de traiter les cas plus systématiques de harcèlement sur le lieu de travail, la manière de signaler de tels incidents [et de proposer] une sorte de formation [à cette fin]. Certains membres, comme moi, ont suivi une formation, que ce Parlement et la plénière ont déclaré devoir être obligatoire.
En ce qui concerne la possibilité de recruter des conseillers [et] des médiateurs, de prévoir une formation psychologique [et] une aide psychiatrique au sein du service médical, toutes sortes de propositions sont sur la table pour s’assurer que, chaque fois que vous voulez ou que vous ressentez le besoin de communiquer des informations de manière confidentielle et sécurisée [à quelqu’un], les procédures sont aussi rigoureuses et aussi sûres que possible.
L’Espagne se prépare à assumer la présidence du Conseil de l’UE au second semestre 2023. Comment percevez-vous cette étape pour le pays ?
L’Espagne n’a cessé de montrer au fil des décennies qu’elle est un pays extrêmement important au sein de l’Union européenne. tant dans ses relations internes qu’avec nos partenaires méditerranéens et latino-américains. Il s’agit donc d’une présidence du Conseil de l’UE avec laquelle je me réjouis de collaborer.
En réalité, en juin, je dirigerai une visite de tous les chefs de groupe, au cours de laquelle nous nous entretiendrons avec tous les ministres du gouvernement afin de voir de quelle manière aborder ce qui constituera également une période législative très importante de ce mandat.
Pourquoi ? Parce que, admettons, entre douze et six mois avant les élections européennes, nous serons en train de clore les dossiers les plus importants, qu’il s’agisse de la migration, de l’environnement, de l’aide à l’industrie, ou de la recherche d’une solution à la crise énergétique. Autant d’instruments législatifs qui sont sur la table et qui devront être conclus pendant la présidence espagnole.
Envisagez-vous de vous représenter aux élections parlementaires européennes ?
Être présidente du Parlement européen est un honneur, un privilège et la responsabilité d’une vie. Je travaillerai chaque jour jusqu’à la fin de mon mandat pour faire en sorte que le maximum de personnes aillent voter afin que nous puissions poursuivre la tendance à la hausse de la participation aux élections européennes. C’est mon principal objectif pour chaque État membre. Dans mon propre État membre, je me présenterai pour conserver mon siège, et je me présenterai à nouveau comme je l’ai fait lors des quatre dernières élections au Parlement européen. Tel est mon objectif, et les défis que je dois relever occupent une grande partie de mon temps.